Lyon : Entre fascination et malaise, une expo pour voir le corps humain autrement

SCULPTURE L’exposition « Hyperréalisme – Ceci n’est pas un corps », présente des œuvres hyperréalistes autour du corps humain, provoquant des émotions contradictoires

Jennifer Lesieur
TEMPORA
  • La nouvelle exposition de la Sucrière (Lyon 7) est consacrée à des sculptures hyperréalistes d'artistes internationaux.
  • Parmi eux, le Français Fabien Mérelle se représente lui-même dans ses œuvres.
  • Sa technique irréprochable lui a permis d'aller au-delà de la représentation exacte du réel, pour ouvrir la porte à l'imaginaire et au rêve.

Adresser la parole à un mannequin, ça fait se sentir un peu bête. Sauf à la Sucrière (Lyon 7). Dans l'exposition « Hyperréalisme - ceci n'est pas un corps », plusieurs œuvres sont si saisissantes de réalisme qu’elles peuvent faire planer le doute. Ouvriers assis, baigneuses en bikini, couple enlacé ou femme âgée tenant un nourrisson surprennent, émeuvent, choquent parfois. Le visiteur fasciné scrute le grain de peau, les rides, la pilosité des personnages de Sam Jinks. Avant de sourire devant le nourrisson géant de Ron Mueck, et de reculer devant les membres verdâtres de Berlinde de Bruyckere…

Quand l'artiste se prend comme modèle

Parmi les artistes exposés se trouve un Français, Fabien Mérelle, 41 ans. Comme plusieurs de ses confrères hyperréalistes, il est lui-même le modèle de son personnage récurrent. « Comme je n’avais pas de place pour travailler en atelier quand j’étais aux Beaux-Arts, à Paris, je me suis retrouvé dans mon salon, avec seulement sous la main ce type en pyjama ! » raconte-t-il. « Ça a été l’occasion, sans crainte de vexer personne, d’appréhender ma propre image, et aussi d’en rire. »

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L’une de ses sculptures, en bois, le représente auréolé d’oiseaux. L’autre, en bronze, le montre couché, la partie inférieure du corps transformée en tronc d’arbre débité. Chez Fabien Mérelle, l’hyperréalisme est teinté de poésie, directement inspiré « des pensées magiques de l’enfance », mais aussi « d’une forme de dérision : c’est le moteur de mes émotions et de mes réflexions », confie l’artiste.

Dépasser le réel pour atteindre le rêve

S’il réalise, dans son atelier de Tours, des sculptures hyperréalistes, Fabien Mérelle est conscient que la vie est impossible à falsifier vraiment. « L’hyperréalisme, ça raconte la vie au plus près, et ça montre à la fois qu’on n’y arrivera jamais. On parvient à une forme d’étrangeté, qui peut être assez belle, mais qui peut aussi se rapprocher de la mort. Parce qu’un corps qui n’est pas un vrai corps, qu’est-ce que c’est ? » Le travail de Fabien Mérelle dépasse la représentation matérielle du corps, limitée, pour aller vers l’onirisme, et c’est là que l’exposition dépasse à son tour le tour de force technique.

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L’art est un subterfuge qui permet de donner vie à ces corps, justement parce qu’elles sont au-delà du réel. « L’art permet de faire des choses qui dans la vraie vie ne sont pas possibles, de se raconter une autre histoire », poursuit l'artiste. « Ce qui rend les choses hyperréelles, ce n’est pas quand on montre tout, mais quand on donne une amorce pour que le spectateur puisse imaginer quelque chose de plus. » Son travail sur le silicone, qui est une matière très proche de la peau, lui a confirmé « l’intérêt de raconter ce trouble-là, cet effort vain de se rapprocher de la création, cette forme d’inachevé. Plus on a envie d’aller vers la représentation du réel, plus elle nous échappe, et c’est très beau. »

Quand il se retrouve face à son double de bois, de bronze ou de papier, Fabien Mérelle aussi ressent le trouble du visiteur : « Ce n’est pas toujours agréable ! Se voir sous toutes les coutures, c’est comme entendre sa propre voix enregistrée. Mais c’est une matière extrêmement intéressante quand on fait le pas de côté qui permet de regarder son propre corps avec un peu d’humanité. »