Rockin' 1000: Mille musiciens au Stade de France, un pari technique et (surtout) humain

ROCK'N'ROLL Le samedi 29 juin, le plus grand groupe de rock du monde s’empare du Stade de France. Il n’est pourtant composé que de musiciens et chanteurs amateurs

Clément Rodriguez

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Les musiciens du Rockin' 1000 lors d'une édition précédente
Les musiciens du Rockin' 1000 lors d'une édition précédente — Lucas Parisse
  • Ce samedi 29 juin, mille musiciens amateurs joueront dans l’enceinte du Stade de France.
  • L’idée de rassembler autant de passionnés vient de Fabio Zaffagnini, un Italien qui a publié une vidéo virale pour faire venir les Foo Fighters dans sa ville il y a quatre ans.
  • Depuis, le groupe s’est réuni à de multiples reprises pour propager un message de paix et de tolérance.

Ils allumeront le feu au Stade de France samedi prochain. Vincent, Thierry, Marie, Malik, Flore… Autant de personnes complètement inconnues de la scène musicale, et pourtant, ils se produiront dans le plus grand stade de France, devant plus de 50.000 personnes. Un défi incroyable à relever pour ces quidams qui n’ont, pour la plupart, jamais joué devant plus d’une centaine de personnes.

Pendant plus de deux heures, les 204 bassistes, 389 guitaristes, 236 batteurs et 209 chanteurs reprendront des classiques du rock. Des Deep Purple aux Rolling Stones, en passant par Queen et Nirvana, sans oublier les spécialités françaises Johnny Hallyday et Téléphone, les 1.000 musiciens constitueront le plus grand groupe de rock du monde.

Un défi impossible

L’idée de rassembler mille personnes pour jouer les mêmes chansons vient de Fabio Zaffagnini, un Italien fan de rock, et surtout des Foo Fighters. Pour faire venir le groupe dans la ville de Cesena, dans une région où ils n’avaient plus mis les pieds depuis 1998, Fabio décide de rassembler mille personnes pour donner un coup de projecteur à sa ville. Le pari est fou, mais pas impossible. « On a commencé à chercher tous ces musiciens pour faire l’hommage, on a travaillé pour trouver de l’argent pendant un an et on a fait notre première vidéo qui est devenue virale sur YouTube » nous explique Fabio Zaffagnini, à l’origine du projet. Face au succès de ce coup de projecteur (aujourd’hui près de 50 millions de vues), le groupe de rock accepte de se rendre à Cesena, moins de 4 mois après la publication de la fameuse vidéo.

Ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin, Fabio Zaffagnini décide de réitérer l’expérience de façon régulière. « On s’est rendu compte que c’était une expérience incroyable et tous ceux qui étaient là, dans ce parc, ont pensé la même chose ». La simple organisation d’une vidéo virale prend alors de plus en plus d’ampleur, et la bande d’amateurs de rock devient les Rockin’1000. Dès lors, le groupe prépare des concerts, tourne des vidéos, et sort même un album en janvier 2017, That’s Live – Live in Cesena 2016. La machine est lancée.

Des groupes au sein du groupe

Quatre ans après sa création, les membres du Rockin' 1000 seront donc plus de mille à se réunir au Stade de France pour vibrer ensemble au son d’une même musique. Pour parvenir à créer une cohésion au sein d’un groupe très hétérogène, il existe plusieurs secrets qu’ont accepté de nous dévoiler Fabio Zaffagnini, le créateur du groupe, et Nicolas Mamoun, l’un des participants au concert du samedi 29 juin.

Tout d’abord, pour que tout le monde joue les mêmes morceaux, il faut commencer par les apprendre. Afin que cette phase soit facilitée, les rockeurs reçoivent l’ensemble des partitions et des fichiers MP3 plusieurs mois à l’avance. « On a aussi des vidéos de quelqu’un qui joue face à la caméra pour nous montrer comment faire » ajoute Nicolas Mamoun, pour qui le concert du Stade de France sera son troisième Rockin’1000. Chaque musicien travaille donc seul chez lui afin de maîtriser au mieux la vingtaine de chansons à jouer lors du grand soir.

