Victoires de la musique 2022 : Pourquoi « Respire encore » de Clara Luciani sera la chanson de l'année

TUBE Nommée à la 37e cérémonie des Victoires de la musique, « Respire encore » peut être sacrée « chanson originale » de l’année si les votants et les votantes ont le cœur à la danse

Fabien Randanne
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Clara Luciani, le 20 novembre 2021, sur la scène des NRJ Music Awards, à Cannes.
Clara Luciani, le 20 novembre 2021, sur la scène des NRJ Music Awards, à Cannes. — JP PARIENTE/NMA2021/SIPA
  • La 37e cérémonie des Victoires de la musique se tiendra le vendredi 11 février sur France 2 et France Inter, en direct de la Seine musicale.
  • Avant cette grande soirée, « 20 Minutes » vous propose de (re)découvrir chaque jour l’une des cinq « chansons originales » nommées.
  • Après Orelsan et son Odeur de l'essence, place à Respire encore de Clara Luciani, hymne à la fête et à la liberté recouvrée.

Couvrir l’actualité musicale offre certains privilèges. Avoir accès aux nouveaux albums plusieurs semaines avant leur sortie en est un : il y a le plaisir brut de la découverte en avant-première et celui de la curiosité aiguisée prête à être satisfaite. Il y a aussi ces instants rares, donc particulièrement magiques, où une chanson s’impose à nous. Comme une évidence. Elle nous parle.

C’est ce qui m’est arrivé avec Respire encore de  Clara Luciani. J’ai éprouvé un coup de foudre. Pour sa sonorité disco convoquant l’âme d’une Dalida eighties, la petite embardée chorale qui accroche l’oreille et se répercute sur les mouvements de hanches… Car, oui, j’ai dansé. Dès la deuxième écoute. Puis lors de la troisième, de la quatrième et ainsi de suite.

Vive le télétravail qui permet de donner libre cours aux chorégraphies improvisées dans le salon – au milieu de l’open space de 20 Minutes, ma joie aurait sans doute été gâchée par les regards circonspects et moqueurs de certains collègues.

La bamboche !

C’était en plein mois de mai, je revenais d’un Eurovision néerlandais en mode confiné, et à travers le lien d’écoute, Clara Luciani a dégoupillé sa grenade : « Il faut qu’ça bouge, il faut qu’ça tremble, il faut qu’ça transpire encore. Dans le bordel des bars le soir, débraillés dans le noir, il faudra réapprendre à boire, il faudra respirer encore. » Et vas y que je tournoie, les cheveux lâchés, me téléportant mentalement sur une piste de danse sous-éclairée, entouré de buveurs et de buveuses de pintes, brûlant mes calories dans des gestes saccadés. La bamboche, quoi !

Quand j’ai interviewé Clara Luciani début juin, je me suis bien gardé de mentionner mes prouesses chorégraphiées mais j’ai quand même lâché : « Respire encore, c’est le tube de l’été ! » « Ah ben, j’aimerais bien ! », a-t-elle rigolé, laissant imaginer le grand sourire qui se déployait sous son masque.

Le 11 juin, jour de la sortie de l’album Cœur, la chanson, portée par un clip émancipateur, a été exploitée en deuxième single, prenant le relais du Reste («je te le laisse aaah haaan »). Une dizaine de jours plus tard, 20 Minutes, qui avait appelé les internautes à  désigner le morceau qui serait la bande-son de leur été, rendait son verdict. Respire encore figurait parmi les plus cités. « On a envie de chanter et de danser, de perdre le souffle avec ses deux refrains enchaînés, comme si respirer ensemble était la seule chose qui comptait en 2021. Cette chanson a sauvé ma santé mentale et respire bon le renouveau », témoignait Jean-Daniel, donnant l’impression de m’ôter les mots de la bouche.

Single d'or

Depuis, sur YouTube, le clip a dépassé les 8.5 millions de visionnages et les 54.000 j’aime et la chanson a été certifiée fin décembre single d’or par le Snep avec 15 millions d’équivalents streams. Tube confirmé.

Retour à l’interview du mois de juin. Clara Luciani voyait « un bon alignement des planètes » dans le lancement de Cœur à l’aube de l’été. « Vous savez, une sortie de disque se décide trois mois en amont et, il y a trois mois [en mars 2021], il n’était pas trop question de déconfinement. On voyait arriver tous les variants et on se disait qu’on allait être encore enfermés jusqu’à Noël. Mon album sort vendredi [11 juin], on est dans une période où on gagne en légèreté, où on retrouve un peu nos libertés, alors j’essaye de trouver des signes dans tout ça, de me dire que c’est beau et que, même si ce n’est pas la fin du couvre-feu, il sera repoussé à 23 h la veille de la sortie de Cœur. Ça tombe bien parce que c’est un disque solaire et dansant et il serait peut-être tombé comme un cheveu sur la soupe si on était restés enfermés. »

Relire ce verbatim en février 2022 a quelque chose de vertigineux tant il en dit long sur la manière dont ces dernières années nous ont secoués et combien on oublie facilement la chronologie des confinements et des couvre-feux (comment ça, on ne pouvait plus sortir après 23 heures mi-juin ? ! ?).

« C’est drôle, je suis en train d’écrire une chanson sur nous tous »

Respire encore, son message fédérateur sur l’activité reprenant après « l’immobilité forcée », n’en trouvait qu’un écho plus retentissant. Le comble, c’est que cette chanson, au départ, était censée traiter de tout autre chose. « Elle n’était pas du tout ce qu’elle est devenue, confiait Clara Luciani à 20 Minutes. Je voulais parler d’une femme qui finit par se libérer d’une relation nocive et qui, petit à petit, récupère ses droits sur sa propre vie et retrouve l’envie de sortir, boire, séduire, danser… Au moment où je travaillais sur le refrain, je me suis dit : "C’est drôle, je suis en train d’écrire une chanson sur nous tous et la situation qu’on vit actuellement". On n’est pas dans une relation toxique, mais on est enfermés pour d’autres raisons et on attend tous de regagner nos vies et de retrouver notre liberté. »

C’est donc un peu malgré elle que Clara Luciani a capté l’air du temps et c’est sans doute cette inspiration spontanée, naturelle, qui fait de Respire encore une évidence et une chanson qui a d’ores et déjà marqué notre époque, lui donnant un nouveau souffle.