« Drag Race France », le phénomène qui a ouvert grand les yeux du pays

DRAG-QUEENS Alors qu’une saison 2 de « Drag Race France » a déjà été annoncée, retour sur le succès de cette émission et son impact pour la société autant que pour les drag-queens elles-mêmes

Xavier Héraud
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Paloma, Soa de Muse et La Grande Dame lors de l'épisode final de Drag Race France, saison 1.
Paloma, Soa de Muse et La Grande Dame lors de l'épisode final de Drag Race France, saison 1. — Nathalie Guyon/FTV
  • La finale de Drag Race France a été diffusée samedi sur France 2 et s’est conclue par la victoire de Paloma.
  • Cette première saison de la compétition de drag-queens n’est pas passée inaperçue. Elle a conquis un public aux profils variés.
  • L’impact de l’émission pourrait avoir un impact pour les dix candidates mais aussi, plus largement, pour l’ensemble des artistes de la scène drag française.

Jeudi 11 août, au Café Beaubourg à Paris, peu avant 20h. Des centaines de personnes se pressent devant l’établissement et la queue s’étire jusqu’au boulevard Sébastopol. Tous et toutes sont venues assister à la projection du dernier épisode de Drag Race France, qui oppose trois drag-queens : La Grande Dame, Soa de Muse et Paloma. La ferveur et l’enthousiasme de ce public plutôt jeune – mais pas exclusivement – est quasiment palpable. Pour un peu, on se croirait à la projection d’une finale de Coupe du monde, version nettement plus gay-friendly.

Plusieurs écrans ont été installés à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement. L’assistance suit avec attention cette finale, le dernier maxi-défi, le dernier défilé, le dernier lipsync [une épreuve de synchronisation labiale ou « playback » sur une chanson française] . Quand, au bout d’une heure, l’animatrice Nicky Doll annonce que Paloma remporte la première édition de Drag Race France, la foule laisse éclater sa joie. Entourée de ses deux dauphines, la drag-queen originaire de Clermont-Ferrand savoure en direct son sacre et sa nouvelle popularité avant de goûter aux joies du bain de foule.

La Grande Dame se souvient : « On blaguait avec Soa et Paloma que ça allait finir comme la sortie du Loft avec Loana. On l’espérait un peu secrètement et on l’a eu. C’était très beau à voir. »

Une saison 2 en vue

La popularité de cette adaptation d’une émission américaine à succès semble avoir débordé le cadre de la communauté LGBT+. Sur Twitter, Paloma est ainsi félicitée par Isabelle Rome, la ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Egalité des chances, mais aussi par Olivier Bianchi, le maire de Clermont-Ferrand, et Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des programmes de France TV, qui annonce dans la foulée qu’une saison 2 aura lieu.

Ce dernier tweet montre que France Télévisions semble satisfaite d’avoir été le diffuseur de Drag Race. Lancée le jour de la Marche des fiertés LGBT+ parisienne, cette première saison a été diffusée sur la plateforme France TV Slash, avec une mise en ligne tous les jeudis, puis sur France 2 les samedis à minuit.

Initialement, France Télés avait annoncé que seul le premier épisode serait diffusé à l’antenne. Avec 914.000 spectateurs (11,6 % de l’ensemble du public, selon Médiamétrie), la chaîne a changé d’avis et diffusé le reste de la saison en troisième partie de soirée. Les audiences ont considérablement baissé par la suite, mais cela peut sans doute s’expliquer par le fait que les fans n’attendaient pas le samedi soir pour découvrir l’épisode. Les chiffres d’audience de France TV Slash, eux, n’ont pas encore été communiqués.

Promesses tenues

Si le succès a été au rendez-vous, c’est parce que l’émission produite par Endemol et Shake Shake Shake a tenu ses promesses en termes de qualité. Les dix drag-queens retenues par la production ont assuré le show avec des prestations souvent mémorables, des tenues qui ont fait honneur à notre réputation de pays de la mode et beaucoup de moments d’émotion.

On se souvient notamment de ce lipsync incroyable entre Lolita Banana et La Big Bertha sur Corps de Yseult. La première, se sentant rejetée par les autres candidates, s’est carrément rasé les cheveux sur scène, avant que sa concurrente ne vienne la prendre dans ses bras.

Et maintenant ?

En attendant que de nouvelles drag-queens prennent la relève, les dix candidates entendent bien profiter de leur notoriété post-émission. L’ensemble du cast, accompagné de l’animatrice Nicky Doll part à la rentrée pour une tournée en France et en Belgique intitulée Drag Race France live. Elle débutera par trois shows au Casino de Paris.

Chacune va ensuite poursuivre sa carrière individuellement. Paloma va rejoindre la saison 5 de la série Balthazar sur TF1. La Grande Dame, habituée des défilés de mode, aimerait avoir une chronique radio ou faire de la télé. « On a trop hâte de faire Fort Boyard avec Soa et Paloma », blague-t-elle. Soa de Muse, que l’on pourra retrouver à la rentrée dans son cabaret dans le XVIIIème arrondissement de Paris, espère, elle, pouvoir se produire en France et à l’étranger.

Le reste du milieu drag français peut-il profiter de la dynamique Drag Race ? Depuis quelques années des scènes drag se développent un peu partout en France, à Bordeaux, Nice, etc. Pourtant, lors de l’émission, les candidates ont évoqué à plusieurs reprises les difficultés qu’elles avaient à vivre de leur art.

Paloma veut croire que les choses s’amélioreront. « J’espère que les organisateurs de soirées, ceux qui engagent des drag-queens vont nous considérer comme des intermittents, comme des artistes et nous payer correctement. Mais cela ne va pas être si simple que ça. » Elle ajoute : « Il faut qu’on pense aux drags locales. Drag Race, c’est très bien, mais c’est une vision très particulière du drag, c’est un concours et le drag c’est beaucoup d’autres choses, il y a mille autres facettes. »

En interview, plusieurs participantes à Drag Race France ont insisté sur leur désir de ne pas trop tirer la couverture à elles. « Je pense que ça va vraiment changer le quotidien du drag, affirme La Grande Dame. On a été vraiment à l’origine d’une découverte pour plein de gens. Nous, on va être très bien bookées, très bien payées, mais notre grande peur c’est que les autres filles ne soient pas réévaluées à leur juste valeur. J’ai le sentiment qu’on a été assez militants par rapport à tout ça et qu’on a exprimé assez clairement notre volonté de faire changer les choses par rapport à tout le monde et pas seulement par rapport à nous. »

La « révolution » drag

Au-delà du milieu drag, les reines peuvent-elles changer la société ? Lors de l’épisode final, Olivier Rousteing, directeur artistique de Balmain, qui était juge invité, a ainsi lancé à Soa de Muse en particulier et aux autres reines qu’elles étaient une « révolution » pour la France.

L’une des forces de ce casting, c’était notamment sa diversité, autant en termes artistiques qu’en termes d’identité. Un message de visibilité adressé à la population générale, mais aussi au milieu drag. Aux drag-queens non-blanches qui auraient du mal à s’affirmer, Soa lance : « Vous avez votre place et si on vous dit que vous n’avez pas votre place, vous déchirez tout et vous vous imposez. » D’ailleurs, la drag-queen dont les parents sont martiniquais, constate par exemple qu'« en Martinique, ça bouge déjà ! On ne le sait pas parce qu’on n’y est pas mais il y a plein de personnes queers, il y a plein d’artistes. Mon rêve ce sera de partir là-bas, avec d’autres personnes avec qui je bosse déjà. » La révolution drag ne fait que commencer.