Eurovision 2022 : Le quatuor Alvan et Ahez « fier d'apporter la langue bretonne » au concours à Turin

MUSIQUE Le quatuor Alvan et Ahez défendra les chances de la France à l’Eurovision, à Turin (Italie), le 14 mai après sa victoire dans « Eurovision France, c’est vous qui décidez ». Le groupe espère que le concours sera une caisse de résonance pour le breton

Fabien Randanne
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Alvan (Alexis Morvan) et Ahez (Sterenn Diridollou, Marine Lavigne et Sterenn Le Guillou), représenteront la France à l'Eurovision 2022.
Alvan (Alexis Morvan) et Ahez (Sterenn Diridollou, Marine Lavigne et Sterenn Le Guillou), représenteront la France à l'Eurovision 2022. — Cyril MOREAU/ Bestimage
  • Alvan et Ahez ont remporté Eurovision France, c'est vous qui décidez, samedi, sur France 2, avec la chanson Fulenn. Le quatuor représentera donc la France en finale de l'Eurovision, le 14 mai à Turin (Italie).
  • « C’est une langue dont on a eu très longtemps honte. Maintenant, c’est une véritable fierté de pouvoir l’apporter jusqu’à l’Eurovision », s’émeut Marine Lavigne, membre du quatuor, qui a écrit les paroles de la chanson.
  • « Notre objectif, c’était de montrer qu’on peut mélanger le breton à des sons très modernes, que c’est une langue qui a sa place dans la musique, dans des concours comme ça, à la télévision, partout », confirme l'une des autres chanteuses du groupe, Sterenn Le Guillou.

« On est dans un univers parallèle. » Lorsque le groupe Alvan et Ahez rejoignent les journalistes après avoir remporté, dans la nuit de samedi à dimanche, Eurovision France, c’est vous qui décidez, le quatuor a du mal à réaliser qu' il vient de décrocher son ticket pour la plus grande scène musicale du monde. Le 14 mai, à Turin (Italie), il défendra les chances tricolores avec fera Fulenn, une chanson intégralement en breton.

« C’est une langue dont on a eu très longtemps honte. Maintenant, c’est une véritable fierté de pouvoir l’apporter jusqu’à l’Eurovision », s’émeut Marine Lavigne, l’une des membres d’Ahez, qui a écrit les paroles. L’histoire d’une jeune femme dansant de tout son soûl en forêt, la nuit, sans ce soucier du regard d’autrui. « "Fulenn" signifie "étincelle" et "jolie fille". C’est le feu, la passion, la danse, la fête », explique-t-elle.

Avec Sterenn Diridollou et Sterenn Le Guillou, cette dernière a rejoint l’été dernier l’artiste électro Alexis Morvan, alias Alvan, autour d’un projet commun, fusionnant leurs influences musicales pour célébrer leurs racines. « Mon arrière-grand-mère parlait breton mais je n’en parle pas un pète. J’ai d’abord appris la chanson en phonétique, puis j’ai appris le sens. Ce sont les filles qui ont apporté ce côté culturel et donné du sens à Fulenn », précise le jeune homme.

« On va représenter notre région, on va représenter la France, c’est juste incroyable »

« On a créé cette chanson ensemble, on l’a envoyée à la sélection française pour l’Eurovision en se disant : "Pourquoi pas ? On tente." Et là, on va à Turin. On va représenter notre région, on va représenter la France, c’est juste incroyable », glisse Sterenn Le Guillou.

La chanson est arrivée en tête des votes du jury de dix personnalités – parmi elles, Cyril Féraud, Nicoletta, André Manoukian, Elodie Gossuin, Agustin Galiana et Jenifer lui ont attribué le score maximal – mais aussi du public. « Cela a été un raz-de-marée », précise Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements de France Télévisions et cheffe de la délégation française à l’Eurovision.

Alvan et Ahez affirment qu’ils ne s’attendaient pas à une telle unanimité. « On savait que la Bretagne et les régions à forte identité de France nous soutenaient. En tout cas une partie, avance Marine Lavigne. On sent un changement des mentalités, notamment dans le jury. Ces grands noms de la chanson française et de la culture française ont validé cette chanson et ont donné cette chance à la France d’être représentée par cette langue. C’est beau. Je pense qu’on va vers du meilleur. »

Il faut rappeler que dans notre pays centralisé, l’histoire de la langue bretonne n’a pas été sans heurts ni souffrances. Entre le XIXe et le milieu du XXe siècle, notamment, elle a été méprisée, combattue, empêchée. En 2018, selon l'Office public de la langue bretonne, elle ne comptait que 225.000 locuteurs actifs.

« Montrer que le breton a sa place dans la musique »

« Il y a d’autres langues minorisées en Europe. S’il y en a au moins une qui peut se faire entendre à Turin, c’est incroyable, reprend Marine Lavigne. Je suis contente de porter ce message-là, de montrer cette diversité, cette richesse, qui n’est pas souvent mise en valeur. »

« On a envie que cette langue vive. C’est une victoire tellement énorme d’être là. C’est magique », se réjouit, les larmes aux yeux, Sterenn Le Guillou, qui, comme les deux autres chanteuses d’Ahez, a passé sa scolarité à Carhaix (Finistère) dans une école Diwan – un établissement où les cours sont dispensés en breton.

Elles espèrent que l’Eurovision fera office de caisse de résonance. « Notre objectif, le défi que l’on souhaitait relever en envoyant cette chanson innocemment au casting, c’était de montrer qu’on peut mélanger le breton à des sons très modernes, que c’est une langue qui a sa place dans la musique, dans des concours comme ça, à la télévision, partout, reprend Sterenn Le Guillou. C’est une langue à part entière. C’est une très belle langue et c’est la nôtre. »

Les langues régionales à l’Eurovision

Ce n’est pas la première fois que la France est représentée à l’Eurovision par une chanson en breton. En 1996, Dan Ar Braz et L’Héritage des Celtes avaient fini 19e avec Diwanit Bugale. En 1992, Kali avait terminé à la 8e place avec Monté La riviè comportant des paroles en créole martiniquais. L’année d’après, Patrick Fiori avait proposé Mama Corsica, une chanson en français et en corse qui s’est classée 4e. En 2011, Sognu d’Amaury Vassili (15e) était intégralement en corse.