Salman Rushdie poignardé : Les ventes des « Versets sataniques » augmentent depuis que l’écrivain a été attaqué

LITTERATURE Après que Salman Rushdie a été poignardé vendredi aux Etats-Unis, les ventes de ses romans ont progressé en ligne et dans les librairies

Fabien Randanne, avec AFP
L'une des premières éditions des « Versets sataniques » en France et son auteur, Salman Rushdie, en février 1996 à Paris.
L'une des premières éditions des « Versets sataniques » en France et son auteur, Salman Rushdie, en février 1996 à Paris. — MARCEL MOCHET, JOEL ROBINE / AFP

Le phénomène se vérifie quasiment à chaque fois : lorsqu’un événement dramatique implique une célébrité, le public se pique d’une soudaine curiosité pour son œuvre. C’est le cas, ces derniers jours, des romans de Salman Rushdie.

L’écrivain américano-britannique, menacé de mort depuis plus de trente ans, a été poignardé vendredi lors d’une conférence aux Etats-Unis. Le lendemain après-midi, trois éditions des Versets sataniques, l’ouvrage qui lui vaut d’être la cible d’une fatwa par l’Iran depuis 1989, trônaient sur le podium du baromètre des ventes de livres sur Amazon. Les Enfants de minuit, son premier opus, émargeait à la quatrième place de ce classement mettant en avant les livres dont les commandes ont le plus progressé lors des 24 heures écoulées. Ce mardi, à 15h, Les Versets sataniques occupait toujours la septième place du palmarès français d’Amazon.

Cet engouement se manifeste aussi du côté des librairies. « Nous avons constaté une hausse significative des ventes sur notre site Internet », nous indique la librairie Mollat à Bordeaux, sans donner de chiffres précis. L’emblématique adresse girondine, qui avait eu l’occasion d’interviewer Salman Rushdie en 2017, nous mentionne la vidéo de l'entretien où « il évoque son livre Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits où il est question de notre monde "plein de monstres qui surgissent pour nous dévorer" et du pouvoir des mots pour "montrer le monde dans sa complexité". »

« Les curieux nous demandent si c’est accessible, bien écrit »

Michael, libraire à Paris, confirme que, dans le magasin où il travaille, il observe « un regain d’intérêt et de curiosité pour les œuvres de Rushdie ». Il distingue deux cas de figure. « Il y a ceux qui ont déjà lu les Versets et qui cherchent "autre chose à lire" et il y a ceux qui n’ont jamais rien lu de lui et qui viennent chercher Les Versets sataniques à cause de l’actu. Les curieux nous demandent si c’est accessible, bien écrit. » « La question qui est souvent revenue c’est "C’est bien pour l’été ?" », ajoute-t-il, amusé.

Le libraire sourit car Les Versets sataniques n’est effectivement pas la meilleure recommandation en termes de roman de plage. Ce livre exigeant relate les aventures de deux Indiens dont l’avion est la cible d’un attentat. Ils se retrouvent sur une plage anglaise où le premier a pris la forme d’un archange et le second celle du diable. Au fil des pages, l’écrivain donne à des prostituées les noms des femmes du prophète Mahomet. Il crée aussi la figure d’un prophète, Mahound, qui, sous l’influence de Lucifer, semble admettre qu’on peut prier d’autres dieux qu’Allah, avant de reconnaître son erreur. C’est cet épisode évoquant des versets soufflés par le diable qui a inspiré le titre du roman.

Hospitalisé pour des blessures graves après l’attaque, Salman Rushdie n’est plus sous assistance respiratoire et « la voie du rétablissement a commencé », s’est félicité lundi son agent Andrew Wylie dans un communiqué.