César 2022: Un cul, des larmes... Ce qu'il faut retenir de la 47e cérémonie

RECAPITULATIF L’édition 2022 de la remise des prix du cinéma français s’est déroulée vendredi à L’Olympia. Elle a été marquée par les sept César pour « Illusions perdues »… et par l’ennui

Fabien Randanne
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Le cinéaste et acteur québécois Xavier Dolan, très ému, a rendu hommage à Gaspard Ulliel lors de la 47e édition des César, le 25 février 2022, à Paris.
Le cinéaste et acteur québécois Xavier Dolan, très ému, a rendu hommage à Gaspard Ulliel lors de la 47e édition des César, le 25 février 2022, à Paris. — Laurent VU / Sipa
  • La 47e cérémonie des César s’est tenue le vendredi 25 février à L’Olympia à Paris.
  • Illusions perdues a reçu sept statuettes et Annette cinq.
  • La soirée a été marquée par l’ennui, un happening de mauvais goût, et surtout avec un grand moment d’émotion lors de l’hommage de Xavier Dolan à Gaspard Ulliel.

« La salle oscille entre plaisir et inconfort », a énoncé une voix-off, au moment de remettre le prix du scénario original. On a peu vu le plaisir et davantage l’inconfort vendredi soir, lors de la 47e cérémonie des César qui se déroulait à L’Olympia. Si vous n’avez pas le courage de vous imposer le replay – on vous comprend – voici ce qu’il faut savoir sur cette édition.

Sans rire

L’assistance avait la mine grave. Est-ce parce que, comme l’a rappelé le maître de cérémonie Antoine de Caunes en ouverture, une guerre fait rage « à trois heures de Paris », le petit monde du cinéma français semblait s’excuser d’être là, en tenue de soirée ? Le conflit en Ukraine a été très peu évoqué dans les discours – il l’a été dans ceux du réalisateur Vincent Maël Cardona, de l’actrice Cate Blanchett et de la monteuse Nelly Quettier – mais était-ce pour ne pas paraître trivial que les rires étaient à ce point en sourdine ? Ou parce que les masques en couvraient tous les éclats ? Il ne faut peut-être pas chercher trop loin : rien n’était vraiment drôle. Franck Gastambide lisant le discours qu’aurait dû prononcer Carole Bouquet ? D’accord, cet art du décalage marchait. Mais s’essoufflait sur la durée. Le Palmashow jouant aux effets spéciaux en direct, pas mal, mais pas transcendant. Une mention spéciale tout de même à Valérie Lemercier, lauréate du César de la meilleure actrice, capable de nous dérider, mais après minuit, en évoquant Affaires conclues et son prochain film : « sur l’histoire de Martine Aubry ».

Le cul de Marie s’infiltre

La soirée n’avait pas commencé depuis une demi-heure que surgissait sur la scène une jeune femme en robe de soirée qui n’avait rien à faire là. A priori. Son nom ? Marie s’infiltre. Son objectif : montrer son derrière. Et rendre hommage à la « cul-ture » en faisant des rimes en « cul ». Puis faire une déclaration d’amour à Louis Garrel comme si on était encore en 2008. Un happening raté, gênant, mais le pire, c’est que c’était l’un des rares moments avec un peu d’aspérités.

Marie s'infiltre et Antoine de Caunes, aux Césars 2022.
Marie s'infiltre et Antoine de Caunes, aux Césars 2022. - Laurent VU / Sipa

Les larmes de Xavier Dolan

S’il n’y avait qu’une image à garder de cette édition, ce serait celle de l’hommage de Xavier Dolan à Gaspard Ulliel. L’acteur français est mort à 37 ans, il y a un mois. Le réalisateur canadien, qui l’a dirigé dans Juste la fin du monde, a honoré sa mémoire en lisant une lettre, trébuchant parfois d’émotion sur les mots, les larmes impossibles à retenir. Gaspard « aurait détesté ce type d’éloges. Il aurait perçu dans cette glorification, un manque d’élégance. Et il était très élégant », a dit le Québécois. Et d’ajouter : « C’est tout un monde qui a pleuré Gaspard. C’est tout un monde qui le pleure encore ». Dans la salle, il y avait du chagrin.


Un discours ! Un discours !

Dans les remerciements marquants, piochons ci et là. Le « Tais-toi ! Maintenant ! Tais-toi ! » (en français dans le texte) de Cate Blanchett s’amusant à mettre fin à l’ovation qui lui était adressée pour son César d’honneur, ou les rires nerveux de Vincent Lacoste, meilleur acteur dans un second rôle pour Illusion perdues, capital sympathie à son paroxysme. Il y a aussi eu le César de la meilleure actrice dans un meilleur second rôle attribué à une actrice non professionnelle – ou du moins pas encore, car elle exerce son métier d’aide-soignante – Aissatou Diallo Sagna pour La Fracture. Egalement les pas de danse de Benoît Magimel, sacré meilleur acteur pour De son vivant. Une manière de piétiner ceux qui jugent sa carrière agonisante ? Arthur Harari, César du meilleur scénario original, a quant à lui fustigé les plateformes de streaming. Coup de gueule aussi, avec Jean-Charles Ostorero, producteur du Sommet des dieux, César du meilleur film d’animation. Il fut l’un des seuls à qui l’on a tenté de couper la parole pour cause de remerciements à rallonge. Caroline Vié, journaliste cinéma de 20 Minutes bouillait en coulisses : « Le manque de respect d’Antoine de Caunes à l’égard de cette équipe me scandalise ! »

Et le palmarès dans tout ça ?

Ces 47e César ont fait triompher des films réalisés par des hommes : Illusions perdues de Xavier Giannoli, sept statuettes dont meilleur film et meilleure adaptation, et Annette, de Leos Carax, cinq trophées dont meilleure réalisation. Ce sont les deux seuls longs-métrages à avoir reçu plus d’une compression. Le « film de bonshommes », Bac Nord, est reparti bredouille malgré ses sept nominations. Titane a aussi quitté L’Olympia sans rien, mais ce n’est pas vraiment une surprise : avec seulement quatre citations au compteur, la Palme d’or 2021 n’apparaissait pas comme la chouchoute des votants. L’Evénement d’Audrey Diwan a été récompensé à travers son actrice principale, Anamaria Vartolomei – mais on s’attendait à davantage. Ce film qui a reçu le Lion d’or à Venise l’an passé s’était imposé comme un des sommets ciné des mois écoulés.