Gojira au Main Square: «Il y a de moins en moins de colère dans notre musique»

MUSIQUE Le groupe Gojira se produit sur la scène du Main Square à Arras puis achève une tournée internationale de deux ans…

Benjamin Chapon

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Le groupe français Gojira
Le groupe français Gojira — Travis Shinn
  • Gojira termine sa tournée internationale avec, notamment, un passage par le Main Square à Arras.
  • Le groupe français de metal a très peu d’exposition en France par rapport à son succès colossal à l’étranger.
  • Mario Duplantier, batteur de Gojira, nous confie les projets du groupe pour l’avenir.

Un groupe français au succès mondial retentissant. Un groupe qui depuis vingt ans a toujours vu son nombre de fans augmenter. Un groupe écolo dont les chansons parlent de sujets profonds. Ce groupe-là a tout pour plaire. Oui mais voilà, c’est un groupe de metal, ou du moins assimilé comme tel. Gojira est probablement le groupe dont les Français ont toutes les raisons d’être les plus fiers. Quelques cocoricos ont bien résonné quand Gojira a été nommé aux Grammy Awards. Mais à part ça, le quatuor reste globalement méconnu chez nous.

Christian Andreu, de Gojira, à Rio le 19 septembre 2015
Christian Andreu, de Gojira, à Rio le 19 septembre 2015 - Felipe Dana/AP/SIPA

Mais à l’étranger, Gojira est un groupe incontournable. La tournée de leur dernier album, Magma, qui s’achève cet été, les aura emmenés du Japon à la Finlande, de l’Australie au Mexique, du Brésil aux Etats-Unis… Fin juin, ils jouaient à Biarritz, presque à domicile pour ces basquo-landais, pour deux dates. Et ce vendredi, ils jouent au Main Square Festival à Arras. Puis ils repartiront à l’étranger pour d’énormes festivals qui les invitent en tant que têtes d’affiche.

Prochaine escale : New York

« Nous n’avons aucune amertume, explique Mario Duplantier, batteur de Gojira. Les Grammy Awards nous ont permis une belle exposition médiatique en France, mais on sait bien que nous ne sommes pas un pays à tradition rock. En France, on écoute plutôt de la chanson ou de la pop, c’est comme ça. » Peut-être est-ce pour cela que le groupe, souvent sur les routes, s’est en partie expatrié.

« Mon frère [Joe Duplantier, chanteur du groupe] a ressenti le besoin de changer d’air et est allé s’installer aux Etats-Unis. Pour écrire et enregistrer Magma je me suis installé chez lui à New York où on avait notre studio. On était en vase clos avec le groupe, comme à la maison, c’était une super expérience. On va suivre la même méthode pour le prochain album. Ça nous permet de commencer à partir d’une feuille blanche, on ne sait pas du tout dans quelle direction on va aller. Ces deux dernières années, dans le groupe, on s’est éloignés les uns des autres du point de vue des influences musicales. Ça va être intéressant de voir ce que ça va donner. »

Moins de colère et de mélancolie

Gojira avait pris un virage stylistique avec Magma qui leur a permis de toucher un public encore plus large. Mario l’explique par la maturité d’un groupe qui a fêté ses vingt-deux ans d’existence : « Être cohérent pendant vingt-deux ans c’est compliqué. Mais c’est notre force d’avoir su rester ensemble. Chacun apporte ses goûts. Moi j’écoute beaucoup de classique et d’électro. Certains sont plus rock psyché ou musiques du monde… On écoute très peu de metal d’ailleurs. On en bouffe pas mal en festival, et puis quand on est en studio bien sûr. Alors le reste du temps, on écoute beaucoup d’autre chose. Nos femmes ne sont pas forcément très fans de metal. Mais nos enfants savent headbanger, l’honneur est sauf… »

Parce que, forcément, après vingt-deux ans de métier, « on approche de la quarantaine ». Là encore, les membres de Gojira prennent tout cela avec recul et calme. « Il y a de la mélancolie et de la colère dans notre musique, mais peut-être de moins en moins, analyse Mario. On a acquis un peu de sagesse. Aujourd’hui on sait que dans la colère, il y a aussi le mal-être. On a besoin d’un nouvel album parce qu’on veut de nouvelles chansons à jouer en concert. On doit se renouveler parce qu’on a un peu rompu avec certains anciens morceaux qui ne nous représentent plus. »

Metal en jour, metal toujours

A la fois pour conquérir un nouveau public (encore) et pour mieux coller à leur état d’esprit actuel, Gojira s’apprête donc à retourner en studio enregistre un album… grand public. Une ambition franchement taboue dans le milieu de metal mais que Mario assume : « La presse américaine nous a bombardés "Futur Metallica". Et ça nous influence, il faut être honnête… On parle souvent de la manière de rendre notre musique fédératrice. Mais quand on se met à composer, on oublie ça. Notre priorité reste d’avoir un son en phase avec ce que l’on veut dire, transmettre. Ces vingt dernières années, on s’est beaucoup cherché. Aujourd’hui, on est plus serein par rapport à ça, on peut encaisser la contrainte d’essayer de faire une musique populaire, qui touche plus de monde en tout cas. »

Gojira ne deviendra pas le nouveau David Guetta pour autant. « Notre musique est globalement très opaque et difficile d’accès », explique Mario. Voilà qui devrait rassurer les fans de la première heure du groupe. Des metalleux parfois attachés à ce que leurs groupes restent un peu confidentiels. « C’est comme notre sœur qui adore cuisiner mais ne veut jamais donner ses recettes. Je n’ai jamais compris ça…, rigole Mario. On restera toujours très attaché à la communauté metal, on est, profondément, des metalleux. Mais on ne joue pas du metal. Enfin pas seulement. »