Après cinq concerts, les trois lecteurs de «20 Minutes» sont devenus fans de musique classique

INITIATION Ils avaient cinq concerts de musique classique à écouter, et ils l’ont fait. Retour sur l’expérience hors normes des lecteurs de « 20 Minutes »…

Claire Barrois

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Clara, Etienne et Mélissa à l'Opéra comique, dernière étape de leur initiation à la musique classique.
Clara, Etienne et Mélissa à l'Opéra comique, dernière étape de leur initiation à la musique classique. — C. Barrois / 20 Minutes
  • « 20 Minutes » a accompagné trois lecteurs dans leur initiation à la musique classique.
  • Leur cinquième et dernier concert avait lieu à l'Opéra comique, où Clara, Etienne et Mélissa se sont tellement lâchés qu'ils ont... chanté.
  • Tombés dans la potion magique de la musique classique, les novices comptent bien partager leur nouveau loisir avec leurs proches.

Ça n’était pas gagné d’avance, et pourtant. En mars, 20 Minutes commençait une expérience avec trois lecteurs qui ne connaissaient rien à la musique classique. Le but ? Montrer que ça n’était pas réservé à une élite culturelle, à ceux qui ont de l’argent, voire, tout simplement, aux vieux. Nos trois gaillards choisis (âgés de 24 à 27 ans, afin de jouer le tout pour le tout), on les emmenait à l'opéra Garnier. Pas une franche réussite. La suite va vous surprendre.

« Pour être tout à fait honnête je ne me sentais pas du tout à l’aise la première fois à l’opéra, reconnaît Mélissa, plutôt fan de hip-hop que de symphonies. Peut-être était-ce les œuvres que j’avais trouvées très compliquées, ou le manque de diversité sociale au sein du public : je m’étais rassurée à propos de mon ignorance en me disant que c’était un monde complètement éloigné du mien. Autant dire que j’ai bien changé d’avis aujourd’hui ! » Et effectivement, il y a un monde entre les trois timides du début et les trois bêtes de scène qui sont allées pousser la chansonnette à l’Opéra comique.

Une petite adaptation nécessaire

La première fois, les dorures, les cheveux gris et l’impression de faire tache avaient presque eu raison de la gaîté naturelle de Clara, Etienne et Mélissa. Tapis dans l’ombre, ils observaient les crieurs qui vendaient le programme, les femmes en robe longue ou en jean, ceux qui étaient à l’aise dans un univers qui n’était pas le leur. Finalement, ils avaient adoré la soirée, mais pas la musique. Il faut dire qu’on ne les avait pas ménagés en leur faisant écouter la plus moderne des musiques classiques, avec des meurtres et un suicide au programme. Glauque à souhait.

Mais les petits novices ont fait une découverte majeure ce soir-là : il y a plusieurs périodes dans la musique classique, et on peut adorer Bach ou Tchaïkovski et détester Mozart ou Poulenc. Voire faire une fixette sur une œuvre ou un compositeur et pas le reste sans avoir honte. Tout est permis. « Je ne pensais vraiment pas adhérer à l’opéra et m’ennuyer en concert classique, se souvient Clara. Je ne voyais pas comment c’était possible de rester assis à écouter de la musique pendant des heures. Pour l’opéra, c’est sous-titré en français, ce qui facilite les choses, et c’est quand même de sacrées performances artistiques et techniques qui nous happent ! »

« On est monté en grade »

Théâtre des Champs Elysées (bâtiment de 1914 construit en béton armé), Philharmonie de Paris (terminée en 2015) et Opéra Bastille (qui fête ses trente ans cette année)… La musique classique n’est pas cantonnée aux salles rococo qui vous transportent directement à la cour du roi Soleil. Et en avoir conscience, ça détend. « Je m’en veux de ne pas m’être poussé à découvrir ça plus tôt, regrette Etienne. Les salles étaient très différentes, elles montrent vraiment l’évolution des mentalités et des besoins, des balcons pour être vu des autres spectateurs à l’Opéra (pour les nobles pour lesquels le spectacle était secondaire) jusqu’à la Philharmonie où l’ensemble du public est très près de la scène par exemple. »

Quant à l’image du public (des vieux riches coincés), elle « a commencé à se craqueler quand nous sommes allés à la Philarmonie, qui rassemblait un public plus large, composé de non connaisseurs, qui n’avaient pas forcément les "codes traditionnels" de la musique classique, explique Mélissa. Ce qui est drôle, c’est que lorsque des gens ont applaudi entre les mouvements et que le public connaisseur les a hués, Clara, Etienne et moi nous sommes regardé avec complicité parce qu’on "maîtrisait" maintenant les codes, et qu’on était tout d’un coup monté en grade ! » Des habitudes qui, de plus, commencent à se perdre.

Et à la fin, tout le monde se lâche

Désormais familiers et complètement détendus dans les lieux de la musique classique, Mélissa, Etienne et Clara ont terminé leur parcours avec 20 Minutes à l’ Opéra comique, sorte de petit frère de l’Opéra Garnier. Désormais, les moulures et dorures n’avaient plus rien d’étrange, de telle manière que les trois jeunes, devenus amis, ont pu un peu se lâcher : ils ont appris quelques chants du dernier opéra auxquels ils ont assisté, La Nonne sanglante, de Charles Gounod. « Ça a rendu la performance plus humaine, remarque Etienne. Je me suis dit que moi aussi en travaillant je pourrais faire quelque chose de sympa. Mais mes qualités vocales sont très limitées… »

Il n’empêche qu’au cours de trois heures d’opéra, un air connu, c’est un peu le radeau qui nous sort de la noyade dans le sommeil. Car oui, après une longue journée de travail, avoir des moments d’inattention, c’est aussi normal et ça s’assume easy (ça nous arrive même de bailler à l’apéro avec des collègues presque marrants, alors hein). Bref, à la fin du spectacle, sentant les adieux approcher, Clara, Etienne et Mélissa n’en menaient pas large. Jusqu’à ce qu’une représentante de l’Opéra comique tombe du ciel et avance : « Ça vous dirait de revenir avec des amis pour voir La Bohème ? » De quoi passer le flambeau de la musique classique à leurs proches à leur tour.