Street art : Le collage est-il en train de prendre le dessus sur le graff ?

TENDANCE Sur les murs des métropoles françaises, les graffs perdent du terrain face aux collages de street artists. Un phénomène dont l’ampleur va croissant et qui semble mieux toléré par les autorités et même plutôt apprécié du public

Mikaël Libert
— 
Une œuvre de la street-artiste roubaisienne Nebuleuz.
Une œuvre de la street-artiste roubaisienne Nebuleuz. — M.Libert / 20 Minutes
  • Le collage est une facette du street art en pleine expansion dans les métropoles.
  • Rapides à mettre en œuvre, les collages investissent plus facilement les centres-villes.
  • Les sanctions encourues par les artistes sont aussi moins dissuasives que pour les graffeurs.

Quand le collage s’affiche dans la street. A Lille, dans le Nord, la poussée du collage sur les murs de la ville saute aux yeux. On en voit désormais partout, y compris dans le centre qui était, jusqu’alors, relativement délaissé par les street artists. A Paris, Lyon ou encore Marseille, le phénomène est moins nouveau et davantage répandu. Pour autant, les adeptes de ce mode d’expression interrogés par 20 Minutes semblent tous s’y être mis récemment. Si les raisons de la montée en puissance de ce moyen d’expression sont avant tout artistiques, voire politiques, il en existe d’autres beaucoup plus pragmatiques.

Comme le graff, le pochoir et parfois le tag, le collage est une des nombreuses émanations du street art. Il y a néanmoins une différence notable dans la mise en œuvre puisqu’il ne s’agit pas de peindre directement sur les murs, mais, comme son nom l’indique, de coller une création réalisée en amont. « La bombe, c’est une technique très spéciale que je ne maîtrise pas. Les graffeurs doivent beaucoup s’entraîner dans des friches avant de se lancer dans la rue. Moi, le collage, je peux le faire à n’importe quelle heure », explique Nebuleuz, une artiste roubaisienne de 35 ans. Un côté pratique et rapide qui est souvent mis en avant. « J’ai toujours des affiches et de la colle dans ma voiture lors de mes déplacements au cas où une occasion se présente », reconnaît Kelu, artiste peintre lillois.

Rapide et moins risqué

Ne pas passer une heure à réaliser une fresque a des avantages très concrets : accéder à des endroits plus fréquentés en minimisant le risque de se faire interpeller. « Pour les centres-villes, c’est mieux, en effet », poursuit Kelu. « Il y a tout de même un peu de risque, juste assez pour faire monter l’adrénaline », renchérit La Dame qui colle, une autre artiste lilloise.

Et si la police leur tombe quand même dessus, les colleurs ne doivent pas hypothéquer leurs maisons pour payer leurs amendes : « Je connais des graffeurs qui se sont pris 90.000 euros pour avoir graffé un train, assure Nebuleuz. Pour un collage, soit on nous laisse partir, soit on doit payer le nettoyage au temps passé. Et décoller une affiche est assez rapide. »

« Une manière de dire que j’existe »

Tous ont aussi à cœur de ne pas dégrader, au contraire de certains qui se revendiquent eux-mêmes comme des vandales. Nebuleuz, elle, ne colle que dans des endroits abandonnés ou sur des murs déjà collés. Sont bannis, de fait, les murs classés et les « vieilles pierres ». Dug, un Lyonnais de 31 ans, se réjouit d’une certaine bienveillance de la ville : « Moi je fais ça pour l’art, pas pour vandaliser. A Lyon, comme à Paris, il y a un quartier où la pratique du street art est tolérée. » Si, de son côté, La Dame qui colle exclut aussi toute volonté de dégrader, elle ne colle en revanche pas au hasard : « Mon idée est de quadriller les no man’s land des endroits où on sort la nuit, les quartiers qui ne sont pas agréables pour les femmes », revendique-t-elle.

Pour eux, l’important est finalement de faire passer leur message, quel qu’il soit. Dug privilégie le côté décoratif et les personnages « pour faire rire ». Kelu s’affranchissait de la politique jusqu’à ce qu’il adopte fait et cause pour l’Ukraine. La Dame qui colle a fait du féminisme son cheval de bataille. « Mes collages sont des portraits de femmes qui existent et qui ont une histoire sur l’espace public, agression, maltraitance, viol », explique-t-elle. Franche, Nebuleuz assume le côté flatteur de voir ses œuvres exposées sur les murs d’une ville. « Oui, c’est une manière de dire que j’existe, mais je ne le ferai pas sans message politique à faire passer. »