Bordeaux : Un public qui vote, qui chante… Comment l’Opéra veut casser les codes

CULTURE La nouvelle municipalité de Bordeaux a missionné le directeur général de l’Opéra, Emmanuel Hondré, pour attirer un nouveau public et casser l’image élitiste de cette institution culturelle…

Mickaël Bosredon
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Répétitions de l'opéra participatif La Légende du Roi Dragon, sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux.
Répétitions de l'opéra participatif La Légende du Roi Dragon, sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • De grandes œuvres classiques et de grands noms du chant lyrique ont été annoncés ce mardi à l’occasion de la présentation de la saison 2022/2023 de l’opéra de Bordeaux.
  • Mais le nouveau directeur, Emmanuel Hondré, a surtout insisté sur sa volonté de transformer l’institution en un opéra citoyen.
  • Le public sera de plus en plus invité à participer, un tarif jeunes à 10 euros la place sera créé, et la programmation va s’ouvrir aux musiques du monde.

Bien sûr, il y aura de grands moments incontournables pour les férus d’opéra, de Madame Butterfly à La Favorite en passant par Porgy and Bess. Les grandes voix du chant lyrique seront au rendez-vous, comme Benjamin Bernheim, Marie-Nicole Lemieux ou Ekaterina Semenchuk. Côté ballet, Cendrillon fera son retour sur les planches du Grand Théâtre en décembre. 

Conférence de presse de présentation de la saison 2022:2023 de l'Opéra de Bordeaux
Conférence de presse de présentation de la saison 2022:2023 de l'Opéra de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20Minutes

Mais ce que l’on a retenu de la présentation de la saison 2022/2023 de l’Opéra de Bordeaux, ce mardi, est ailleurs. Souhaitant dorénavant un « opéra citoyen » la nouvelle municipalité de Bordeaux a demandé à son nouveau directeur, Emmanuel Hondré, de casser les codes. D’inventer de nouveaux modes d’expression pour attirer un autre public.

Vote du public pour le concert de Noël

L'Opéra de Bordeaux avait déjà entamé une démarche pour s'ouvrir davantage, depuis plusieurs années. Mais dorénavant il veut aller plus loin, à tous les niveaux. C’est ainsi qu'il se dirige notamment vers un opéra plus participatif. Par exemple, en décembre, « nous allons tenter, pour la première fois à Bordeaux, de faire voter le public à l’occasion de la série de concerts de Noël », annonce Emmanuel Hondré. L’orchestre proposera donc plusieurs morceaux, « et c’est à main levée que le public choisira les œuvres qu’il veut entendre ». Cela promet « une ambiance assez chaude » anticipe le directeur de l’opéra. « Et comme le concert est donné plusieurs fois, chaque soir il sera donc différent », poursuit-il, précisant que « cela oblige évidemment l’orchestre à préparer un plus grand nombre d’œuvres ».

L'opéra de Bordeaux
L'opéra de Bordeaux - Antoine_Guilhem_Ducleon

Autre nouveauté, un opéra avec une salle qui chante. « Nous allons proposer à une salle de familles et une salle de scolaires de chanter sur Une Cenerentola (Cendrillon) de Rossini, détaille Emmanuel Hondré. Le public apprendra grâce à des guides d’écoute, et à un travail mené avant le spectacle avec des professeurs [toutes les infos pratiques sur opera-bordeaux.com], et une fois qu’il sera en salle, il pourra écouter bien sûr, mais il y a des moments où il lui sera demandé de chanter. Il y a déjà eu des expériences menées sur une partie du spectacle, mais c’est très rare d’aller ainsi jusqu’au bout et ce sera une première à Bordeaux. »

Concerts pour les bébés

L'Opéra va aussi proposer des concerts pour les bébés, « car il nous semble important d'offrir des musiques pour chaque âge de la vie », et des ateliers d'éveil musical pour tous les publics, « avec 80 séances qui permettront de venir pratiquer de la musique, pour les enfants, les familles, dans des genres très différents puisqu'il y aura même du beat box... »

Enfin il sera question de tolérance et d'inclusion avec les « concerts détente », afin de permettre « à ceux qui se sentent exclus » des concerts - les familles avec enfants, les personnes autistes ou polyandicapées - de venir en toute tranquillité. « C'est un contrat de confiance où tout le monde, spectateurs, artistes, accepte de partager un concert ensemble » annonce Emmanuel Hondré.

Attirer « un public empêché »

Toujours dans ce désir de faire participer le public, un « concert-rencontre » sera organisé dans la salle des fêtes du quartier du Grand Parc à Bordeaux. « Pendant une demi-heure nous jouerons une grande œuvre, et durant l’autre demi-heure ou plus, l’orchestre rencontrera et parlera avec le public. »

Il ne s’agit pas « d’opposer l’ouverture à la société à l’excellence artistique » insiste Emmanuel Hondré. « Il s’agit d’attirer un nouveau public que nous devons aller chercher, un public empêché qui ne peut pas venir dans nos lieux, parce que trop éloigné des enjeux de la musique, et de la danse en particulier. C’est pourquoi nous allons travailler avec des relais associatifs pour construire des actions avec les citoyens qui nous entourent. »

C’est pourquoi aussi l’opéra va développer sa programmation hors les murs en passant d’une cinquantaine de représentations à l’extérieur les années précédentes, à 75. Et qu’il fait évoluer sa grille tarifaire. « Un de nos mots d’ordre est place aux jeunes, annonce Emmanuel Hondré, et une tarification leur sera réservée, au prix de 10 euros la place quel que soit le spectacle, à condition de prendre un abonnement à au moins cinq spectacles. »

Ouverture aux musiques du monde

Sur les formes musicales, le public découvrira du neuf également, puisque l’opéra va s’ouvrir aux musiques du monde. « Il y aura deux programmes en particulier, relève Emmanuel Hondré : le 21 mars nous proposerons Danse et ballet masqué de Bali, qui viendra dans son intégralité avec un orchestre balinais et des danseuses, puis un peu plus tard des derviches tourneurs. »

Pour le directeur de l’opéra, « il n’y a pas de haute culture qui serait la musique classique, et de sous cultures qui seraient les musiques populaires qui viennent de différents coins du monde : il y a plusieurs formes de haute culture ». Outre casser les codes, la feuille de route d’Emmanuel Hondré sera aussi de casser l’image élitiste de l’opéra.

Ouverture des réservations pour les abonnements le mercredi 15 juin, et pour les billets individuels le 28 juin. opera-bordeaux.com