Eurovision 2022 : Avec son drapeau, la chanteuse de Macédoine du Nord provoque l’indignation dans son pays

POLEMIQUE Dimanche, la chaîne macédonienne MPT a exigé des excuses à Andrea Koevska pour son « attitude scandaleuse » lors de la cérémonie d’ouverture de l’Eurovision 2022

Fabien Randanne
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La chanteuse Andrea Koevska, représentante de la Macédoine du Nord à l'Eurovision 2022, lors de la cérémonie d'ouverture, le 8 mai, au Palais Royal de Venaria, près de Turin (Italie).
La chanteuse Andrea Koevska, représentante de la Macédoine du Nord à l'Eurovision 2022, lors de la cérémonie d'ouverture, le 8 mai, au Palais Royal de Venaria, près de Turin (Italie). — Marco BERTORELLO / AFP
  • Andrea Koevska, 22 ans, représente la Macédoine du Nord à l’Eurovision 2022 avec la chanson Circle.
  • Dimanche, lors de la cérémonie d’ouverture, elle a jeté nonchalamment un drapeau macédonien par terre le temps d’une séance photo. « Avec ce geste, elle a manqué de respect à un symbole national, ce qui est punissable par la loi », s’est indigné la chaîne macédonienne MPT.
  • Avant Andrea Koevska, d’autres artistes ayant représenté la Macédoine du Nord à l’Eurovision avaient fait face à des controverses.

De notre envoyé spécial à Turin (Italie)

Un geste a priori anodin qui a pris une dimension énorme. Ce dimanche soir, la cérémonie d’ouverture de l’Eurovision 2022 se tenait au Palais royal de Venaria, à vingt minutes au nord de Turin. Les quarante délégations participantes ont défilé sur le tapis turquoise (couleur emblématique d’un des principaux sponsors du concours), répondu aux questions des médias qui les attendaient sur place, et pris la pose devant les photographes.

Andrea Koevska, la représentante de la Macédoine du Nord, n’a pas dérogé à cette traditionnelle séance photo. Au bout de quelques instants, la chanteuse de 22 ans, s’est débarrassée de son drapeau pour être plus libre de ses mouvements. Elle l’a jeté, en souriant, le faisant glisser au sol, avant de reprendre position devant les objectifs.



« Elle a manqué de respect à un symbole national »

Et c’est ceci qui a fait polémique. La chaîne macédonienne MPT, qui diffuse le concours et chapeaute la délégation, s'est fendue d'un communiqué dans la foulée pour « condamner l’attitude scandaleuse » de son artiste qui, écrit-elle, « avec ce geste, a manqué de respect à un symbole national, ce qui est punissable par la loi. »

Le média public a exigé qu’Andrea Koevska « présente ses excuses à la population » et a même évoqué la possibilité d’un retrait pur et simple de la compétition. « Toutes les voies légales seront saisies contre les responsables de ce scandale au sein de la délégation », conclut le communiqué.

Moins de deux heures plus tard, la MPT a mis en ligne une vidéo dans laquelle Andrea Koevska apparaît, drapeau en main, expliquant qu’elle « n’avait aucunement l’intention d’offenser [sa] nation » et qu’elle avait simplement obéi à la demande des photographes de prendre des photos sans le drapeau. Cela a semble-t-il fermé le ban de ce sursaut d’orgueil national.

Des précédents

Ce n’est pas la première fois qu’un artiste représentant la Macédoine du Nord à l’Eurovision se retrouve accusé de porter atteinte à la nation. L’an passé, Vasil Garvanliev, avait dû s’expliquer car, dans le clip de sa chanson Here I Stand, il apparaissait devant une œuvre de Janeta Vangeli composée d’un monochrome blanc, d’un autre vert et d’un troisième rouge. Certains de ses compatriotes y avaient vu une référence au drapeau bulgare. Or, les relations entre Bulgarie et Macédoine du Nord sont placées sous le signe de tensions plus ou moins latentes, la première mettant son veto à l'intégration de la seconde dans l'Union européenne. Le chanteur qui a la double nationalité macédonienne et bulgare, avait livré une deuxième version de son clip, sans le plan controversé. Dans une vidéo postée sur Facebook, il précisait : « Je ne m’excuse pas d’être qui je suis. Je ne le ferai jamais. Cependant, si j’ai blessé quelqu’un de quelque manière que ce soit, du fond du cœur : je suis désolé. Pardonnez-moi. »

En 2019, à l’Eurovision, Tamara Todevska faisait la fierté de la Macédoine du Nord en arrivant en tête des votes des jurys nationaux avant de se classer à une honorable septième place. Quelques semaines plus tard, elle fut invitée à chanter l’hymne national à l’ambassade américaine de Skopje mais a omis un couplet faisant référence à des figures révolutionnaires. Une vive controverse avait alors enflé, la contraignant à se justifier. « Ils pensaient qu’on m’avait payé pour [ne pas chanter cette partie], avait-elle expliqué fin 2019 au site Wiwibloggs. J’ai fait une erreur dans les paroles et la haine a commencé. Ils m’ont tellement haïe. Alors que c’était la période où j’aurais dû être heureuse de ce qu’il s’était passé [à l’Eurovision] et fière de moi, je me suis retrouvée entre quatre murs en me demandant ce qui était en train de m’arriver. »

L’histoire d’un nom…

La Macédoine du Nord, indépendante depuis l’implosion de la Yougoslavie en 1991, a d’abord proclamé son indépendance en tant que « République de Macédoine ». Or, la Grèce s’y opposait car la Macédoine est le nom de sa plus grande région. C’est donc sous la dénomination d’Ex-république yougoslave de Macédoine que le jeune Etat a intégré l’ONU en 1993... puis l’Eurovision cinq ans plus tard.

Son palmarès au concours de chansons n’est guère brillant, composé uniquement de places dans le bas de la deuxième moitié du classement. Et encore, quand ses artistes ont pu atteindre la finale – ce qui ne fut pas le cas entre 2013 et 2018. En 2019, après avoir trouvé un terrain d’entente avec la Grèce, le pays a pris son nom actuel : Macédoine du Nord. Cette année-là, Tamara Todevska lui a donc offert son tout premier top 10. « Il serait naïf de penser qu’il s’agit d’une coïncidence si la première participation à l’Eurovision avec le nouveau nom pacifié a vu la Macédoine non seulement revenir en finale après tant d’années, mais aussi obtenir le meilleur résultat de son histoire : 305 points. Dont un de la Grèce », avance Giacomo Natali dans son livre Capire l’Eurovision (inédit en français).

Andrea Koevska est censée participer à la deuxième demi-finale de l’Eurovision, qui sera retransmise en direct de Turin sur Culturebox (canal 14), jeudi, dès 21 heures. Sa chanson s’intitule Circles.