Nice : Des places à 5 euros, de nouvelles salles et une programmation adaptée, comment ville veut réconcilier les jeunes et la culture ?

ACTIONS Lancés pour la saison 2021-2022, des dispositifs de l’Université Côte d’Azur, de la ville de Nice et de l’Opéra ont été pensés pour rendre accessible toutes formes d’art aux étudiants et « casser les clichés »

Elise Martin
Lors du concert d'Ichon, co-organisé par l'organisme UCArts
Lors du concert d'Ichon, co-organisé par l'organisme UCArts — Camille Minam-Borier
  • La ville de Nice a cette image d’être « une ville de vieux », comme le dit Graig Monetti, adjoint à la mairie chargé de la jeunesse. Mais il a l’intention de « casser les clichés » en ouvrant comme une nouvelle salle destinée notamment « aux jeunes ».
  • C’est aussi dans cette impulsion que le dispositif UCArts, de l’Université Côte d’Azur, se développe depuis deux ans. L’idée est « d’ouvrir le monde de la culture, sous toutes ses formes » aux étudiants, notamment en leur proposant des places à 5 euros, explique le directeur de la culture de l’UCA.
  • En partenariat avec l’UCA, l’Opéra de Nice participe à ce « rafraîchissement » du public et offre la possibilité aux étudiants de s’imprégner du lieu en plus d’aller à leur rencontre, à la bibliothèque universitaire par exemple.

C’est « la petite dernière », comme la surnomme Graig Monetti, adjoint au maire, en charge de la jeunesse. A l’est de Nice, au cœur de la Maison de l’étudiant, la nouvelle salle « Stockfish » (du nom d’une recette de morue à la nissarde) vient d’être inaugurée avec « une programmation ambitieuse d’un niveau technique d’un Zénith », assure l’adjoint. « Il y avait un vrai besoin pour les jeunes d’avoir un espace pensé pour eux », lance-t-il en évoquant le succès des quatre premières dates « à guichets fermés ».

L’ouverture de cette salle de concerts de 700 places debout, qui est aussi une scène humoristique ou un lieu de projection cinématographique, fait partie d’une « volonté plus globale de la mairie » de proposer un « projet culturel sans précédent ». « Je veux inverser la tendance des clichés où, quand on pense Nice, on imagine la ville des vieux », lance Graig Monetti.

« On est en train de combler une attente »

« Je suis de Paris, j’ai toujours été imprégnée par la culture, s’exprime Zayneb, 18 ans, en première année d’orthophonie. Alors quand je suis arrivée ici, j’avais beaucoup d’a priori. Je ne savais même pas qu’il y avait un opéra et dans tous les cas, ce n’était pas accessible pour moi ».

En plus d’une offre culturelle adaptée, le prix des places faisait partie des points à améliorer, selon Julien Gaertner, directeur à la culture de l’Université Côte d’Azur (UCA). « Certains établissements laissent maintenant l’ensemble de leur programmation à 5 euros pour les étudiants après nos partenariats, » constate-t-il.

Depuis deux ans, mais surtout cette année, l’UCA a « une identité culturelle singulière avec une envie de développement » grâce à l’intégration de sept écoles d’art et de design dans le groupement des universités. Le directeur poursuit : « On travaille pour que les étudiants puissent assister à un concert d’un artiste qu’ils aiment à moindre coût et en même temps, on leur fait découvrir d’autres mondes artistiques. On veut les faire aller dans des établissements qu’ils n’avaient pas l’habitude de fréquenter ». C’est ce qu’il s’est passé avec la performance du pianiste Sofiane Pamart avec l’orchestre philharmonique et deux rappeurs à l’Opéra, très vite « sold out ». « Maintenant, ce sont mes amies parisiennes qui me disent que j’ai de la chance », souligne Zayneb.

Sortir des murs et aller chercher les étudiants

Un format qui est amené à être « réédité la saison prochaine », assure le directeur de l’Opéra, Bertrand Rossi. Depuis qu’il a repris la direction du lieu, il « essaie de renouveler le public tout en fédérant les habitués », affirme-t-il, d’où ce partenariat avec l’UCA. De cette image « poussiéreuse, un peu ringarde et très conventionnelle, les étudiants voient un lieu où eux aussi peuvent s’y retrouver avec des formats sur-mesure, comme avec des set live électro dans le hall. On casse les codes », s’exclame avec un léger sourire Bertrand Rossi.

Et il va plus loin. Des sessions révisions sont organisées à la bibliothèque universitaire où des équipes artistiques de l’Opéra viennent y jouer. « On peut sortir de nos murs mais aussi les déplacer pour mettre des tables, des chaises, le wifi et permettre aux élèves d’assister à des répétitions à l’Opéra tout en étudiant. »

Un format qui plaît

Pour Théo, en licence de droit et Niçois, « c’est rafraîchissant d’avoir une telle offre. Je suis content de voir ma ville se diversifier. La culture se démocratise. Et en plus de proposer des choses originales pour nous, on en découvre d’autres. Ça va donner envie de venir étudier ici maintenant ! »

« Ça leur fait plaisir, c’est à leur portée financièrement, ça peut susciter des vocations mais surtout, ça stimule la curiosité intellectuelle », ajoute Julien Gaertner en pensant à toutes les options que propose le dispositif UCArts​. Le directeur de l’Opéra conclut : « Si ça fonctionne une fois, faisons deux fois plus l’année prochaine. On ne va pas s’arrêter là ! »