« Eurovision France » 2022 : « J’ai envie de casser des tabous », confie Joanna

INTERVIEW Chanteuse pop et RnB engagée, la jeune artiste participe samedi à la sélection française de l’Eurovision avec son titre « Navigateure »

Propos recueillis par Jérôme Gicquel
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Joanna fait partie des 12 artistes en lice pour représenter la France à l'Eurovision.
Joanna fait partie des 12 artistes en lice pour représenter la France à l'Eurovision. — Emma Panchot
  • Eurovision France, c’est vous qui décidez, sera diffusée samedi 5 mars 2022 à 21h05 sur France 2. L’artiste qui l’emportera défendra les chances tricolores en finale de l’Eurovision le 14 mai à Turin (Italie).
  • Originaire de Rennes, la chanteuse Joanna est en lice avec le titre Navigateure.
  • Dans son premier album Sérotonine qui mélange pop, RnB et électro, la jeune artiste de 23 ans s’en prend, de sa voix douce et envoûtante, au patriarcat et aux discriminations en tout genre.

Sa longue chevelure orange ne passera pas inaperçue sur scène. Nouvelle pépite de la scène pop-RnB française, Joanna compte bien faire le show sur le plateau de l’émission Eurovision France, c’est vous qui décidez qui sera diffusée samedi soir en direct sur France 2. L’artiste de 23 ans y interprétera Navigateure, une chanson très personnelle « d’une femme qui se bat » et trouve son énergie et son besoin de liberté sur scène.

Son parcours artistique a démarré à Rennes en 2018. A peine sortie du lycée Bréquigny, où elle a fréquenté les rappeurs du collectif Columbine, elle a posté son premier clip sur YouTube. Le morceau, intitulé Séduction, est vite devenu viral, attirant l’attention des majors. Mais c’est en solo que Joanna s’est d’abord lancée en montant son propre label avant de signer chez BMG pour son premier album Sérotonine, sorti en mai et encensé par la critique. Un début de carrière fulgurant sur lequel la chanteuse, désormais installée à Paris, a accepté de revenir pour 20 Minutes.

Comment vous êtes-vous retrouvée dans cette aventure de l’Eurovision ?

Alors ce n’est pas un rêve de petite fille car je n’avais jamais regardé l'Eurovision auparavant. C’est la production qui m’a démarchée. J’étais assez étonnée sur le coup car j’en avais l’image d’un concours de chansons de variétés et très grand public. Je n’ai donc pas compris au début pourquoi ils venaient me voir. J’en ai discuté avec eux et je me suis prêtée au jeu même si j’ai mis un peu de temps à trouver la chanson qui rentre dans les codes à savoir une chanson puissante, fédératrice, positive et porteuse d’espoir.

D’où vient ce titre Navigateure justement ?

J’ai écrit ce titre dans ma chambre avant que la production ne me contacte. Je voulais parler de cette sensation de liberté que je ressens quand je me retrouve sur scène. Le morceau était différent à la base et sonnait plus club. Mais j’ai accepté de retravailler la chanson en y ajoutant un refrain plus fédérateur, plus commercial. C’est tout nouveau aussi pour moi de parler d’espoir, j’ai l’impression de le réveiller seulement maintenant en moi. Je voulais parler aux gens de ma génération qui expriment des craintes sur le futur. Malgré tout ça, il faut continuer à voir les choses positives en restant ambitieux et en continuant à se battre.

Vous êtes d’ailleurs en lutte contre les discriminations, les violences sexuelles ou le patriarcat…

J’ai envie en effet de casser des tabous. C’est d’ailleurs pour ça que je fais de la musique. J’ai gardé le silence pendant 20 ans sur mes opinions. Mais à un moment il fallait que ça sorte et j’ai foncé. C’est à ce moment-là que j’ai découvert le patriarcat et conscientisé le fait que les femmes avaient une position différente dans la société. Cela a fait écho à tout ce que j’avais vécu quand j’étais adolescente et cela m’a donné la rage. Voilà pourquoi je combats désormais dans mes chansons le machisme, les discriminations en tout genre ou les tabous autour de l’homosexualité ou de la sexualité féminine. Mais il est aussi et surtout question d’amour avec l’envie d’en parler autrement en évoquant le respect de l’individualité et de la personne, la compassion, l’écoute.

Après plusieurs mois d’arrêt, vous retrouvez enfin la scène. Heureuse ?

C’est que j’attendais le plus. J’ai démarré ma carrière sur les réseaux sociaux avec des likes et des follows, c’est assez étrange car on ne sait pas trop ce qu’on vaut. Alors qu’être sur scène, voir des gens qui dansent et qui réagissent à votre musique, c’est juste magique. C’est la plus belle chose qu’un artiste peut rêver, surtout quand on a été privé de concerts pendant deux ans. J’ai donc très hâte de participer à l’Eurovision même si je suis en même temps terrifiée.

Certains de vos fans vous comparent à Mylène Farmer. Cela vous inspire quoi ?

C’est très flatteur car j’ai été bercée par sa musique depuis que je suis toute petite même si je ne comprenais pas vraiment ses paroles et sa musique. C’est une artiste qui a toujours été en avance sur son temps. Elle a réussi à parler des tabous tout en étant extrêmement populaire. C’est donc une source d’inspiration pour moi qui suis imprégnée de son univers. Mais je n’essaye pas non plus de lui ressembler ou de la copier, tout ce que je fais est très personnel.