« Même si elle est parfois rattrapée par la réalité, la satire a toujours un coup d'avance », assure Pablo Mira

« 20 MINUTES AVEC » Pablo Mira sort le livre « Pour une France plus mieux », qui vaut pour vraie fausse candidature à la présidentielle et, surtout, qui reprend son personnage de réac développé sur scène, à la radio et à la télé

Propos recueillis par Vincent Jule
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Pablo Mira fait sa meilleure tête de moins pire des présidents pour « 20 Minutes »
Pablo Mira fait sa meilleure tête de moins pire des présidents pour « 20 Minutes » — Olivier Juszczak / 20 Minutes
  • Tous les vendredis, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous 20 Minutes avec…
  • L’humoriste et à peu près candidat Pablo Mira sort le livre Pour une France plus mieux chez Flammarion, avec 125 mesures pour sauver le pays, ou, au pire, le faire rire. Il y reprend son personnage de réac qu’il a développé et fait évoluer à la radio, à la télé et sur scène.
  • Ne loupez pas l’hilarant format En deux-deux sur sa chaîne YouTube, où il résume « à sa manière » sujets d’actualité ou de pop culture… mais en deux-deux.

Il est partout, et tant mieux. A la télévision, dans Quotidien sur TMC, à la radio sur France In… ah non sur RTL et Les Grosses têtes, sur scène et en tournée avec son one-man-show, sur les internets avec le podcast 168 et le génial En deux-deux, et maintenant en libraire avec non pas un mais deux livres. Le premier, Pourquoi vous faisez ça ? (Frist Editions), est sorti en septembre dernier, que voilà déjà le deuxième, qui vaut également pour une candidature à la présidentielle : Pour une France plus mieux (Flammarion).

Avant qu’il ne devienne « le moins pire des présidents », 20 Minutes s’est entretenu avec le vrai faux candidat, humoriste, chroniqueur, qui « a peur de faire la saison de trop, même deux saisons trop tôt » et à cause de qui, ne l’oublions pas, notre vie ressemble parfois un peu trop au Gorafi.

Avant d’être humoriste, chroniqueur et (faux) candidat à l’élection présidentielle, vous étiez… journaliste !

Oui ! J’ai fait du journalisme après le Bac, en radio d’abord, puis à la télé, en agence de presse. J’ai enquêté pour des documentaires, réalisé des sujets conso pour France 5. Mais au bout d’un moment, j’en ai eu un peu marre. C’était intéressant intellectuellement, mais cela me correspondait moins que l’humour. En 2012, j’ai rencontré Sébastien Liebus, qui est vraiment à l’origine du Gorafi, et on s’est associés pour développer une satire peu présente en France.

Il y avait The Onion aux Etats-Unis, The Daily Mash au Royaume-Uni, El Mundo Today en Espagne, mais rien en France. C’est un style de satire très particulier, où la forme doit être parfaitement réaliste et le décalage se fait sur le fond. Or, nous sommes tombés au bon moment, au bon endroit, avec le bon style de satire. Même si on a ramené chacun un peu de notre personnalité, de notre humour. Moi, j’étais à fond sur les Guignols, Groland, South Park ; Sébastien, plus sur L’Os à moelle, de Pierre Dac.

Le Gorafi est aujourd’hui entré dans l’inconscient collectif, le langage courant.

Cela rend tout de suite humble et modeste, car ce n’est pas du tout des choses que tu peux contrôler. Notre envie était d’abord de se marrer, sans aucune autre ambition, surtout pas commerciale ou économique. Mais ça a pris assez vite, avec un point de bascule en termes d’audience et de viralité au bout de six mois. C’est devenu notre boulot à plein temps à partir de janvier 2013.


Près de dix ans après, peut-on dire que la réalité a rattrapé la satire ?

On peut le dire de certaines news, notamment dans les rubriques insolites des médias, ou encore de certaines personnalités. Mais la satire a toujours un coup d’avance, et tant mieux. Aux Etats-Unis, il y a bien sûr eu Donald Trump, un vrai cas d’étude sur comment tu fais pour être excessif quand le Président l’est déjà. En France, tu as un peu Eric Zemmour. Cela met des challenges, mais l’imaginaire reste plus fort que la réalité.

