Musique : De Grigny à Times Square, l'ascension éclair de Ronisia, nouvelle étoile du R'n'B

MUSIQUE Après l’énorme succès de son single « Atterrissage », la chanteuse dévoile son tout premier album ce vendredi

Clio Weickert
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La chanteuse Ronisia sort son premier album.
La chanteuse Ronisia sort son premier album. — KORIA
  • Ronisia sort son premier album ce vendredi.
  • Originaire de Grigny, la chanteuse de 22 ans connaît une ascension éclair dans la musique.
  • 20 Minutes a rencontré cette jeune artiste discrète mais déterminée à se faire une place dans le R’n’B.

L’agitation est palpable quand nous rencontrons Ronisia ce mercredi après-midi, à quelques heures de sa release party dans un studio privé du 20e arrondissement de Paris. Une foule s’affaire pour préparer le lieu où le soir même la chanteuse de 22 ans lèvera le voile sur son premier album, qui sort officiellement ce vendredi. Un espace ludique parsemé d’animations de fête foraine, jeux de punching-ball ou stand de barbe à papa. En mezzanine, dans une petite loge, Ronisia se fait discrète. « Je ne veux pas regarder en bas car ça me stresse », glisse-t-elle doucement avant notre entretien.

Malgré ses millions de vues sur YouTube, ses premières parties d’artistes de renom comme Burna Boy ou l'écran géant qui affichait son visage sur Times Square en décembre dernier, l’artiste de R’n’B se fait toute petite, comme intimidée par le succès fulgurant de sa jeune carrière. Affable et modeste, elle observe encore avec étonnement sa notoriété grandissante.

« J’ai commencé à avoir de la visibilité pendant le confinement mais je ne me rendais pas forcément compte de l’impact que j’avais eu, explique-t-elle. C’est après, en en sortant, que les gens se sont mis à me reconnaître et à me demander des photos. Il y a eu un changement brutal mais ça n’a été que du kif. » Et l’ascension est loin d’être terminée pour Ronisia.

« La musique était une activité à côté, je ne me voyais pas en faire mon métier »

Il y a quelques années encore, la jeune femme originaire de Grigny, dans l’Essonne, était loin de se douter du tournant que prendrait sa vie. « A la base je chantais avec mes copines, dans la salle de bains, chez moi, pour le plaisir, raconte-t-elle. La musique pour moi c’était une activité à côté, je ne me voyais pas en faire mon métier. » Après des études dans le secteur du médico-social et une formation d’éducatrice spécialisée, elle travaille avec des jeunes en situation de handicap dans un institut médico-éducatif à Evry. Pour s’amuser, elle chante parfois sur la petite scène d’une MJC de sa ville où elle se retrouve souvent avec ses amies. « C’est mon entourage, mes proches, mon producteur que je connaissais d’avant, qui m’ont encouragée. Ils m’ont dit d’essayer, moi je ne voulais pas trop car je me disais que tu devais être exposée, que tu n’avais plus de vie privée… »

Malgré l’appréhension (« j’étais hyper stressée à l’idée d’aller en studio et de voir ce que ça allait rendre », dit-elle), Ronisia tente sa chance. On est en 2019 et la jeune femme a tout juste 19 ans. Elle dévoile les titres Parano et Désolée, mais c’est Atterrissage en 2020, qui est son premier grand succès. La chanson est reprise sur TikTok et les challenges du réseau social, obtient une certification de single d’or et cumule à ce jour plus de 50 millions de vues sur YouTube. « Quand il y a eu l’engouement autour de ce morceau je me suis dit que c’était sérieux et que ça pouvait peut-être devenir mon métier. Puis il y a eu la signature en maison de disques et là j’ai commencé à réaliser », se remémore-t-elle.

Des histoires d’amitié et d’amour

Dès lors les succès s’enchaînent, à l’image de Jolie Madame, son duo avec Joe Dwèt Filé ou encore Comme moi avec Tiakola, qui figure sur l’album qu’elle dévoile ce vendredi. On y retrouve aussi des duos avec le rappeur Ninho ou la chanteuse Eva. Un premier opus qui porte son prénom et que la chanteuse présente comme « une carte de visite ». « C’est un projet qui est censé définir mon univers et mon style musical », explique-t-elle. Son style ? Une musique R’n’B aux influences musicales multiples, qu’elle puise autant du côté des sonorités afro-carribéennes que des Etats-Unis avec des artistes comme Rihanna, Beyoncé ou Kehlani, avec qui elle rêve de faire un feat. On y retrouve aussi ses origines capverdiennes, notamment dans le très beau titre Nha Terra qu’elle chante en français et en créole portugais.

