Artistes, tarifs... Comment les festivals de jazz de la Côte d'Azur ont-ils évolué avec leur public ?

MUSIQUE La Côte d’Azur est le berceau des festivals de jazz depuis le premier à Nice en 1948 et celui de Juan-les-Pins en 1960. Pour vivre en accord avec l’évolution de la société, les programmations se sont alors adaptées au fil des éditions pour et avec les publics

Elise Martin
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Buddy Guy à la Pinède Gould, lors du Jazz à Juan à Antibes-Juan les-Pins (Illustration)
Buddy Guy à la Pinède Gould, lors du Jazz à Juan à Antibes-Juan les-Pins (Illustration) — Syspeo / Sipa
  • Les festivals de jazz de la Côte d’Azur attirent chaque été des milliers de personnes.
  • Les programmations comprennent désormais des artistes qui ne sont pas forcément considérés comme faisant de jazz.
  • Une stratégie qui permet de faire découvrir ce style musical tout en soulignant les liens connexes entre les nouveaux artistes et les racines du jazz.

C’est sur la Côte d’Azur que deux emblématiques festivals de jazz sont nés au milieu du XXe siècle. D’abord à Nice, où le premier festival de jazz du monde s’est déroulé en 1948, puis à quelques kilomètres de là, à Antibes-Juan-les-Pins qui est devenu le doyen en Europe en termes d’éditions et qui célèbre son 61e événement cette année. Et depuis les premières notes de musique jouées sur le littoral azuréen, des centaines d’icônes sont passées sur ces scènes, telles que Ray Charles, Miles Davis, Ella Fitzgerald, ou encore Dizzy Gillespie et Chuck Berry.

Plusieurs générations après, ces illustres rendez-vous de l’été ont évolué et ont fait de la place à d’autres artistes, parfois qui semblent éloignés des racines. Et pourtant !

Préserver les « fondations » avec de la « modernité »

« Quand on compose la programmation, on veut parler à tout le monde, indique Philippe Baute, directeur général du festival Jazz à Juan depuis vingt-deux ans. Cette année, on a des artistes internationaux, du funk, du groove. On a aussi John Legend. C’est un jeune héritier de tous les crooners. On propose alors toujours un lien avec le jazz même si on fait des soirées "paris". Pour imager, c’est comme si on devait refaire un monument historique : on préserve surtout les fondations mais on s’autorise de la modernité. Il faut rester dans la continuité sans faire d’effet de mode. Notre rôle et devoir, c’est de contribuer au devenir du jazz avec nos festivals. Pour que ce qui a été créé en 1960, soit le début d’une histoire sans fin ».

Il ajoute en souriant : « On veut apporter notre touche à la pérennité de ce patrimoine culturel vivant qu’est le jazz. Et comme toutes les musiques, ce style a évolué. » Selon lui, les « grandes stars » d’aujourd’hui ont, « par leur parcours et leur CV musical », été bercées et été éduquées par « le jazz originel », quel que soit le registre joué.

Et pour les jeunes ?

Pour attirer un public « plus large » mais aussi « plus jeune », la direction générale du festival de Juan-les-Pins mise sur une politique tarifaire adaptée. « C’est comme parler de musée ou d’Opéra, ce sont des grands mots pour certains. On a décidé de proposer 1/3 des sièges à demi-tarif pour que ce soit accessible pour les étudiants. C’est-à-dire que certaines personnes ont pu voir Sting pour 25 euros. »

En parallèle, depuis deux ans maintenant, l’Office de tourisme d’Antibes-Juan-les-Pins participe à l’émergence du jazz en ville en proposant un festival off, le Jammin’Summer Session. Près de 70 musiciens se produisent lors de 20 concerts gratuits sur les deux scènes de la petite pinède de Juan et de la place Nationale à Antibes. « Pour poursuivre sur mon exemple, il n’y a jamais autant de monde dans un musée que lors des journées du patrimoine. La meilleure promotion de cette musique de partage et populaire, c’est de l’offrir dans la rue. »

Et selon Philippe Baute, les « artistes les plus reconnus » sont ceux « qui marquent l’Histoire du jazz » sur scène quand ils s’emparent du lieu.

Ce n’est pas Sébastien Vidal, directeur artistique du Nice Jazz festival depuis dix ans qui dira le contraire. Ce festival historique, en plein cœur du centre-ville, qui peut accueillir 12.000 personnes par jour, a vu passer les plus grands noms du jazz et surtout, les artistes qui ont « un super jouage sur scène ». « Aujourd’hui, on accueille plusieurs publics complémentaires, qui ne sont pas forcément fans mais qui sont ouverts à l’être, explique le directeur artistique. On imagine alors des groupes qui ont forcément des liens connexes avec le jazz. Je sais que celui qui va voir Parcels, un groupe très pointu de musiques actuelles, peut être intéressé par H.E.R. Le but est d’avoir des artistes qui vont s’additionner et qui sont compatibles avec le jazz. D’où cette programmation généreuse ! »

Le public n’est plus celui qu’on imagine

Pour Sébastien Vidal, il faut aussi « arrêter » de penser que « le public de jazz est celui des années 1970 ». « Actuellement, ceux qui écoutent ce style musical sont jeunes, inclusifs, ouverts et diversifiés. Mais ils n’ont pas forcément les moyens de le consommer. C’est pour cette raison qu’on peut se vanter d’être l’un des moins cher de France », selon l’un des responsables de la programmation.

Il résume : « Le public du Nice Jazz Festival, c’est alors un peu le reflet de la société et de comment les gens consomment la musique aujourd’hui : éclectique. On s’insère alors dans notre époque. Je veux alors offrir des portes d’entrée à des personnes complètement différentes ».

Alban Leloup, directeur artistique du Peillon Jazz qui débute sa deuxième édition ce week-end et lance la saison des festivals sur la Côte d’Azur, analyse cette évolution des publics par « l’accès à cette musique ». « Auparavant, il était plus difficile de découvrir le jazz si on ne pouvait pas se procurer un disque. Maintenant, on a des plateformes musicales qui permettent de suggérer des pépites à des auditeurs qui n’étaient pas forcément des amateurs de jazz. Et de nombreux nouveaux artistes offrent aussi des reprises de classiques qui donnent à ce jeune public le goût du jazz. »