Pour mieux rémunérer les artistes, « la solution est le streaming payant », explique Denis Thébaud, de Qobuz

MUSIQUE Le service de streaming Qobuz a étudié les habitudes de ses consommateurs pendant le confinement. Son président, Denis Thébaud, en dévoile les grandes lignes à « 20 Minutes »

Propos recueillis par Clément Rodriguez
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Qobuz, fondé en 2007, propose 50 millions de titres en Hi-Fi
Qobuz, fondé en 2007, propose 50 millions de titres en Hi-Fi — Qobuz
  • Les habitudes des Français en matière de consommation musicale ont changé durant le confinement.
  • Le service de streaming Qobuz dévoile à 20 Minutes les résultats de son étude menée auprès de ses centaines de milliers d’utilisateurs.
  • Augmentation du temps d’écoute durant la journée, croissance du nombre de téléchargements, le président de Qobuz, Denis Thébaud, fait le point.

Si on ne sait pas encore vraiment si on pourra célébrer la Fête de la musique dignement cette année, coronavirus oblige, la musique a visiblement adouci les mœurs durant le confinement. Si une baisse de la consommation a été observée dans les premiers jours de cette période inédite par les plateformes musicales, les chiffres ont retrouvé une tendance normale, voire meilleure qu’à l’accoutumée. Le service de streaming français Qobuz, qui répertorie plus de 50 millions de titres dans son catalogue et se positionne sur un marché haut de gamme, s’est engagé auprès des artistes dès le début de la crise en reversant 100 % de ses revenus auprès des ayants droit.

La plateforme a également lancé une étude sur les habitudes de ses centaines de milliers d’abonnés durant cette période pas comme les autres. 20 Minutes s’est entretenu avec Denis Thébaud, le Président et directeur général de Qobuz, pour interpréter les chiffres et détailler la consommation des Français pendant 55 jours.

Quels sont les chiffres significatifs de votre étude ?

Pendant la période de confinement, il y a eu une augmentation assez nette des écoutes pendant les heures habituelles de bureau, à savoir 24 % en matinée et 20 % l’après-midi. Les gens qui étaient oisifs ont plus écouté la musique que d’habitude parce qu’ils étaient chez eux. Ils ont sans doute voulu se servir de leurs équipements à la maison, se faire plaisir en écoutant différents genres de musique.

Vous proposez également un service de téléchargement. Y a-t-il eu une évolution majeure ?

On a remarqué une augmentation très importante du téléchargement à l’acte. Comme il n’y avait pas la possibilité de se rendre en magasin, les clients ont redécouvert la possibilité d’acheter de la musique à l’acte. Ça a été une redécouverte musicale pour un certain nombre de personnes. On a noté cette augmentation dans quasiment tous les pays. Cette activité de téléchargement est importante pour nous, pour laquelle on est peut-être moins connus, parce qu’on a quasiment 10 % de parts de marché face aux autres sociétés internationales.

Comment l’écoute musicale a-t-elle évolué au fil des semaines du confinement ?

Lors de la première semaine, les gens étaient devant leur télévision, donc on a eu moins d’écoutes. C’est un autre écran qui a attiré la clientèle mais c’est un épiphénomène, ça a été très court. On voit plutôt une augmentation de la consommation musicale à notre niveau pendant cette période. C’est important parce que les artistes peuvent avoir une rémunération à ce moment-là alors que les lieux de culture sont fermés.

Quelles ont été les plus grosses surprises du confinement selon vous ?

On a fait un certain nombre de lives pour parler des différentes qualités musicales. On a vu qu’il y avait un intérêt pendant cette période pour que les gens apprennent ce qu’est la bonne qualité musicale, et pourquoi il est important de ne pas écouter trop de MP3, à cause duquel on a tendance à écouter la musique plus fort. C’est l’aspect éducation de la musique qui m’a semblé extrêmement important. Il y a un besoin sur l’éditorial musical, sur la culture autour de la musique, quel que soit le genre que l’on aime. C’est une chose qui est apparue assez nettement pendant cette période.

Quel genre musical vos abonnés ont-ils préféré pendant le confinement ?

Les genres musicaux classiques et jazz se sont très bien développés, plus que dans les périodes précédentes. Cela montre que c’est une musique pour se faire plaisir. L’une des particularités de Qobuz, c’est qu’on a une bibliothèque en très haute résolution et c’est apprécié par les mélomanes qui écoutent du classique et du jazz. C’était l’une de nos forces pendant la période de confinement.

Comment a été prise la décision d’apporter votre soutien aux artistes en cette période ?

Mieux rémunérer les artistes, ça a toute sa valeur, surtout en ce moment où c’est très difficile pour le milieu artistique. Les artistes ont une pression énorme parce qu’ils n’ont pas de concerts et ne peuvent pas enregistrer. La solution, c’est qu’il y ait plus de streaming payant. Pour cela, on a reversé aux ayants droit 100 % des revenus du premier mois de souscription, et nous avons également le système le paiement à l’acte, grâce auquel l’artiste a une meilleure rémunération. Fin 2019, il n’y avait que 7,2 millions d’abonnements payants de streaming donc il y a encore du chemin à faire.