Au fil des chansons, se décline le thème de l’amitié, fondamentale pour Ronisia. « Mes copines ce sont des personnes avec qui j’ai grandi, ce sont limite des sœurs, affirme-t-elle. Elles ont participé à toute l’élaboration de mon projet de A à Z, elles ont été un soutien. A des moments je n’étais pas forcément très bien mais elles étaient là, elles m’ont remotivé avec des mots, des gestes. » Très soudées, elles ont même accepté de participer à des petites vidéos promotionnelles intitulées Ronisia and Friends, qui dévoilent depuis plusieurs semaines le premier album de leur amie et son univers. « Ça permet aussi au public de voir avec qui je traîne, peut-être que ça l’intéresse de voir comment on est dans la vie de tous les jours. En général les gens aiment bien savoir qu’ils peuvent te connaître un petit peu plus », estime la chanteuse.

L’amour aussi y trouve une belle place, avec des morceaux comme Sombre ou On s’emballe. « C’est universel, c’est le thème qui me parle le plus et avec lequel je me sens le plus à l’aise. Je ne vais pas me forcer à parler de politique, en tout cas je ne me sens pas encore à l’aise d’en parler dans mes chansons, peut-être que dans deux ans ce sera le cas », réfléchit la jeune femme. Concernant le sentiment amoureux, elle reste néanmoins pudique et préfère ne pas répondre lorsqu’on lui demande dans quelle mesure ses chansons s’inspirent de sa vie personnelle. « Je préfère laisser le doute aux gens et deviner à quel moment je parle de moi… », élude-t-elle timidement.

« La musique n’est plus juste une activité, c’est devenu mon métier »

Réservée, Ronisia est aussi une jeune femme déterminée. Dans Money, premier titre de l’album, la chanteuse affirme sa volonté d’indépendance et ses ambitions. « La musique n’est plus juste une activité, c’est devenu mon métier. Forcément l’argent rentre en compte, te dire que je n’y pense pas, ce serait faux. Mais je remarque que les gens peuvent avoir peur d’en parler, les femmes en particulier. Dans la musique quand elles parlent d’argent on les voit comme des matérialistes, alors que les garçons en parlent tout le temps mais on ne leur en veut pas. On ne m’attend peut-être pas là-dessus mais c’est moi, c’est la vérité et c’est sincère », explique-t-elle. Ronisia se rêve aussi à mener une carrière comme celle de  Rihanna, qu’elle admire : « Je kifferais être une égérie pour une marque comme elle, ou même créer ma propre marque. Ce que Rihanna représente dans l’univers de la musique, du business… Même politiquement je trouve qu’elle est vachement engagée. C’est l’exemple même de ce que j’ai envie de réussir à faire ».

Récemment, la jeune chanteuse a été exposée en plein Times Square, où la plateforme Spotify l’a projetée sur grand écran dans le cadre de son programme Equal qui offre de la visibilité aux artistes féminines. « J’étais hyper fière ! Et en même temps c’est un peu de pression, je me suis dit que je faisais partie du peu d’artistes qui ont pu y être affichées, il faut assurer derrière. Mais c’est un truc de ouf de mettre en avant des femmes sur Times Square, je trouve que c’est une bonne initiative », se réjouit-elle, avant de poursuivre. « Dans beaucoup de milieux il n’y a pas assez de femmes ou elles ne sont pas assez reconnues et mises en avant. La musique est un milieu majoritairement d’hommes et je me dis que si on arrive à s’imposer et à s’exporter au-delà de la France ce n’est que du positif. »

Si la carrière de Ronisia semble bien engagée, quelques défis l’attendent. Apprendre à ne plus prendre les choses à cœur et être moins sensible aux regards des autres. Elle va aussi prochainement rencontrer son public lors de ses premiers concerts. « J’ai hâte mais je suis stressée, confie la chanteuse. J’ai fait des premières parties mais ce n’est pas la même chose, là je vais passer plus d’une heure avec eux, on va chanter ensemble, on va se regarder, se parler… Là les gens viennent pour toi. »