« Look Back », « Bakuman », « Réimp' ! » … Quand le manga dévoile les coulisses du manga

BD En libraire mercredi, « Look Back » de Tatsuki Fujimoto est un titre court mais puissant sur le pouvoir de la fiction et les coulisses du manga, un milieu et métier déjà exploré par d’autres séries comme « Bakuman », « Hitman » ou « Réimp' ! »

Vincent Jule
« Look Back » est un court mais puissant titre sur le manga, par l'auteur de « Fire Punch » et « Chainsaw Man »
« Look Back » est un court mais puissant titre sur le manga, par l'auteur de « Fire Punch » et « Chainsaw Man » — 2021 by Tatsuki Fujimoto/SHUEISHA Inc.
  • Le manga Look Back sort en libraire mercredi chez Kazé, il est l’œuvre de Tatsuki Fujimoto, auteur de Chainsaw Man et mangaka célébré au festival d’Angoulême.
  • L’histoire suit la rencontre, rivalité, collaboration de deux jeunes dessinatrices, du journal de l’école à l’incontournable magazine de prépublication de mangas.
  • Bakuman, Hitman, Réimp' !… D’autres séries se sont intéressées aux coulisses du manga, de l’édition japonaise et finalement d’une même passion.

Le manga n’est pas qu’un format de bande dessinée, mais un art à part entière, un art industriel pour reprendre la formule consacrée, qui obéit à un processus éditorial précis (concours, prépublication, tomes reliés…) et irrigue toute la pop culture japonaise (adaptations, chansons de génériques, produits dérivés…). Pas étonnant, donc, que le manga et ses coulisses soient un sujet qui passionne les mangakas et les lecteurs. Tatsuki Fujimoto, jeune prodige et auteur de Fire Punch et Chainsaw Man, s’y attaque dans le one-shot multiprimé Look Back, en libraire mercredi aux éditions Kazé, soit quelques jours avant l'exposition «Héros du chaos» que lui consacre le Festival d’Angoulême.


Le pouvoir de la fiction

Fujino est une enfant douée, très confiante dans son talent de dessinatrice, jusqu’au jour où elle découvre dans le journal de l’école le coup de crayon de Kyômoto, une élève à la timidité maladive et recluse chez elle. Leur rivalité mêlée d’admiration va se transformer en amitié et collaboration… jusqu’au sommet ? Si Look Back tient de l’autofiction et que Fujimoto met beaucoup de lui dans Fujino et Kyômoto, dans leur passion et sacerdoce, dans la série Shark Kick, clin d’œil à Chainsaw Man, il s’agit au final plutôt d’une introspection sur le pouvoir de la fiction lorsque frappe la tragédie.

Dessiner encore et encore, le manga comme passion et sacerdoce dans « Look Back » de Tatsuki Fujimoto
Dessiner encore et encore, le manga comme passion et sacerdoce dans « Look Back » de Tatsuki Fujimoto - Look Back © 2021 by Tatsuki Fujimoto/SHUEISHA Inc.

Inio Asano, l'un des mangakas les plus importants de sa génération, interroge également son métier et la création dans le récit à peine autobiographique Errance chez Kana, où son alter ego est plongé en plein doute après la fin de son dernier manga à succès. Que dessiner maintenant, un titre grand public comme le veut son éditeur ou un projet personnel qui lui tient à cœur ? Une mise en abyme plus existentielle que professionnelle. Pour découvrir les coulisses du manga, la référence reste Bakuman (Kana) de Tsugumi Oba et Takeshi Obata, un duo de scénariste et dessinateur également à l’œuvre sur Death Note et Platinum End.

Mangakas, assisants, « tantô »… Les différents métiers du manga

Sur 20 tomes, ils racontent la lente ascension des collégiens Moritaka Mashiro, le dessinateur et passionné, et Akito Takagi, le scénariste et opportuniste, de leur premier concours gagné à leur série phare adaptée en série animée. Si Bakuman n’évite pas les clichés, surtout sexistes avec une promesse de mariage comme motivation première et des personnages féminins relégués au second plan, il est aussi une invitation didactique et dynamique à découvrir les différentes étapes et métiers de l’industrie en général, et de l’éditeur Shueisha et du magazine Weekly Shônen Jump en particulier : mangakas de différentes générations, responsables éditoriaux ou tantô, assistants, rédacteurs en chef…

On retrouve une approche identique dans Hitman – Les coulisses du manga (Pika) mais du côté du concurrent Kodansha et de son Weekly Shônen Magazine avec la rencontre entre un éditeur et une jeune mangaka. Et une tendance à la comédie sentimentale comme toujours avec Kouji Seo, auteur de Suzuka, Fûka et A Town where you live.


Le milieu du manga, un décor pour toute sorte d’histoires

Si vous pensiez tout connaître du métier et du milieu, il y aura toujours un manga pour vous prouver le contraire comme le récent Réimp' ! de Naoko Mazda chez Glénat, qui se veut une plongée réaliste dans le monde de l’édition japonaise, « loin des clichés de Bakuman et du huis clos entre auteur et éditeur », avec également l’importance des commerciaux, graphistes, libraires, etc.

Les coulisses du manga peuvent aussi être « seulement » le décor de différentes histoires, de la romance entre une mangaka et son tantô dans le shôjo Love Baka (Kurokawa) ou entre un responsable éditorial et son rédacteur en chef dans le yaoi Sekaiichi Hatsukoi (Asuka) à ce père qui cherche à cacher à sa fille son métier de mangaka bas de gamme dans Kakushigoto (Vega) en passant par cet assistant qui pour survivre financièrement doit prendre un autre boulot : assassin. C’est Assistant Assassin chez Omaké Books.

Le fantastique s’invite également à la table de dessin, comme dans RiN de Harold Sakuishi chez Delcourt, ou la rencontre entre un mangaka et une médium, sans oublier Made in Heaven (Akata) au pitch improbable : un moine bouddhiste est réincarné en mangaka puceau qui se vante de pouvoir dessiner n’importe quelle scène de sexe mais perd ses moyens face à sa nouvelle assistante à forte poitrine. Vous n’êtes pas sûr de ce que vous avez lu, vous pensez qu’il s’agit d’un manga érotique, mais vous êtes loin du compte. La preuve, une nouvelle fois, qu’avec le manga, tout est possible.