Marseille : Michel Berger inspire un spectacle drôle et émouvant au comédien marseillais Solal Bouloudnine

SERAS-TU LA ? Le comédien Solal Bouloudnine incarne une galerie de personnages et tisse, en écho à Michel Berger, un récit drôle et poignant sur le temps qui passe

Caroline Delabroy
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Michel Berger s'est éteint le 2 août 1992. 
Michel Berger s'est éteint le 2 août 1992.  — BENAROCH/SIPA
  • Ce sera, cet été, les 30 ans de la mort brusque du chanteur Michel Berger à Ramatuelle.
  • Cette année-là, le jeune Solal Bouloudnine passe des vacances tout à côté. Il se souvient des pompiers, des fans en pleurs, des journalistes, et prend conscience de la finitude des choses.
  • Seul en scène, il tisse aujourd'hui une toile drôle et sensible entre souvenirs personnels et moments de vie de Michel Berger.

Il est de retour à Marseille, la ville qui l’a vu naître et faire ses premiers pas dans la comédie. Solal Bouloudnine réalise un « rêve d’enfant » en jouant ces jours-ci Seras-tu là ? au théâtre des Bernardines, une salle proche de son ancien quartier. Il y est seul en scène. En short blanc et polo de tennis, dans le décor années 1990 d’une chambre d’enfant. Car pour écrire ce spectacle, le comédien a puisé dans ses souvenirs, où une date marque un point de bascule : le 2 août 1992. Ce jour-là, le compositeur et chanteur Michel Berger meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 44 ans, après une partie de tennis dans sa villa de Ramatuelle.

« J’avais 6 ans, 11 mois et 21 jours », compte à rebours Solal Bouloudnine. Le hasard fait qu’avec sa mère, il est en vacances chez des cousins dans une maison voisine. Il se souvient encore « des sirènes de pompiers, des journalistes, des fans en larmes et des chansons qui passent en boucle à la radio. » Sur scène, il dit que son enfance a pris fin ce jour-là. Le jeune Solal réalise, du moins, que tout a une fin. De cette angoisse de la mort, qui ne le quittera pas, il fait la matière de ce spectacle où il bouscule la chronologie du récit pour mieux conjurer la fin. A la manière de Retour vers le Futur, le Solal d’aujourd’hui lance au Solal enfant, au début de la pièce : « Joue, joue, vis, essaie d’être heureux, ça vaut le coup ! »

Une galerie de personnages

S’il puise dans l’autofiction, Solal Bouloudnine n’est pas du genre stand-up. « Je préfère les sketches et le jeu », dans la veine d’Elie Kakou, des Inconnus, ou de Patrick Bosso, qui doit venir le voir à Marseille. Sa galerie de personnages, inspirés de ses proches (ses parents, son coach de foot, sa bouchère, sa maîtresse, etc.), lui permet de manier une belle palette d’humour. Solal Bouloudnine les incarne à fond, avec des perruques, des costumes. L’émotion affleure entre les rires, sur les thèmes du temps qui passe, de l’amour, de la mort, de la difficulté parfois de vivre, de se lancer et sortir de la solitude.

Les chansons de Michel Berger (Message personnel, Le monde est stone, Cézanne peint, etc..) et les extraits vidéos ne sont pas seulement une bande-son, loin de là. La grande et la petite histoire s’entremêlent. Et l’émotion naît de ces échanges en filigrane. « La variété a un réel pouvoir de consolation », dit aussi Solal Bouloudnine. Avec ce spectacle, il a pu mesurer la popularité du chanteur chez les plus jeunes. « On a rarement entendu plus fort que Seras-tu là ? sur l’attente, la rupture amoureuse, tout le monde peut s’identifier », avance le comédien, avant de poursuivre : « J’ai aussi beaucoup de témoignages sur Instagram, de jeunes spectateurs, parfois de 15-16 ans, qui disent que c’est la première fois qu’ils rigolent de la mort. » Au final, on rit, on pleure, comme dans une chanson de variété.

*Le spectacle se joue à Marseille jusqu’au samedi 14 mai au Théâtre des Bernardines, puis la tournée se poursuit : les dates à retrouver ici.