« Lipsync », « House », « Slay »… Petit lexique pour comprendre l’art du drag

PLAN DRAGS (1/5) « Drag Race France » a débarqué sur nos écrans ce week-end, propulsant l’art du drag sur le service public. Petit tour de vocabulaire pour en comprendre l’univers

Pauline Ferrari
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La drag-queen Nicky Doll présente Drag Race France.
La drag-queen Nicky Doll présente Drag Race France. — Nathalie Guyon/FTV
  • Alors que Drag Race France, émission culture de compétition de drag-queens, a été lancé sur France Télévisions, 20 Minutes en profite pour faire un tour d’horizon de cette pratique artistique ancienne et méconnue.
  • Histoire, retentissement politique, grandes figures et petites histoires, cette série d’articles est l’occasion de mieux connaître cet univers.
  • Aujourd’hui, nous vous proposons un lexique pour mieux s’y retrouver.

Dix candidates, des mini-défis et des performances mêlant comédie, chant et danse : Drag Race France, la franchise hexagonale de la célèbre émission de RuPaul a débarqué sur les télévisions ce week-end pour un premier épisode. Une émission culte adaptée pour le public français, mais qui conserve ses codes et surtout… son vocabulaire. Si vous vous êtes retrouvés un peu perdus après ce premier épisode, voici un petit lexique des mots à connaître quand on parle de drag.

Drag

C’est le terme qui revient le plus, et pourtant qui est le plus difficile à définir. Certaines sources indiquent qu’il serait les initiales de « DRess like A Girl » (habillé comme une fille, en français), en référence aux acteurs du XIXe siècle portant des habits féminins dans les pièces shakespeariennes, les femmes n’ayant pas le droit de jouer au théâtre à cette époque. Cependant, l’origine du mot reste incertaine.

Le drag caractérise une pratique artistique consistant à incarner un personnage en utilisant des costumes, du maquillage… Avec ce personnage, les drags performent, à travers du chant, de la danse, du stand-up.

On parle de drag-queens quand le personnage incarné revêt des caractéristiques féminines : c’est le type d’art le plus connu, et très représenté dans Drag Race France. Les drag-queens jouent ainsi sur les codes de la féminité, en utilisant des corsets, talons hauts ou du maquillage flamboyant.

Les drags kings, eux, jouent sur les codes masculins, avec par exemple des moustaches, barbes et vêtements masculins. Le type de drag ne dit rien de l’identité de genre de la personne qui performe, ni de son orientation sexuelle.

Ces définitions ne sont pas exhaustives : ces dernières années, on retrouve aussi des performeurs et performeuses qui se revendiquent du « Drag Fuck » ou du « Drag Genderfluid ». Ainsi, leur art ne sert plus à présenter des caractéristiques masculines ou féminines, mais à créer leur propre personnage, sous forme de créature.

Transformisme

Le Cabaret Michou lors de la première soirée
Le Cabaret Michou lors de la première soirée - Cabaret Michou

C’est un peu le cousin éloigné du Drag. Les transformistes sont des artistes qui eux aussi, utilisent maquillage, costumes et perruques pour se transformer… Mais le transformisme se base sur l’imitation : les artistes cherchent à ressembler le plus possible à une personne souvent connue, comme Cher ou Céline Dion par exemple.

À Paris, on retrouve du cabaret transformiste chez Michou, haut lieu de spectacle à Montmartre. Mais contrairement aux transformistes, les Drag ne cherchent pas à ressembler à une célébrité connue… Mais créent leur propre personnage.

RuPaul


C’est sans doute la Drag-queen la plus connue au monde : RuPaul Andre Charles multiplie les casquettes, de la chanson au cinéma. RuPaul se fait connaître au début des années 1990 au sein de la scène club new-yorkaise, avant de produire ses propres disques et d’avoir sa propre émission de téléréalité dès 2009, désormais mondialement connue, RuPaul’s Drag Race. De par sa présence médiatique, beaucoup considèrent que RuPaul a révolutionné la représentation de la communauté LGBTQ + à l’écran.

L’émission RuPaul’s Drag Race, qui en est aujourd’hui à sa 14e saison, avec plusieurs déclinaisons par pays et une diffusion sur Netflix, a donné une visibilité internationale à l’art du drag, non sans créer quelques conflits : de nombreuses critiques ont émané de la communauté LGBTQ + accusant l’émission de rendre le drag « mainstream » et de le dépolitiser.

Ball Culture


La « culture ball » est une sous-culture LGBTQ + née aux Etats-Unis dès la fin du XIXe siècle, avec une popularité croissante au cours du XXe siècle, notamment les années 1990. Ces événements, créés par des drags noires et latinos, visaient à combattre le racisme vécu dans les scènes de drag traditionnelles. Au fur et à mesure, ces événements ont été un lieu de fête et de lutte pour les femmes trans non-blanches, victimes de discriminations. Les balls sont des lieux où les participants et participantes peuvent danser (notamment en faisant du  voguing), montrer leur drag, et participent à des compétitions selon des thèmes donnés. Le drag et la culture ball sont intimement liés.


House

Terme issu de la « culture ball », les houses représentent des « maisons », à savoir des communautés de performeurs et performeuses. Ces familles choisies servent de refuges à des jeunes LGBTQ + qui entrent sur la scène ball et/ou drag. En rentrant dans une maison, chaque artiste se voit attribuer une « Mother » (mère) qui lui servira de guide et de mentor. Dans les différentes éditions de RuPaul’s Drag Race, on a pu voir de nombreuses drag-queens appartenir à différentes houses de grandes villes américaines.

Lipsync

De l’anglais lip (les lèvres) et sync (synchronisation), le lipsync désigne le fait d’interpréter une chanson sans la chanter, en playback. Les lipsync sont des performances assez caractéristiques dans les shows drag, où les drags jouent à interpréter la chanson en la mimant et bougeant les lèvres, et souvent en exagérant, comme au théâtre. Ces performances peuvent inclure de la danse, voire des acrobaties. Dans l’émission de RuPaul, l’animatrice demande aux candidates de « Lipsync for your life », à savoir de performer un lipsync pour éviter d’être éliminée de la compétition.

Padding/Tucking/Contouring


Pour certaines drag-queens, quand elles se fondent dans le personnage, il s’agit de correspondre au maximum aux stéréotypes de la féminité : hanches larges, poitrine imposante, visage fin… De fait, les drags peuvent utiliser des subterfuges pour gonfler leurs hanches et leurs fesses, avec ce qu’on appelle du padding, sorte de remplissage qu’on cale sous les vêtements. De même, les drags peuvent utiliser du maquillage pour faire du contouring, et ainsi sculpter leur visage avec des traits plus fins ou plus marqués. Enfin, pour les drags ayant un pénis et qui n’ont pas envie que celui-ci se voie sous leurs vêtements, le tucking est une technique pour le cacher.

Slay

C’est une onomatopée qui ne se limite pas au cercle drag, mais beaucoup utilisé dans certaines émissions comme RuPaul’s Drag Race (et dans la discographie de Beyoncé). Le terme « slay » signifie tout simplement que quelque chose déchire ou défonce. Pendant la compétition, les drag-queens peuvent se dire entre elles qu’une compétitrice a « slay », ou l’encourager avec ce terme, et ainsi remonter sa confiance en elle.