Lyon : Grand Corps Malade bluffé par les petits slameurs du collège Jean Perrin

SLAM AU COLLEGE L’artiste était invité ce mardi au collège Jean-Perrin (Lyon 9e), pour assister à des performances mêlant slam et danse, inspirées de ses propres textes. Un projet pédagogique qui a touché les deux côtés de la scène

Jennifer Lesieur
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Grand Corps Malade et des élèves du collège Jean-Perrin, à Lyon.
Grand Corps Malade et des élèves du collège Jean-Perrin, à Lyon. — J.L. / 20 MINUTES
  • Ce mardi, Grand Corps Malade a été le spectateur d'une série de performances par les collégiens de Jean-Perrin, à Lyon.
  • Virginie de Neuville, leur professeure de français, a initié ce projet au long cours mêlant slam, danse et création personnelle, aidée par d'autres enseignants.
  • Les adolescents ont surmonté leur trac pour se produire devant l'artiste conquis,, à partir de ses textes qu'ils ont adaptés pour exprimer leur personnalité.

« La dernière danse, c’était grave bien ! » Chaïma, Inès et Melila éclatent de rire, gigotent, entrechoquent leurs mots. Elles peuvent se défouler, la pression est retombée. Ces trois élèves de 3e au collège Jean Perrin ( Lyon 9e) viennent de danser et de déclamer leurs propres textes devant une star : Grand Corps Malade. « Pendant les heures de cours ! »

Ce mercredi, la salle polyvalente du collège est devenue une scène un peu particulière, où plusieurs classes se sont produites devant le slameur français, venu leur consacrer sa journée alors qu’il est en pleine tournée.

Des textes de GCM personnalisés par les élèves

Le matin même, des classes de 5e et 4e se sont produites devant lui, dont la section Ulis, qui réunit des élèves souffrant du spectre autistique. Sur le thème « changer le regard sur le handicap », ils ont raconté leur histoire en slam, avec un refrain qui a bouleversé le public, l’invité en tête.

L’après-midi, des 6e en section basket ont composé un texte sur l’esprit d’équipe à partir de vers de Grand Corps Malade. Puis, plusieurs élèves de 3e ont présenté des chorégraphies et des textes reprenant les tubes de l’artiste, mais adaptés à leur vie, à leurs origines et à leur personnalité. Si le trac était palpable, la fierté l’était encore plus lorsque le slameur les a félicités, applaudis, encouragés.

Un projet transversal pour mieux s’exprimer

Les yeux des élèves brillent encore lorsqu’ils évoquent l’initiatrice de ce projet, Virginie de Neuville, leur professeur de français. Il y a quelques années, elle avait invité MC Solaar dans son ancien collège, pour donner un cours d’écriture. Le rappeur, enchanté par l’expérience, en avait parlé à Grand Corps Malade, qui s’était déplacé à son tour. Alors, quand Virginie de Neuville l’a recontacté pour lui faire part d’un nouveau projet « de grande envergure », il a tenu à revenir à Lyon.

« Je trouvais intéressant d’initier les élèves à une forme d’expression contemporaine », précise ce professeur féru d’art vivant. « Les textes de Grand Corps Malade sont excellents, et on peut les raccrocher à plusieurs thèmes, selon les niveaux. L’autobiographie, qu’on étudie en 3e, ou les textes qui dénoncent les violences… Et puis, ça permet de faire travailler plusieurs disciplines », remarque-t-elle.

C’est pourquoi elle s’est entourée d’un autre professeur de français pour travailler la déclamation (« c’était la partie la plus difficile ! »), et de deux professeurs d’EPS pour les chorégraphies. « On a essayé de traduire en mouvements les intentions, les émotions, les ambiances des morceaux », explique Niels Buet, professeur d’EPS. « L’idée, c’était de savoir s’exprimer, de transmettre des émotions au spectateur, et là, c’était exacerbé avec ces textes magnifiques », dit-il.

« Le slam est une belle ressource pédagogique »

Emu, Grand Corps Malade a regardé ces adolescents passer de l’agitation à la concentration, de la réserve à l’assurance. « Le slam est une belle ressource pédagogique pour les profs », confirme-t-il. « On demande aux élèves d’écrire, de se livrer, et on a souvent de belles surprises avec des enfants qu’on n’entend pas beaucoup d’habitude, et qui, d’un coup, prennent la parole… »

Le slam convoque la poésie, mais aussi « la confiance en soi, la prise de parole devant les autres, et ce n’est jamais facile pour des ados », ajoute-t-il. « Alors, quand on relie en plus le slam à d’autres matières, comme le sport ou la danse, c’est super. Ça fait du bien à tout le monde : à eux, comme aux profs qui ont fait un travail formidable. »

Et ce ne sont pas Chaïma, Inès et Melila qui diront le contraire. « Avec le slam, les gens sont plus attentifs à ce qu’on dit, alors le message passe mieux », lance Melila : « On aurait pu monter un one-woman-show de slam l’an prochain, mais on ne sera plus au collège ! » Ses copines la chambrent : l’an prochain, elles seront toutes les trois juste à côté, au lycée Jean-Perrin. Le slam, on l’a vu, peut faire sauter toutes les classes.