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EXPOSITIONUne expo nantaise dévoile la « mise en scène » des photos humanitaires

Nantes : Dans une exposition, la photo humanitaire dévoile ses « mises en scène »

EXPOSITIONL’expo « Un monde à guérir » ouvre ce vendredi à Nantes. Elle nous incite à porter un regard critique sur les photos humanitaires, dont 600 sont présentées, jusqu’à début janvier
L'exposition Un monde à guérir est visible jusqu'au 7 janvier au Lieu Unique à Nantes
L'exposition Un monde à guérir est visible jusqu'au 7 janvier au Lieu Unique à Nantes - J. Urbach / 20 Minutes / 20 Minutes
Julie Urbach

Julie Urbach

L'essentiel

  • Une exposition consacrée à la photo humanitaire ouvre ce vendredi à Nantes.
  • A travers 600 images issues notamment des collections du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, l’idée est de mieux comprendre « la grammaire visuelle » qui les régit.

L’exil, la guerre, les crimes. Les immeubles effondrés, les blessés, l’aide apportée au milieu de la détresse. Aux quatre coins du globe, et encore ces derniers jours en Israël, à Gaza ou en Ukraine, les catastrophes apparaissent sous nos yeux via un flux d’images, presque continu, sur nos écrans. Parmi elles, depuis plus d’un siècle, les photos humanitaires documentent l’action des associations, qui sont parfois les premières sur le terrain au plus près des populations touchées.

« On les pense très claires, tant elles nous sautent à la gorge, observe Pascal Hufschmid, directeur du musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR). En fait, elles répondent à de nombreux codes et cachent une grande complexité, dans ce qu’elles montrent et ce qu’elles ne montrent pas. Elles ne correspondent pas toujours à la réalité du terrain. »

Une « grammaire visuelle »

A partir de ce vendredi et jusqu’en janvier, une grande exposition intitulée « Un monde à guérir » se tient au Lieu unique à Nantes et offre un regard critique sur ces images, plus que jamais nécessaire. A travers 600 photos issues notamment des collections du musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, l’idée est de mieux comprendre « la grammaire visuelle » qui les régit, davantage à des fins de communication que d’information.

L'exposition "Un monde à guérir" est visible jusqu'au 7 janvier au Lieu unique à Nantes
L'exposition "Un monde à guérir" est visible jusqu'au 7 janvier au Lieu unique à Nantes - J. Urbach / 20 Minutes

« Même si elles sont parfois prises par des professionnels, elles se distinguent du photojournalisme, car elles ont un cahier des charges précis, observe Nathalie Herschdorfer, l’une des commissaires de l’exposition. Dès le début, elles sont bien cadrées, et se concentrent sur l’aide, son arrivée, avec des rôles qui se dégagent. Il y a souvent une grande place pour l’emblème, la main du travailleur humanitaire qui soigne et rassure, mais aussi la victime anonyme. Une image composée, construite, mise en scène », avec des figures récurrentes.

Regarder aussi ce qu’elles ne montrent pas

Sur un grand mur, une multitude de photos mettent en lumière l’une d’entre elles. « L’enfant fait partie de ce langage photo qui prend forme au début du XXe siècle, observe Nathalie Herschdorfer. Quand il est montré sans ses parents, on est tout de suite alerté, affecté, avec notre imaginaire qui parle. » Des « icônes », celle-ci ayant pour but de susciter la compassion et engendrer un soutien financier, il y en a d’autres dans les archives exposées. « Comme la figure du sauveur représenté par un homme blanc, en position de domination, relèvent les commissaires. La réalité du terrain est tout autre puisque 95 % des humanitaires ne sont pas des expatriés, mais font partie du pays. »

L’une des thèses de l’exposition est que la photo humanitaire doit aussi être regardée par le public dans tout ce qu’elle ne montre pas. Si l’arrivée des camions ou les gestes du soin font partie du travail de ces professionnels, il ne s’agit que d’une « lecture fractionnée » de leur quotidien. Idem pour les populations concernées, qui vivent au milieu de situations dramatiques des moments de pause, voire de joie, souvent absents des représentations. Selon Pascal Hufschmid, « on ne peut pas réduire l’identité d’une personne à son rôle ». Pourtant, certaines images « les figent dans ce statut de victime ». C’est « efficace, mais problématique », juge le commissaire.

« Un Monde à guérir », au Lieu Unique à Nantes jusqu’au 7 janvier. Entrée libre

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