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interviewPour Moon, « la santé mentale est primordiale »

« Drag Race France » : « Il ne faut jamais avoir honte d’exposer ses faiblesses », estime Moon

interviewMoon a quitté « Drag Race France » lors du 6e épisode diffusé vendredi sur France 2. Eprouvée par l’aventure, elle a décidé elle-même d’y mettre un terme
Moon, candidate de « Drag Race France » sur France 2.
Moon, candidate de « Drag Race France » sur France 2.  - © Nathalie Guyon - FTV / Phototélé
Clio Weickert

Propos recueillis par Clio Weickert

L'essentiel

  • Moon a quitté l’émission à l’issue du 6e épisode de « Drag Race France », diffusé vendredi dernier sur France 2.
  • La candidate a décidé elle-même de mettre un terme à son aventure. « C’était la meilleure décision à prendre. Je me rendais compte que je n’avais plus assez de fun pour continuer », explique l’artiste de 31 ans à 20 Minutes.
  • « Nous aussi, nous avons le droit de ne pas aller bien. On a beau être à la télé et faire plein de choses divertissantes pour les gens, ça reste quand même difficile et intense pour nous », ajoute-t-elle.

Elle nous a bouleversés dans l’épreuve de la « Comédie Musidrag », en incarnant avec courage le personnage d’un père toxique rejetant son enfant. Elle nous a fait rire aux larmes lors du « Snatch Game », se mettant avec talent dans la peau d’une Brigitte Fontaine complètement barrée. Moon, la Suissesse de l’aventure, a quitté Drag Race France vendredi au terme du 6e épisode diffusé sur France 2, après l’épreuve iconique du « Ball » sur le thème « Reine du bal (du lycée) ».

Un départ qu’elle a choisi, expliquant privilégier ainsi sa santé mentale. « C’était la meilleure décision à prendre. Je me rendais compte que je n’avais plus assez de fun pour continuer », explique la drag-queen de 31 ans ce lundi à 20 Minutes. L’artiste revient sur les raisons de son départ et son parcours dans l’émission.

Face au jury, vous expliquez que ce n’est pas un abandon et que votre santé mentale passe avant tout. C’est un message important à faire passer pour vous ?

Absolument. J’ai l’impression qu’on oublie que nous sommes des humains avec ces émissions de divertissement et de téléréalité. Nous aussi, nous avons le droit de ne pas aller bien. On a beau être à la télé et faire plein de choses divertissantes pour les gens, ça reste quand même difficile et intense pour nous. C’est complètement normal de parler de santé mentale et je trouve ça assez fou que ce soit encore aussi tabou.

Cela a été assez perturbant et douloureux pour vous d’incarner ce personnage toxique lors de la « Comédie Musidrag ». Est-ce que cela a joué dans la fragilisation de votre santé mentale ?

Ça n’a pas aidé mais ce n’est pas du tout pour ça que je suis partie. Je fais du drag-king [les artistes qui performent et caricaturent la masculinité], mais je ne l’ai pas fait depuis ma transition. Du coup ça a été assez compliqué pendant le maquillage et les répétitions. Mais quand j’étais sur scène, j’étais tellement fière ! C’était vraiment ma lettre d’amour à tous les drag-kings de France et du monde. Pour moi c’était très important de le faire. Je suis vraiment allée faire cette émission en voulant montrer la Moon que je suis. Notamment la « freaky Moon », cette Lune qui est un peu une créature, lors du défilé avec le thème « Sous l’océan » [épisode 4]. Je m’étais aussi dit que si j’avais l’opportunité de faire un king, ce serait trop bien. Après, le rôle était compliqué, d’autant plus que j’ai vraiment eu affaire à beaucoup d’hommes toxiques.

L’autre personnage qui a marqué les esprits est celui de Brigitte Fontaine, que vous avez incarné dans le « Snatch Game ». C’est une artiste que vous appréciez ?

Je l’adore. Je voulais faire une femme d’un certain âge parce que ce sont celles que je préfère. Et puis elle a tellement son univers ! Elle est tellement perchée ! J’ai l’impression que c’est ce qu’on dit tout le temps de moi. Ça me semblait évident d’essayer de faire une femme forte comme ça. Brigitte Fontaine, je l’ai vue plusieurs fois. Je la trouve irrésistible, incroyable, c’est palpitant de la regarder. C’était une bonne occasion de rendre un hommage à cette femme que j’adore et de m’amuser en plus de ça.

Vous avez participé à toutes les épreuves iconiques de la compétition : le « Snatch Game », le « Rusical » (la « Comédie Musidrag » dans la version française), le « Ball »… Vous en redoutiez certaines ?