Le seul moment où les mille musiciens se retrouvent pour répéter à l’unisson, c’est deux jours avant le jour J. Tous se réunissent au Stade de France afin de se coordonner et d’avoir une première idée des forces et faiblesses du groupe d’un soir. Avant cela, certains participants se sont rencontrés quelques semaines auparavant afin de se découvrir, de discuter, et surtout de répéter. Cela a été rendu possible par la création du groupe Facebook de Nicolas Maroun, qui a permis aux musiciens de se regrouper. « Au départ, le groupe était là pour mutualiser les informations, faire un retour d’expérience, et éventuellement apporter des aides techniques sur les morceaux, nous raconte le Vendéen. Petit à petit, le groupe s’est organisé et a servi de support pour organiser des répétitions partout en France. On se retrouve avec des répétitions qui s’organisent toutes les semaines et partout en France ». Aux quatre coins de la métropole, des inconnus se sont donc réunis grâce à la musique, et c’est toute la philosophie de Rockin’1000.

Au-delà de la musique, une aventure humaine

Lors de notre interview avec Fabio Zaffagnini, derrière son accent italien mais dans un français très bien maîtrisé, nous avons compris que la simple vidéo virale s’était transformée en véritable aventure humaine depuis. À travers les différentes dates de spectacle, le créateur de Rockin’1000 veut faire passer un message universel : la musique unit les hommes. « Nous aimons l’idée qu’à travers la musique, on peut trouver un langage commun entre différentes personnes, souligne Fabio Zaffagnini. Avec la musique, on efface les problèmes liés aux différences entre les genres, les idées politiques, religieuses et sociales. La musique, c’est vraiment incroyable pour unir les gens » nous dit-il.

Jouer en France, qui plus est au Stade de France, c’était, là aussi, un rêve inatteignable pour Fabio et les Rockin’1000. « Je pensais que c’était une blague au début » s’amuse Fabio Zaffagnini. Ce sont les équipes du stade qui l’ont contacté il y a plus d’un an, parmi lesquelles certaines personnes sont fans des Foo Fighters et avaient vu la vidéo de Cesena. « Pour nous, avoir l’opportunité de jouer dans l’un des stades les plus importants du monde, alors que l’on a commencé il y a quatre ans, c’est incroyable » s’enthousiasme-t-il.

Le pouvoir des hommes qui s’unissent via la musique, voilà ce que veut montrer le créateur de Rockin’1000 au monde entier. « Les personnes qui sont en bas de l’échelle peuvent réussir à faire quelque chose de grand, note-t-il. On a la possibilité d’impliquer des personnes qui jouent seules dans des petits clubs ou entre amis, et qui n’ont pas la possibilité de jouer dans de grandes salles. Mais, quand ils sont ensemble, ils peuvent remplir le Stade de France. C’est le message qui est important, qui nous fait réfléchir sur le pouvoir des personnes ».

Un parrain très médiatique

Plus de 50.000 places ont été vendues pour la représentation du samedi 29 juin au Stade de France. Un chiffre qui dépasse le nombre de personnes qui sont déjà venues voir le plus grand groupe de rock du monde en Italie. Un succès incroyable en France que Fabio Zaffagnini et Nicolas Mamoun expliquent par le soutien de Philippe Manœuvre, le parrain de cette édition, et le futur maître de cérémonie d’un soir.

« On l’a vu sur toutes les télés depuis le mois de janvier. Ça, ça a fait toute la différence. Il y a eu aussi une grosse communication du Stade de France, il y avait des affiches géantes partout dans Paris pendant un temps » commente Nicolas Mamoun. Le créateur du groupe, lui, ajoute : « Nous remercions beaucoup Philippe Manœuvre parce qu’il a totalement compris le message, les valeurs et la vision que nous avons du monde du rock ».

Il reste quelques places disponibles pour le concert de ce samedi. Et pour ceux qui auraient peur des fausses notes, pas d’inquiétude, vous ne les entendez probablement pas, nous certifie Fabio Zaffagnini : « Il y a sûrement des personnes qui peuvent faire des erreurs quand elles jouent, mais quand on a mille personnes qui jouent ensemble, on ne peut pas les entendre, plaisante-t-il. Si on ne les entend pas, les participants n’ont pas peur de se tromper, et quand on n’a pas peur de faire d’erreurs, généralement on ne se trompe pas ».