« Dragon Ball Super » : Une suite du manga créée par des fans peut-elle être meilleure que la version officielle ?

KAME HAME HA En un an d’existence, le fan manga « Dragon Ball Kakumei » est devenu une référence dans la communauté des fans de « Dragon Ball »

Lucas Zaï--Gillot
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Dragon Ball Kakumei est la suite non-officielle de Dragon Ball Super, une suite signée par trois fans français.
Dragon Ball Kakumei est la suite non-officielle de Dragon Ball Super, une suite signée par trois fans français. — Poisson Labo/Darkows/Renko (Dragon Ball Kakumei)
  • Dragon Ball Kakumei est un fan manga français qui poursuit depuis un an la trame principale de l’animé Dragon Ball Super.
  • En un an, ce manga a cumulé 80.4 millions de lectures en français, anglais et portugais.
  • Le succès de l’œuvre est tel que de nombreux fans la considèrent meilleure que la suite officielle.

Un an de publication mensuelle. 506 pages scénarisées, dessinées, publiées et près de 80.4 millions de lectures. Des chiffres qui pourraient très bien être ceux d’un manga professionnel sérialisé, mais il n’en est rien. Dragon Ball Kakumei est le fruit du travail de Poisson Labo, Reenko et Darkows, trois fans français de Dragon Ball, le célèbre manga d’Akira Toriyama. C’est la suite non officielle d’une suite officielle. Un peu perdu ? On récapitule.

Un succès sans précédent pour un fan manga français

Ce projet de dôjinshi (mot japonais désignant les mangas créés par des fans), naît en 2018, après la diffusion du dernier épisode de Dragon Ball Super, la suite officielle du pilier du manga qu’est Dragon Ball. Darkows, alors youtubeur spécialisé Mangas et fan de la série, poste une annonce sur les forums pour continuer l’histoire avec un fan manga. Il recrute une dizaine de personnes dont Reenko et Poisson Labo. Une première version du projet naît, mais après deux chapitres, celle-ci s’arrête.


« Deux ans plus tard, j’ai envoyé un message à Darkows et Reenko pour leur proposer de reprendre le projet à trois », raconte Poisson Labo à 20 Minutes. La machine se met alors progressivement en place. Après plusieurs mois de travail, le 25 août 2021, le premier chapitre de la version définitive de Dragon Ball Kakumei est publié sur Mangadraft. Le succès est tel que le site n’a pas supporté l’arrivée massive du public et a dû, par deux fois, remettre ses serveurs à niveau. Jamais une création de fans n’avait généré autant de lectures dès sa publication.

Un rythme de parution japonais pour ce manga français

« Avant, c’était à la bonne franquette », se remémore Reenko avec humour. Maintenant, chaque membre du trio a un rôle défini et complémentaire. « Darkows et Reenko ont un Google Doc avec le scénario, ils écrivent pages après pages ce qui se passe dans le chapitre, puis moi, j’adapte lors du story-board avant de passer aux planches finales », détaille Poisson Labo, 17 ans. Un partage efficace des tâches qui leur a permis de publier dix chapitres, l’équivalent de deux tomes. Le onzième chapitre est en cours d’écriture et sortira le 25 août prochain. Un an jour pour jour après le début de l’aventure.

Première étape de création du chapitre, l'écriture du synopsis.
Première étape de création du chapitre, l'écriture du synopsis. - Darkows et Renko/ Dragon Ball Kakumei
Deuxième étape de création, storyboarder les planches. (Sens de lecture japonais - de droite à gauche)
Deuxième étape de création, storyboarder les planches. (Sens de lecture japonais - de droite à gauche) - Poisson Labo/Darkows/Renko (Dragon Ball Kakumei)
Dernière étape de la création du chapitre, la finalisation des planches. (Sens de lecture japonais - de droite à gauche)
Dernière étape de la création du chapitre, la finalisation des planches. (Sens de lecture japonais - de droite à gauche) - Poisson Labo/Darkows/Renko (Dragon Ball Kakumei)

« Au début, on avait trois chapitres d’avance, mais aujourd’hui on réalise un chapitre par mois, on est sur un rythme de publication japonais », confie le dessinateur. Un rythme qui nécessite d’adapter son temps de travail et d’études pour avancer sur les planches. « J’ai trouvé des petites stratégies pour me dégager du temps pour dessiner, continue l’illustrateur. Tout ce qui concerne les cours, je le fais en cours, une dissert' de littérature, je peux la faire pendant le cours d’espagnol (rires). Parfois, j’imprime le script et je dessine les story-boards au lycée. »

Les scénaristes ne sont pas en reste, l’écriture se fait au fil de la journée : « L’équipe Kakumei, c’est l’exemple même que tu as toujours le temps pour faire quelque chose, explique Darkows. Reenko bosse 35 heures par semaine et moi, je suis en 40-45 heures au boulot, mais on a toujours le temps. En sortant de la douche, pendant la pause déj… Et ça fonctionne. » Un rythme soutenu, qui nécessite une pause d’un mois tous les cinq chapitres, mais qui est une raison du succès de ce dôjinshi.

Dragon Ball Kakumei réussit là où Dragon Ball Super échoue

« Il y a une vraie démarche artistique. Ce ne sont pas juste des fans qui se font plaisir, ce sont vraiment des fans qui ont envie de raconter quelque chose avec Dragon Ball » analyse Alvin Labecot (alias le Chef Otaku), youtuber, auteur du manga Arena et fan de la première heure de l’œuvre d’Akira Toriyama. Dragon Ball Kakumei explore les éléments scénaristiques laissés de côté par la suite officielle avec une maturité et une réelle sincérité.

À l’inverse, Dragon Ball Super semble, pour le Chef Otaku, être née d’une simple volonté marketing. « Ils cherchent à vendre des figurines, des attaques pour des cartes. Dragon Ball Super, c’est vraiment devenu un produit dérivé d’une licence. » En effet, la série rapporte énormément. C’est la licence la plus lucrative de la Toei Animation (studio de production japonais) et de Bandaï-Namco (empire du jeu vidéo et du jouet). Avec de tels enjeux économiques, l’aspect créatif du manga actuel est forcément restreint. Le scénario devient un outil pour permettre aux personnages de débloquer de nouvelles transformations, qui sont autant de nouveaux designs et donc de nouvelles figurines.



Peut-on comparer un fan manga et un manga professionnel ?

« Je prends plus de plaisir à lire Dragon Ball Kakumei qu’à lire Dragon Ball Super, certes. Mais c’est différent. Je sais que le premier est un manga de fans et qu’il profite de la liberté d’un manga de fans, » souligne le Chef Otaku. Cette liberté artistique, scénaristique et thématique Dragon Ball Super et ses auteurs, Toyotaro et Akira Toriyama, ne l’ont pas.

« Est-ce qu’on peut réellement comparer ? rappelle Darkows. Nous, on est complètement libres. On n’a pas de contraintes de marketing, on n’a pas de censure. On serait au Japon avec des gars derrière notre cul qui vérifient chaque planche, ça serait bien plus compliqué. On serait moins bons, je pense. » Les trois amis ne cherchent pas à renier Dragon Ball Super et pour cause, sans ce dernier, leur projet n’existerait pas. Leur seul objectif est « de faire un manga de fans pour des fans ». Un dôjinshi qui révolutionne le fan manga français, d’où son nom que l’on peut traduire par Dragon Ball Révolution.