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polémiqueLe film de Polanski à la Mostra de Venise, « provocation » ou « liberté » ?

Roman Polanski : Son dernier film projeté à la Mostra, « provocation » ou « liberté » ?

polémiqueSi le cinéaste n’a pas fait le déplacement à Venise, la projection de « The Palace » dans l’un des plus prestigieux festivals du monde a pris une dimension symbolique forte
Roman Polanski à l'avant première de son film « D'après une histoire vraie » à la Cinémathèque de Paris en 30 octobre 2017.
Roman Polanski à l'avant première de son film « D'après une histoire vraie » à la Cinémathèque de Paris en 30 octobre 2017. - Pierre Villard / SIPA
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Encore un film de Roman Polanski en tête d’affiche d’un grand festival de cinéma. Le dernier long métrage du cinéaste controversé a été projeté, en l’absence du réalisateur, samedi à la Mostra de Venise, où son producteur a brandi l’étendard de la « liberté » artistique. The Palace, tourné à Gstaad en Suisse, se veut une comédie à sketches dans un hôtel de luxe, le soir du Nouvel an 2000. Au générique, quelques noms connus, comme Fanny Ardant ou Mickey Rourke, mais aucune star en vogue.

The Palace entend rire à gros traits des excès de l’époque, avec une galerie de personnages outrés : oligarques russes, milliardaires insupportables, cliente nymphomane, plombier lubrique. Sans compter un chien, qui finira par s’accoupler avec un pingouin. Très loin des grands films de Polanski, auteur du Pianiste, sur la Shoah, ou du classique de l’horreur Rosemary’s Baby, cette comédie au budget de 21 millions d’euros a reçu un accueil glacial et embarrassé en projection de presse.

Une dimension symbolique forte

Si le cinéaste n’a pas fait le déplacement à Venise, cette projection dans le plus ancien et l’un des plus prestigieux festivals du monde avait pris une dimension symbolique forte. A 90 ans, il est devenu un symbole d’une certaine impunité pour les auteurs de violences sexuelles et l’un des artistes les plus contestés de l’ère #MeToo. Il vit en Europe à l’abri de la justice américaine, qu’il fuit depuis plus de quarante ans après une condamnation pour des relations sexuelles illégales avec une mineure.

Persona non grata à Hollywood, Polanski a vu sa situation basculer en France depuis la polémique autour du César de la réalisation obtenu en 2020 pour J’accuse, alors qu’il était visé par de nouvelles accusations d’agressions sexuelles. Sa sélection, ainsi que celle d’un autre artiste mis au ban de Hollywood, Woody Allen, ou de Luc Besson (contre lequel des accusations de viol viennent d’être définitivement écartées par la justice), a été vue par certains comme une provocation.

« Pas de jugement moral »

Interrogé par l’AFP sur cette invitation avant le début du festival, le directeur de la Mostra Alberto Barbera s’est défendu en estimant qu’il fallait faire « la distinction entre l’homme et l’artiste ». Samedi, le producteur italien du film, Luca Barbareschi, est passé à l’offensive. « Nous vivons dans le présent et, dans le présent, ce qui compte c’est la liberté. Il ne faut pas de jugement moral dans l’art, a-t-il déclaré en conférence de presse. La Mostra doit être un lieu d’expérimentation, de provocation et de liberté d’expression pour les artistes. »

Le dernier film de Polanski a été « dur » à produire, a souligné Luca Barbareschi. Selon le média professionnel Hollywood Reporter, The Palace a été vendu dans plusieurs pays, dont l’Italie, l’Espagne, Israël ou la Belgique. Mais pas en France ni aux Etats-Unis, a regretté le producteur, qui ne désespère pas d’y distribuer The Palace et rappelle que le film précédent, J’accuse, n’a pas pu sortir dans les pays anglo-saxons. Ces pays « doivent respecter les artistes comme le reste du monde », a-t-il lancé.

D’une manière générale, « je ne comprends pas pourquoi toutes les plateformes comme Paramount, Amazon, Studiocanal ou Netflix passent les films de Polanski tous les jours et font des millions avec, et pourquoi on ne pourrait pas produire un nouveau film de Polanski », a-t-il insisté.

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