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ECONOMIEParticiper à « Drag Race France » peut être un beau coût pour les queens

« Drag Race France » : Emprunts ou débrouille, participer est aussi une question d’argent

ECONOMIELes drag-queens qui participent à la saison 2 de la compétition ont dû préparer autant de tenues et de perruques que le tournage prévoyait d’épreuves et de défilés. « 20 Minutes » leur a demandé ce que cela impliquait financièrement
Les queens de la saison 2 de « Drag Race France ». En haut, de g. à dr. : Keiona, Moon, Piche, Sara Forever, Vespi, Mami Watta, Rose. En bas, de g. à dr. : Punani, Kitty Space, Ginger Bitch et Cookie Kunty.
Les queens de la saison 2 de « Drag Race France ». En haut, de g. à dr. : Keiona, Moon, Piche, Sara Forever, Vespi, Mami Watta, Rose. En bas, de g. à dr. : Punani, Kitty Space, Ginger Bitch et Cookie Kunty. - Nathalie Guyon - FTV / Phototélé
Fabien Randanne

Fabien Randanne

L'essentiel

  • Le deuxième épisode de la saison 2 de Drag Race France sera mis en ligne ce vendredi 7 juillet à 18h sur France.tv Slash et diffusé en deuxième partie de soirée sur France 2.
  • Certaines drag-queens candidates des versions anglo-saxonnes de l’émission peuvent débourser des dizaines de milliers d’euros pour leurs tenues.
  • En France, les budgets sont bien plus raisonnables. « Nous avons davantage de marge pour trouver notre chemin sans dépenser de grosses sommes », avance ainsi Sara Forever. Mais chaque participante a géré sa préparation différemment selon qu’elles avaient de l’argent de côté ou non.

Participer à Drag Race peut coûter cher. Littéralement. Les candidates doivent prévoir suffisamment de tenues et de perruques pour les mini et maxi défis mais aussi pour les défilés finaux de chaque épisode. Et parfois, cela peut chiffrer sévère. Les Américaines Heidi N Closet et Kahanna Montrese affirmaient récemment avoir dépensé 40.000 dollars (37.000 euros) chacune pour la huitième édition « All Stars », en cours de diffusion. La Britannique Blu Hydrangea, elle, aurait déboursé 26.000 livres (30.000 euros) pour la saison spéciale « UK vs the World ». Autre exemple : Gottmik a investi 20.000 dollars (18.000 euros) pour la treizième saison de RuPaul’s Drag Race.

Qu’en est-il en France, où la deuxième saison de la compétition de drag-queens a été lancée le 30 juin France Télévisions ? « Je pense qu’ici on accepte plus facilement les approches différentes, avec des budgets raisonnables, alors qu’ailleurs ça ne pardonne pas s’il n’y a pas 30.000 euros de mis. Nous avons davantage de marge pour trouver notre chemin sans dépenser de grosses sommes », nous répond Sara Forever, l’une des onze participantes de cette année. Elle reconnaît cependant que cet aspect financier est « un vrai sujet, qui reflète des problématiques que l’on retrouve ailleurs » et que « toutes les questions sociales que cela soulève » ont aussi une influence dans la préparation pour l’émission.

« Quand j’ai été castée, j’avais 300 euros sur mon compte »

Mami Watta n’a pas présenté sa candidature à la saison 1 de Drag Race France car elle ne voulait pas « correspondre au stéréotype de la queen noire pauvre ». « Je préférais attendre d’avoir mon diplôme, de trouver un taf. Ce n’est pas arrivé donc je suis toujours pauvre, poursuit en riant celle qui est en lice dans la deuxième saison. Quand j’ai été castée sur le show, j’avais 300 euros sur mon compte. J’ai un salaire étudiant. » Elle s’est donc tournée vers « des amis couturiers » et « des gens de [sa] house » - autrement dit sa famille choisie dans la scène ballroom.

Keiona, elle, a dépensé une partie de l’argent qu’elle a remporté dans Legendary, une compétition télévisée de voguing à laquelle elle a participé aux Etats-Unis. « J’ai aussi reçu de l’aide de ma famille, de mes sœurs. On fait jouer tout ce qu’on peut, tout ce qu’on a comme contacts. Il y a des gens qui nous suivent chacune depuis longtemps et nous soutiennent. Quand on me demandait ce que je voulais pour mon anniversaire, je répondais qu’il me fallait de l’argent pour les costumes, raconte-t-elle. Même s’il y a toute une partie de customisation que j’ai faite moi-même, j’avais envie de me faire plaisir et faire plaisir à ceux qui vont me voir. »

« On ne pouvait pas arriver avec des costumes en dessous de ceux de la saison 1 »

Kitty Space, elle, ne souhaite pas dire combien elle a dépensé pour ses looks, mais elle indique n’avoir pas eu besoin de contracter un emprunt. « J’avais la chance d’avoir un peu d’argent de côté » précise celle qui a « fait appel à des couturiers asiatiques pour mettre leur art en avant ».

« On voulait faire les choses bien et travailler avec les personnes de la communauté qui vivent de leur art à travers nous », complète Cookie Kunty qui a emprunté de l’argent à sa mère, à sa grand-mère et à des amis.

Pour Ginger Bitch, tenues et perruques n’étaient pas à prendre à la légère. « La saison 1 avait mis la barre très haut, rappelle-t-elle. On se devait au moins d’égaler, voire de dépasser le niveau, on ne pouvait pas arriver avec des costumes en dessous, ce n’était pas possible. »

Des budgets différents mais des résultats équivalents

Piche elle, invite à relativiser. « On peut se rendre compte que certaines ont mis un gros budget dans leurs looks et d’autres beaucoup moins et que, malgré tout, on se retrouve avec des choses équivalentes en matière de qualité ou de goût. On peut donc se demander s’il était nécessaire de mettre autant d’argent… »

Si, dans Drag Race France, il n’y a, contrairement à la version d’origine américaine, aucune grosse somme d’argent à gagner, la production a l’ambition de permettre aux candidates de vivre de leur art dans la foulée de la diffusion, et notamment de bénéficier du statut d’intermittent du spectacle. Outre le show avec lequel elles partiront en tournée à la rentrée, les drag-queens françaises profiteront de la vitrine qu’est l’émission pour leurs projets scéniques et professionnels. Un retour sur investissement, en quelque sorte.

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