« Ça calme l’agressivité », « J’y ai trouvé l’amour »… Vous nous racontez dix ans de « Piano en gare »

BONNE NOTE Installer des pianos en libre-service dans les gares de France : voilà le pari fait par la SNCF il y a dix ans. Musiciens et mélomanes sont ravis, comme nos lecteurs nous l'ont raconté

Pauline Ferrari
Cela fait dix ans que des pianos ont pris place dans des gares françaises. L'initiative n'est pas propre à la France : plusieurs villes à l'étranger (comme sur cette photo prise en 2013 à Bilbao, en Espagne) proposent de s'exercer au clavier en attendant son train.
Cela fait dix ans que des pianos ont pris place dans des gares françaises. L'initiative n'est pas propre à la France : plusieurs villes à l'étranger (comme sur cette photo prise en 2013 à Bilbao, en Espagne) proposent de s'exercer au clavier en attendant son train. — RAFA RIVAS / AFP
  • Il y a dix ans, la SNCF installait des pianos en libre-service dans plusieurs gares françaises. On en dénombre aujourd’hui une soixantaine.
  • « Quand quelqu’un joue, ça enlève les soucis, ça calme l’agressivité », se réjouit Louisa, qui a répondu à l’appel à témoignages de 20 Minutes.
  • L’initiative a aussi permis à des talents de se déployer. « J’ai commencé le piano à 14 ans, j’ai des souvenirs mémorables des moments que je passais dans les gares à jouer ou à écouter lorsque j’avais du temps libre après le lycée », nous raconte Madi.

Le tout premier a été installé en 2012, Gare Montparnasse à Paris. On croyait le piano réservé aux conservatoires et aux salles de spectacle et on n’aurait pas imaginé en trouver à un endroit où se mêlent voyageurs pressés et pigeons désorientés. Et pourtant, cela fait dix ans que «Piano en gare» fait partie de notre paysage. On recense aujourd’hui une soixantaine d'instruments dans toute la France, d’Aix-en-Provence au Havre, en passant par Lyon ou Mulhouse et ce n’est pas près de s’arrêter là : la SNCF compte en mettre en place une quarantaine d’autres dans les prochaines années.

L’opération a révélé des talents (merci les smartphones et les réseaux sociaux !), a pu susciter des vocations  via divers concours et a même inspiré le cinéma - sorti en 2018, Au bout des doigts, avec Lambert Wilson en tête d’affiche, racontait l’histoire vue et revue d’un talent des banlieues coaché pour briller dans les institutions classiques. Pour autant, le dispositif n’a pas fait que des heureux : ces pianos en libre-service ont souvent été victimes d’actes de vandalisme ou de dégradations.

Faites-vous partie des fans ou des détracteurs ? A en croire par la grande majorité des messages que nous avons reçus suite à notre appel à témoignages, vous faites partie de la première catégorie. « C’est une excellente initiative, juge Olivier. J’ai eu le plaisir d’écouter la BO d’Intouchables jouée par un voyageur un jour à Saint-Lazare [à Paris]… Un régal ! ». Pour certains, comme Elodie, c’est l’occasion de familiariser les plus petits à la musique : « Nous passons régulièrement à la gare Lille Flandres le week-end avec mon petit garçon de 2 ans juste pour venir écouter les pianistes… C’est toujours merveilleux de le voir étonné et ravi ! »


Pour d’autres, c’est un moyen de rendre l’attente en gare plus supportable. « Cela permet de s’évader, ce qui est bien quand on attend un train ! », applaudit Elisabeth. « Quand quelqu’un joue, ça enlève les soucis, ça calme l’agressivité, je trouve ça positif que l’on puisse jouer dans un lieu public », se réjouit Louisa, qui se souvient de plusieurs morceaux émouvants : « Un enfant essayait de jouer, et il a été soutenu par une jeune fille un peu plus experte. C’était un très beau moment ». L’initiative crée du lien entre passagers.

Un dispositif qui crée des vocations

Nous avons également reçu des témoignages de ceux et celles qui jouent dans les gares. Mattias se décrit comme « l’un des plus fidèles pianistes des gares », et explique que ces pianos font partie de son histoire. « Je n’avais pas la chance d’avoir un vrai piano chez moi et à force de venir tous les jours à Saint-Lazare, mon niveau a beaucoup évolué ! J’ai gagné en notoriété, je me suis fait des amis au fil des années. J’y ai également rencontré l’amour à une période de ma vie… », confie-t-il. Entre les remerciements des passagers qui ont vécu « un moment lumineux » ou qui en ont loupé leur train, c’est avec émotion qu’il nous confie sa gratitude pour une initiative « qui rassemble et qui donne le sourire ».

Les pianos en gares ont donné le goût de la musique à Madi, 20 ans. « J’ai commencé le piano à 14 ans, j’ai des souvenirs mémorables des moments que je passais dans les gares à jouer ou à écouter lorsque j’avais du temps libre après le lycée », nous raconte-t-il. Ses camarades et lui s'étaient lancé le défi de dénicher le meilleur piano des gares parisiennes, de Saint-Lazare à Austerlitz. Verdict : il se trouvait selon eux gare du Nord. « Le piano à queue dans le hall d’accès aux lignes Eurostar ! Les agents de sécurité qui nous contrôlaient devant l’escalator s’étaient habitués à venir nous voir jouer », glisse-t-il. Dans cette station, quatre instruments étaient mis à disposition fut un temps. Certains ont depuis disparu, vétustes ou endommagés. « Je ne suis pas retourné jouer dans une gare depuis le Covid, absorbé par les études, le manque de temps, la distance… », se désole Madi. Peut-être qu’un jour, il croisera un piano sur le chemin d’un train à prendre et en profitera pour célébrer ces retrouvailles.