« J’ai écrit "Déhanche" avec une forme de colère », confie Julie Zenatti

INTERVIEW La chanteuse, qui a hâte de pouvoir enfin défendre sur scène son album « Refaire danser les fleurs » sorti il y a un an, a répondu aux questions de « 20 Minutes » sur ses sources d’inspiration… et l’Eurovision

Propos recueillis par Fabien Randanne
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L'autrice, compositrice et interprète Julie Zenatti.
L'autrice, compositrice et interprète Julie Zenatti. — DR
  • A quelques jours de son concert au Trianon, à Paris, le 6 février 2022, Julie Zenatti a accordé une interview à 20 Minutes.
  • « Cela représente le début de l’histoire de mon dernier album, Refaire danser les fleurs, sorti il y a un an. Je vais enfin pouvoir le partager sur scène et se dire qu’on va pouvoir partir en tournée est un vrai soulagement », déclare-t-elle.
  • Au sujet d’une éventuelle participation à une sélection pour l’Eurovision, elle répond : « Si je n’étais pas sélectionnée ou si je ne gagnais pas, je crois que ça me rendrait très triste. Je crois que je ne suis pas un cheval de compète, j’ai toujours dit que j’étais un cheval de trait. »

Julie Zenatti sera dimanche en concert au Trianon, à Paris. Une date que l’artiste attend avec hâte. « Cela représente le début de l’histoire de mon dernier album, Refaire danser les fleurs, sorti il y a un an. Même si j’ai eu quelques prémisses en juin à La Cigale, je vais enfin pouvoir le partager sur scène et se dire qu’on va pouvoir partir en tournée est un vrai soulagement. J’ai envie qu’il symbolise la fin d’une période, qui n’était pas fun pour tout le monde », explique-t-elle.

« Refaire danser les fleurs » convoque des sonorités de la variété française des années 1970 et 1980. Vous avez été inspirée par une certaine nostalgie ?

L’envie, au départ, de façon très égoïste, était d’abord de me faire du bien. France Gall, Michel Berger, Véronique Sanson, Françoise Hardy, Serge Gainsbourg, Daniel Balavoine… c’est vraiment la musique de mon enfance. Quand j’ai commencé à faire mes premières chansons, les premières inspirations mélodiques, les premières harmonies qui sont arrivées sur mon piano étaient dans cette couleur-là. Comme c’était à un moment où j’avais besoin de réconfort, ces harmonies m’ont fait du bien. J’ai continué à créer ce disque avec l’idée qu’il puisse être un doudou pour les gens.

Ces derniers mois, Juliette Armanet ou Clara Luciani sont allés piocher pour leurs albums respectifs dans ces sonorités et cette chanson française-là. Cette tendance musicale s’explique-t-elle selon vous par quelque chose de générationnel ?

La première qui a fait ça, c’est Juliette Armanet avec son premier album [Petite Amie en 2017]. Elle a revendiqué cette influence chanson. Je suis un peu plus âgée qu’elle, mais c’est vrai qu’on est des jeunes femmes des années 1980. Mon album est sorti le 22 janvier 2021 et c’est vrai que, depuis il y a eu d’autres disques, comme celui de  Clara Luciani ou de  Janie, très inspirés de Berger, Gall, Sanson… chacune avec leur personnalité. Je pense qu’il y a quelque chose de liée à la génération, mais cela tient également à la facture musicale d’une grande noblesse et à l’écriture de ce qu’est la variété. C’est vraiment lié aux années 1970, 1980, c’est à dire à de la musique très riche harmoniquement, qui arrive à mélanger de la mélancolie avec un regard combatif. C’est aussi lié à la période. Je ne pense pas que ce soit une histoire de mode mais plutôt de mood [d’humeur]. On a tous besoin d’être rassurés par des choses qu’on a l’impression de connaître, d’avoir déjà entendues et, en même temps, on veut regarder l’avenir de manière résistante, combative, sans concession.

« Déhanche », dont vous venez de dévoiler le clip, allie justement une certaine mélancolie avec une injonction à aller de l’avant…

Je l’ai écrite en septembre. Je venais de faire mes premiers concerts liés à Refaire danser les fleurs. On avait déjà subi beaucoup de reports et d’annulation. Les perspectives redevenaient lointaines, cela me faisait beaucoup de peine. J’avais envie d’entrer dans le vif du sujet, d’aller à la rencontre des gens, de raconter ce disque face à un public. J’ai écrit Déhanche avec une forme de colère. C’est une des rares chansons où j’ai mis une certaine rage, c’est-à-dire ce sentiment de ras-le-bol que j’ai beaucoup eu pendant le confinement. J’ai la chance d’avoir une vie cool, je n’ai pas à me plaindre, je ne suis pas tombée malade, je n’ai perdu personne pendant cette pandémie. Je ne me sentais pas légitime à dire « J’en ai marre, je n’en peux plus, c’est trop difficile de vivre avec cette angoisse latente, les infos de plus en plus anxiogènes, etc. » J’ai trouvé le moyen d’exprimer tout ça à travers cette chanson qui m’a permis de légitimer ma colère de façon plus générale en disant : « Allez, on en est peut-être maintenant aux braises, alors dansons sur les braises, peut-être qu’on va pouvoir reconstruire quelque chose à partir de là. »


Cette chanson serait éligible pour l’Eurovision. Je plaide coupable : j’ai évoqué cela dans un tweet qui m’a un peu dépassé…

Je vous avoue que j’ai refusé plusieurs fois de faire l’Eurovision. Pas du tout par snobisme mais par trouille. Je suis assez peureuse et le principe du concours est quelque chose qui m’angoisse, je le prends très personnellement. Si je n’étais pas sélectionnée ou si je ne gagnais pas, je crois que ça me rendrait très triste. Je crois que je ne suis pas un cheval de compèt', j’ai toujours dit que j’étais un cheval de trait. Je vais tout doucement. J’ai vingt ans de carrière, j’ai eu mes moments de lumière, d’autres plus sombres, j’y suis toujours allée avec une grande honnêteté artistique. C’est vrai que quand j’ai vu arriver ce truc-là sur mon fil Twitter, j’étais quelque part flattée parce que l’Eurovision est une super émission, d’autant plus depuis quelques années. Mais j’aurais tellement peur de décevoir.

L’Eurovision est avant tout un concours de chansons. Le principal n’est-il pas de surtout faire la meilleure prestation possible, d’être cohérente avec soi-même ?

Oui, en vrai, je crois que c’est la première fois que je suis si flattée parce que c’est une chanson que j’ai coécrite, donc je suis très heureuse qu’elle ait réveillé des envies de grande fête. C’est la première fois qu’on ne me parle pas de l’Eurovision en me disant « Tu chantes super bien, on va te trouver une bonne chanson et tu vas y aller » – c’était comme ça quand on me l’a proposé dans le passé. Là, c’est basé sur de l’artistique, donc quelque part, ça me laisse tangente.