Marseille : La Joconde se découvre en numérique lors d’une exposition conçue avec le Louvre

EXPOSITION En coproduction avec le musée du Louvre, « La Joconde, exposition immersive » est une plongée 100 % numérique dans l’histoire de ce tableau mythique, inaugurée sur la Canebière et bientôt itinérante

Caroline Delabroy
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Inaugurée à Marseille, l'exposition immersive La Joconde a vocation à tourner en France et à l'International
Inaugurée à Marseille, l'exposition immersive La Joconde a vocation à tourner en France et à l'International — © Mardi8-Artisans d?idées / GPI / Rmn-GP / Musée du Louvre, 2022
  • L’exposition 100 % numérique sur La Joconde se tient du 10 mars au 21 août au palais de la Bourse, sur la Canebière, à Marseille. Elle a vocation ensuite à voyager dans d’autres villes, en France et à l’International.
  • Elle prend le pari de faire mieux connaître un tableau qui est à la fois le plus instagramé au monde et peut-être le moins bien regardé.
  • Visuelle et interactive, l’exposition retrace les grands moments de l’histoire du tableau, de la construction du mythe à sa visite médicale chaque année.

La Joconde a pris ses quartiers sur la Canebière à Marseille. Pas une pâle copie du chef-d’œuvre de Léonard de Vinci exposé au Louvre, et pas davantage non plus l’original qui ne quitte pour ainsi dire jamais la « salle des Etats » du musée parisien. Mais une exposition 100 % numérique au Palais de la Bourse, dédiée au « tableau le plus instagramé du monde » comme le résume Roei Amit, directeur de Grand Palais Immersif, déjà à l’œuvre sur les expositions Pompéi et Sites Eternels. « On poursuit l’expérimentation de nouveaux formats d’expositions, où le public est aussi acteur de sa propre visite », explique-t-il.

Pour le Louvre, qui s’était déjà frotté au numérique en 2019 avec l’expérience de réalité virtuelle En tête à tête avec la Joconde, ce rendez-vous marseillais est l’occasion de raconter « comment une vieille dame qui a 503 ans est toujours actuelle aujourd’hui ». « On pourrait penser que cette exposition immersive est une solution de facilité, le succès assuré », démine, magnanime, Vincent Delieuvin, conservateur en chef de la peinture italienne du XVIe siècle au musée du Louvre, fonction qu’il résume entre « médecin et mari » de La Joconde.


« A partir de son vol, la Joconde devient une image populaire. »

« Mais cette exposition est aussi un défi, poursuit-il. La Joconde vit une situation très paradoxale. C’est à la fois le tableau le plus célébré au monde et peut-être le moins regardé. Je suis frappé comme les gens, souvent, lui tournent immédiatement le dos pour faire un selfie. » Conseiller scientifique de l’exposition, Vincent Delieuvin a ainsi donné la matière pour raconter l’extraordinaire destin de ce tableau en six épisodes clés. « C’est Giorgio Vasari, le premier historien de l’art, qui va créer le mythe de la Joconde en écrivant combien c’est une création majeure de la Renaissance, qui recrée l’impression de vie, explique-t-il. Mais c’est à partir de son vol en 1911 que la Joconde devient une image populaire. »

Dès l’entrée de l’exposition, l’image d’un zoom infini sur la Joconde invite à passer de l’autre côté du miroir. On pénètre alors dans un vaste espace de 600 mètres, aménagé dans le grand hall du palais de la Bourse, où un long et haut panorama défile le long des murs avec différents paysages de tableaux de Léonard de Vinci, qui change lorsqu’on approche. Au milieu, des modules de différentes dimensions. De grands écrans courbes de trois mètres de haut, où sont projetés en boucle des films thématiques, dont l’un sur la « visite médicale » qu’elle suit chaque année. Et des écrans interactifs, certains à hauteur d’enfants, pour prolonger sur le sujet en mode jeu. Le tout sur un fond sonore qui sait rester à bon niveau. Le sens du cheminement n’est pas toujours limpide, seul bémol peut-être.

« Sortir de l’immersif show »

« L’enjeu est de sortir de l’immersif show, et d’avoir une exposition immersive scientifique, au sens où on va diffuser les connaissances, avance Sylvain Roca, qui a conçu la scénographie. L’idée, c’est que les gens soient d’abord dans l’émotion, qu’ils soient attirés par le sujet comme une sorte de teaser, puis, intéressés, qu’ils aillent chercher l’information. »

La production numérique et l’exploitation de l’exposition ont été confiées à Artisans d’idées, une entreprise basée à Marseille, dont la rencontre a contribué au choix de la ville pour accueillir cette première exposition appelée ensuite à voyager en France et à l’International. Le choix du lieu s’est vite porté sur le palais de la Bourse, un lieu qui n’est pas un musée, et qui est à la fois central et assez prestigieux pour La Joconde. « On espère 20.000 visiteurs par mois », confie Youenn Leguenn, le directeur d’Artisans d’idées, qui mise notamment sur l’amplitude horaire pour attirer un public large. Un public qui, dans l’idéal, regardera la Joconde d’un nouvel œil lors d’une prochaine visite de Mona Lisa au Louvre.

L’exposition a lieu du 10 mars au 21 août 2022 au Palais de la Bourse à Marseille, avec des nocturnes jusqu’à 22 heures les vendredis. Tarifs : 14,50 €, 11 € pour les moins de 18 ans et demandeurs d’emploi et 5 € pour les bénéficiaires du RSA et de l’ASS. Gratuit pour les moins de 6 ans.