Ce qui est marrant, c’est que ce n’est pas le « Ball » que je redoutais le plus ! J’ai toujours été débrouillarde. Après, vu que j’avais envie de partir je crois que ça arrangeait tout le monde que je sois dans le bottom. Je redoutais beaucoup plus le « Snatch Game » parce que je n’avais vraiment pas envie de foirer Brigitte. J’avais vraiment envie qu’elle soit fière elle aussi, si elle le voyait un jour. C’était donc vachement plus stressant pour moi. Pour le « Ball », j’ai peut-être trop pris le thème à la lettre dans ma tête. J’ai un peu oublié l’aspect fashion et je suis trop partie dans le concept de la meuf qui a envie de s’amuser au bal de fin d’année. C’était important pour moi de faire une femme lumineuse. Je suis déjà allée à un bal de fin d’année mais à l’époque, j’étais en costard et j’étais avec une fille… Ce n’était pas vraiment mon bal rêvé. Je me suis donc dit que j’allais le faire comme moi j’en avais envie, que ce soit quelque chose de fun. Mais j’ai peut-être un peu trop oublié qu’il fallait être jolie en plus de ça ! Je suis allée trop dans le concept et pas assez dans l’exécution.

Lors du premier défilé de la soirée, vous portez une robe qui a appartenu à votre mère et qui a beaucoup touché le jury. C’était important pour vous cette tenue ?

Du plus loin que je puisse me souvenir de la découverte de ma transidentité, cette robe est l’objet dont je me souviens le plus. On avait une malle de déguisements à la maison, on piochait dedans à chaque fois qu’il y avait un carnaval. Cette robe y était alors que c’était vraiment la robe de ma mère quand elle était jeune. Elle la mettait pour aller danser, elle a rencontré mon père avec. Pour moi, elle représentait un peu cette femme fatale. Elle me faisait aussi tellement penser à Esmeralda qui était, pour moi, la princesse la plus iconique. Enfin, ce n’était même pas une princesse, alors que c’était la seule représentation romani que j’avais à la télé. Pour toutes les femmes de ma famille [Moon a des origines tziganes], j’avais l’impression qu’elles n’avaient aucune représentation, sauf elles-mêmes et Esmeralda. À chaque fois que je pouvais mettre cette robe, je me regardais des heures dans le miroir et je me trouvais tellement incroyable. J’avais l’impression que je pouvais être qui je voulais avec. Pouvoir la remettre sur scène et la mixer avec cette icône de Disney, c’était trop beau. J’étais peut-être un peu trop déguisée pour certains, mais encore une fois, je ne suis pas là pour faire autre chose que du fun.

Vous avez été instantanément adorée par le public qui a notamment loué votre spontanéité. Est-ce que cela vous a surprise ?

Tellement. Je suis du genre à ne pas du tout m’ouvrir, je ne parle pas de moi en général. Mes familles de cœur et de sang ne sont pas du tout au courant de la moitié des choses dont j’ai parlé dans Drag Race. C’est aussi ça qui m’a fait un peu « spiraler ». Ça a été tellement dur de raconter tout ça et de me retrouver le soir, dans ma chambre d’hôtel, et de me dire que je l’avais dit à toute la France et à toute la Suisse. De me voir aussi paisible quand je parlais, du moins en avoir l’air, ça m’a surprise parce que j’étais dans un état d’angoisse. Je trouvais ça fou. Mais je suis assez fière de moi d’avoir pu mettre des mots aussi facilement sur des choses aussi importantes et difficiles.

Très tôt dans la compétition, vous avez expliqué aux autres candidates être une femme trans, tout comme avoir souffert d’une grave dépression et de pensées suicidaires. Vous étiez dans un cadre où vous vous sentiez assez en confiance pour le faire ?

Je me suis dit qu’il fallait que je le dise. Parfois je n’avais pas envie de parler de tout mais je pensais tout le temps au fait que ça allait être important. Que quelqu’un l’entendrait et me remercierait un jour d’en avoir parlé. Même si des fois je me suis sentie un peu poussée, je n’ai jamais été obligée à rien. Je l’ai toujours fait parce que j’en avais envie. Je pense que c’est ce qui a fait que je suis partie, j’ai parlé de beaucoup de choses angoissantes et perturbantes pour moi en un laps de temps très court.

Depuis sa participation l’an dernier, La Briochée utilise sa visibilité pour dénoncer la transphobie. Est-ce que vous aussi décidée à être un porte-voix de votre communauté ?

Complètement. J’ai l’impression que je n’ai pas trop eu le choix. On manque encore terriblement de représentation. Rien que le fait qu’on dise que c’est une représentation, c’est qu’on manque de présence trans. Du coup, tu es une représentation et un porte-parole malgré tout. Mais c’est assez fou de se dire que je suis un porte-parole de toute une communauté juste parce que j’ai une identité différente de celle dite de la "norme". C’est assez dingue pour moi. Bien entendu, je vais me battre jusqu’au bout pour ma communauté et quand il faudra se mettre debout, parler et hurler, je serai là.

Où pouvons-nous venir vous applaudir les prochaines semaines ?

Les semaines prochaines je serai à Lille puis à Paris pour des viewing party et des shows drag. Début septembre, la tournée Drag Race France Live commence ! Prenez vos tickets parce que ça part vite et ça va être ouf ! Ce sera dans toute la France et à Genève aussi.

Avez-vous un message à faire passer ?

Il faut s’écouter soi-même, c’est le plus important. Il ne faut jamais avoir honte d’exposer ses faiblesses – du moins ce qu’on pense en être –, la santé mentale c’est primordial et il faut s’aimer. Et vive les trans !

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