Guerre en Ukraine : La télévision ukrainienne demande à Delphine Ernotte d’exclure la Russie de l’Eurovision

MEDIAS La chaîne UA:PBC demande à ce que les médias russes soient exclus de l'Union européenne de radio-télévision dont Delphine Ernotte est l'actuelle présidente

Fabien Randanne
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La délégation russe, avec la chanteuse Manizha (qui tient le drapeau, au centre), à Rotterdam (Pays-Bas), en mai 2021, lors de l'Eurovision.
La délégation russe, avec la chanteuse Manizha (qui tient le drapeau, au centre), à Rotterdam (Pays-Bas), en mai 2021, lors de l'Eurovision. — Sander Koning / ANP / AFP

Article mis à jour à 16h, puis à 17h43, le 24 février, avec les réactions de l’UER.

La télévision publique ukrainienne, UA : PBC, a appelé, mercredi, Delphine Ernotte à exclure la Russie de l’ Eurovision. Cette demande semble bien absurde étant donné le contexte actuel, mais elle est tout à fait sérieuse.

Plus précisément, le média ukrainien exige que ses équivalents russes, dont Channel One et VDTRK, soient exclus de l’Union européenne de radiotélévision (UER). Cette instance, qui regroupe quelque 116 organisations de 56 pays (pour la France : France Télévisions, France Médias Monde, Radio France et Europe 1), négocie pour ses membres les droits de diffusions d’événements internationaux, tels que les Coupes du monde, les tournois de l’UEFA et les Jeux olympiques. Elle chapeaute également l’organisation du concours Eurovision de la chanson.

Si UA : PBC a adressé son courrier à Delphine Ernotte, c’est parce que la présidente de France Télévisions a été élue à la tête de l’UER le 1er janvier 2021, pour une période de deux ans.

« Des instruments de propagande politique financés par l’Etat russe »

Dans sa missive, le diffuseur ukrainien écrit que la Russie « a ignoré le droit international, la charte des Nations Unies, et a violé la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Etat ukrainien ». Il est reproché à Channel One et VDTRK d’être les « porte-parole du Kremlin », « des instruments de propagande politique financés par l’Etat russe », de « diffuser constamment de la désinformation », d'« enfreindre l’éthique journalistique » et d'« être un élément moteur de la guerre de l’information du gouvernement russe contre l’Ukraine et le reste du monde civilisé ». Selon UA : PBC, ces médias russes sont en infraction avec la charte de l’UER qui veille à ce que ses membres « garantissent la liberté d’expression et d’information ». La télévision ukrainienne estime que leur exclusion de l’UER serait ainsi justifiée.

Elle appuie son argumentaire sur le fait que, en mai 2021, l’UER a suspendu l’adhésion de la télévision publique biélorusse BTRC après avoir constaté « la détérioration progressive de la liberté des médias au Bélarus » et s’être « inquiétée de la diffusion d’interviews visiblement obtenues sous la contrainte ». L’ex-république soviétique ne peut plus, désormais, participer au concours Eurovision de la chanson.

« L’exclusion de la Russie de l’Eurovision serait une réponse puissante »

La compétition musicale dépasse régulièrement son statut de simple divertissement pour se faire la caisse de résonance de la géopolitique européenne. Elle est un outil de soft power et les tensions entre la Russie et l’Ukraine se sont régulièrement exprimées dans ce cadre.

« Nous tenons à souligner que le concours Eurovision de la chanson a été créé après la Seconde Guerre mondiale pour unir l’Europe. Dans cette optique, la participation de la Russie en tant qu’agresseur et violateur du droit international à l’Eurovision de cette année sape l’idée même de la compétition, écrit le diffuseur ukrainien. L’exclusion de la Russie de cet événement musical de grande ampleur sera une réponse puissante de la communauté internationale des radiodiffuseurs publics aux actions agressives et illégales inacceptables de la Fédération de Russie et un soutien à la politique d’agression hostile des radiodiffuseurs publics du pays. »

L’UER a réagi ce jeudi après-midi auprès du quotidien suédois Göteborgs-Posten : « Les membres de l’UER en Russie et en Ukraine se sont engagés à participer à l’événement de cette année à Turin. Nous avons l’intention d’accueillir et de permettre aux artistes des deux pays de participer en mai. Bien évidemment, nous continuons à suivre de près l’évolution de la situation. »

L'UER n'hésitera pas « à condamner toute violation de la liberté de la presse »

Hanna Stjärne, la PDG de la chaîne suédoise SVT, a quant à elle estimé de son côté, comme le relaye Wiwibloggs, que « l’UER devrait revoir son avis ». « Je suis en phase avec le principe de base selon lequel l’Eurovision est un événement apolitique. mais la situation en Europe est préoccupant avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cela dépasse toutes les limites. »

En fin d’après-midi, l'UER a publié un communiqué​. L’organisme indique que dans le contexte actuel entre la Russie et l’Ukraine, « l’accès à des informations de confiance, factuelles et impartiales est plus vital que jamais » et souligne que « l’ensemble des diffuseurs et l’UER (…) n’hésiteront pas à condamner toute infraction ou violation de la liberté de la presse ».

Par ailleurs, début février, la chanteuse Alina Pash avait été désignée au cours d’un télécrochet pour représenter l’Ukraine à l’Eurovision, en Italie, en mai. Or, quelques heures après sa victoire, une polémique a éclaté autour d’un de ses déplacements, en 2015, en Crimée, territoire ukrainien annexé par la Russie un an plus tôt. Face à la controverse, Alina Pash avait reconnu avoir présenté à la chaîne ukrainienne un document falsifié par un membre de son équipe et a annoncé dans la foulée son retrait. Le groupe Kalush Orchestra a accepté mercredi de défendre, à la place de l’artiste déchue, les couleurs ukrainiennes à l’Eurovision.