« Traverser l’existence » : Igit envoie valser le « C’était mieux avant » et célèbre le temps qui passe

CHANSON FRANCAISE L’auteur, compositeur et interprète, révélé au grand public dans « The Voice » en 2014, sort un nouvel EP, « Traverser l’existence » ce vendredi

Fabien Randanne
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L'auteur, compositeur et interprète Igit.
L'auteur, compositeur et interprète Igit. — Bastien Burger
  • Traverser l’existence, le nouvel EP d’Igit, est sorti le vendredi 21 janvier 2022.
  • Le temps qui passe est le sujet commun à toutes les chansons de cet opus.
  • Igit exorcise la nostalgie par l’optimisme. « Je voulais parler aux gens qui m’entourent, qui ont à peu près mon âge, et apporter une vision optimiste, dire que rien n’est grave, explique-t-il à 20 Minutes. Il y a parfois une angoisse de laisser derrière les jeunes années, celles où on se marre le plus. Il faut se mettre à imaginer qu’il y a autant de belles choses qui nous attendent. »

Le temps qui passe a inspiré à la chanson française des chefs d’œuvre anxiogènes. Souvenez-vous, à cause de lui, chez Léo Ferré, « on oublie les passions et l’on oublie les voix », tandis que Serge Reggiani s’accrochait au sablier dans Le Temps qui reste en s’interrogeant : « Des années, des jours, des heures, combien ? »

Igit creuse le même sillon, mais à contre-courant : dans les cinq morceaux de Traverser l'existence, son EP, qui sort ce vendredi, le chanteur  révélé au grand public dans The Voice en 2014, évoque la perspective de l’inéluctable mais l’optimisme chevillé à sa voix rocailleuse. « Les envies de bohème sont plus belles à 40 ans », clame-t-il dans les paroles de… Le Temps qui reste.

« Parfois, je me surprends à être adulte »

L’auteur, compositeur et interprète atteindra ses 38 printemps cet été, mais vit déjà sa crise de la quarantaine. Toutefois, l’introspection ne le mène pas au désarroi mais à la sérénité. « Je ne m’estime pas vieux, mais entre les deux. Je reste très adolescent dans ma tête, c’est ce qui me permet de voir les choses passer avec distance. J’ai la chance d’avoir réalisé mes rêves de gamin. J’écris des chansons depuis que j’ai 5 ans, je suis celui que je voulais être. Parfois, je me surprends à être adulte », confie-t-il à 20 Minutes.

Un sentiment qu’il résume dans L’enfant, le vieux et moi, où il se décrit comme « Trop jeune pour faner, trop vieux pour refleurir » et confie son envie de dire « bonjour au vieil homme qui s’impatiente en [lui] » car « il faut savoir vieillir. »

« Je voulais parler aux gens qui m’entourent, qui ont à peu près mon âge, et apporter une vision optimiste, dire que rien n’est grave, reprend-il. Il y a parfois une angoisse de laisser derrière les jeunes années, celles où on se marre le plus. Il faut se mettre à imaginer qu’il y a autant de belles choses qui nous attendent. »

« Toute triche était devenue impossible »

A travers Belle époque, il oppose un pied de nez aux discours passéistes du « C’était mieux avant ». « Souviens-toi, l’Afrique derrière les barreaux, bois de Vincennes, c’était pas beau, la Belle époque… », chante-t-il, faisant référence aux  zoos humains des expositions coloniales parisiennes d’il y a cent ans. Et au final, le texte rappelle qu’aujourd’hui est le « avant » de demain.

Sur l’émouvant Qu’on me rappelle, il chante à la première personne ce qui pourrait être les paroles d’une personne âgée à l’agonie : « Qu’on me débranche enfin, que j’embrasse cette fatigue qui me fait les yeux doux. » Là encore, le refrain se fait balsamique – « Mais avant, sans vouloir déranger, qu’on me rappelle Les feuilles mortes » – tandis que résonnent quelques notes de la mélodie de Vladimir Cosma.

Piano, violon et contrebasses, les orchestrations de chacun des morceaux de Traverser l’existence font dans l’épure. « Je voulais que le fond colle avec la forme, avance Igit. On a tendance à avoir une approche très chirurgicale de la musique aujourd’hui, on ne laisse plus passer les erreurs et les imprécisions qui sont pour moi le sel de la vie. On n’a pas utilisé de tempo prédéfini à l’enregistrement des chansons pour avoir quelque chose de plus brut et de plus honnête possible dans l’interprétation. Toute triche était devenue impossible. »

Défi relevé, il y a sur cet EP, qui assume son héritage de la chanson française tout en s’inscrivant bien dans son époque, quelque chose d’intemporel.