Est-ce plus difficile de faire de l’humour aujourd’hui ?

Non. En vrai, je ne trouve pas ça forcément plus difficile. Il faut peut-être plus composer avec la réaction des gens. Mais j’ai remarqué, après 10 ans dans le métier, qu’il y a une prime à l’étiquette. Si tu es installé dans le paysage comme un comique qui fait de l’humour noir, qui taquine, qui choque, plus tu es toléré. Comme Laurent Baffie à l’époque de Tout le monde en parle. Il était dans son rôle de sniper, et on acceptait des choses de lui qu’on n’accepterait pas d’un autre humoriste. De même, Jérémy Ferrari peut y aller dur dans ses sujets comme dans ses vannes, mais ça passe parce qu’il est installé depuis maintenant 10-15 ans. Moi, je commence aussi à me faire ma place dans la satire acide, corrosive. Je peux aller un peu plus loin qu’avant, mon public me connaît, voit l’esprit que je développe, tolère plus de choses.

Comment avez-vous trouvé votre personnage de réac, décliné sur scène, à la radio et à la télé ?

Le réac est né officiellement sur France Inter, dans l’émission Si tu écoutes, j’annule tout de Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, devenue ensuite Par Jupiter ! A l’origine, il était plutôt un réac économique, un bon gros libéral, sur le modèle des éditorialistes à la BFM et RMC, genre Eric Brunet ou Christophe Barbier. Je l’ai ensuite un peu macronisé, et dernièrement zemmourisé et pascalpraudisé, car ce sont les deux figures politique et médiatique qui ont émergé et qui attirent l’attention. Ils posent aussi la question de savoir si la sphère médiatique est en train de se droitiser, voire de s’extrême-droitiser. Des gens le disent, et moi aussi, j’en ai l’impression.

Après l’avoir développé à la radio, j’ai amené ce personnage réac, tendance droite extrême ou extrême droite, au théâtre, sur une idée de Thomas VDB. Enfin, il est arrivé cette année dans Quotidien avec la chronique La Réac' du réac, après deux saisons de la revue de presse des haters. Cela me paraissait intéressant, avec l’élection présidentielle, de raconter cette pensée réac.

Et maintenant un livre et une candidature « Pour une France plus mieux » ?

C’est une année avec un enjeu, et j’ai des propositions. Dans le livre, il y a 25 thématiques, avec, à chaque fois, cinq propositions. Et je pense que certaines sont bonnes. Comme le port du bouc obligatoire pour les militaires, pour imposer le respect. Même pour les femmes. Ça fait réfléchir. Pour les femmes, toujours, je propose une paire de chaussures offertes pour chaque agression sexuelle. Voilà voilà.

Avec ce personnage, il y a des idées très cyniques, réactionnaires, et d’autres complètement folles. Le mec est d’un pragmatisme à toute épreuve. Pour le pouvoir d’achat, il préfère investir dans la recherche de trésors cachés. Avec détecteurs de métaux et tout. Pra-gma-tique.

Pablo Mira
Pablo Mira - Olivier Juszczak / 20 Minutes

Pierre-Emmanuel Barré sort aussi un livre, « En route ! Mon projet pour sauver la France », Guillaume Meurice se « présente » à l’élection et recrute ses ministres… Les humoristes partent à l’assaut de la présidentielle.

Parce que nous n’avons aucune inspiration ? ! (rires) En vrai, quand tu fais des vannes sur la politique, c’est un incontournable, c’est le jeu. Mais je tiens à dire que mon livre est meilleur que celui de Pierre-Emmanuel Barré. Vous pouvez lui dire à cette pourriture. Je l’ai feuilleté son livre. Déjà les pages, elles sont désagréables au toucher. Et le mien est moins cher. Pour 10€, t’as des propositions pour la France simples mais d’une qualité exceptionnelle. Elles sont les pizzas napolitaines de la démocratie.