Eurovision 2022 : La victoire de l’Ukraine, cri du cœur du peuple européen

GEOPOLITIQUE Dans la nuit de samedi à dimanche, le groupe Kalush Orchestra, représentant l’Ukraine, a remporté l’Eurovision en glanant des points, de manière massive, dans les trente-neuf autres pays en lice

Fabien Randanne
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Le groupe Kalush Orchestra, drapeaux ukrainiens en main, après leur victoire à l'Eurovision 2022, le 15 mai.
Le groupe Kalush Orchestra, drapeaux ukrainiens en main, après leur victoire à l'Eurovision 2022, le 15 mai. — Corinne Cumming/UER
  • Le groupe Kalush Orchestra a remporté, pour l’Ukraine, avec sa chanson Stefania, l’Eurovision 2022 qui se déroulait samedi 14 mai à Turin (Italie).
  • L’Ukraine a reçu un nombre de points record de la part du public.
  • « Notre courage impressionne le monde, notre musique conquiert l’Europe », a déclaré Vlodymyr Zelensky.

De notre envoyé spécial à Turin (Italie)

« L’Ukraine va gagner et, comme ça, personne n’aura perdu. Ce sera un moment historique », pronostiquait la journaliste italienne Marta Cagnola à 20 Minutes, avant la finale de l’ Eurovision 2022, samedi. Sa prédiction s’est avérée. En glanant 631 points, dont 439 du côté du public – un record ! –, le groupe ukrainien Kalush Orchestra s’est imposé largement. Son dauphin, le Britannique Sam Ryder a été relégué loin derrière, le compteur stoppé à 466 points, mais ce qui restera de ce palmarès dans les mémoires, c’est surtout son gagnant.

« Cette victoire est très importante pour l’Ukraine, surtout cette année. Nous vous remercions du fond du cœur. Gloire à l’Ukraine ! », a lancé Oleh Psiuk, le leadeur de Kalush Orchestra, une fois sacré. Il est évident que ce triomphe ukrainien déborde (très) largement du cadre musical. Au départ, le chanteur a écrit la chanson, Stefania, en hommage à sa maman. Depuis le début de l’invasion russe, le texte s’est paré d’un nouveau sens, celui de l’ode à la mère patrie. Et ce samedi, de Londres à Nicosie, elle représentait, dans tous les sens du terme, l’Ukraine en guerre.

N°1 dans vingt-huit pays

Le conflit ne pouvait pas être dans tous les esprits. Il n’était même pas besoin qu’Oleh Psiuk, à la fin de sa prestation, exhorte au micro : « Aidez l’Ukraine et Marioupol ! Aidez Azоvstal ! », car la production avait choisi d’ouvrir le spectacle sur les notes de Give Peace a Chance («Donnez une chance à la paix »).

Dans un geste aussi dérisoire que l’envoi d’un SMS, chaque votant pour l’Ukraine a exprimé un soutien purement symbolique. C’est l’ampleur de cette mobilisation qui accentue la résonance et qui en fait un événement. Si l’on regarde dans le détail, les téléspectateurs des 39 autres pays participants ont donné des points à l’Ukraine. Vingt-huit d’entre eux, dont la France, lui ont attribué les 12 points maximum. On notera que la Serbie – perçue comme une nation russophile – ne lui en a décerné « que » sept. L’Eurovision prouve une nouvelle fois qu’elle tend un miroir à un continent, qu’elle reflète son état d’esprit et les élans qui le parcourent. « La victoire de l’Ukraine, ne serait-ce pas celle d’une Europe qui veut la paix, se réunir ? », s’interrogeait de manière purement rhétorique, Alexandra Redde-Amiel, la cheffe de délégation française.

« Nous fêtons votre victoire dans le monde entier »

Ce sont surtout les réactions politiques qui soulignent la force du symbole. Pour Boris Johnson, le Premier ministre britannique, une telle unanimité est l’expression du « soutien indéfectible » de l’Europe envers l’Ukraine. Charles Michel, président du Conseil européen s’est aussi fendu d’un tweet de félicitations, disant espérer que le concours 2023 ait lieu « dans une Ukraine libre et unie ».

« Ce soir, votre chanson a gagné nos cœurs. Nous fêtons votre victoire dans le monde entier », a réagi de son côté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le fait de gloire est avéré : « Notre courage impressionne le monde, notre musique conquiert l’Europe », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux, confiant son intention d’organiser la prochaine édition à Marioupol.

Pour l’Ukraine, l’Eurovision est un important outil de soft power. Depuis sa première participation en 2003, le pays a remporté deux fois le concours, en 2004 et 2016. Il a régulièrement été le théâtre d’affrontements symboliques avec la Russie. Le dernier en date : lorsque cette dernière a été exclue de la compétition, en février, en raison de l’invasion de l’Ukraine. Comme nous le rappelait Dean Vuletic, professeur d’histoire à l’université de Vienne (Autriche), c’était en soi pour les Ukrainiens une « victoire diplomatique ».