« Windjammers », « Streets of Rage », « Tortues Ninja »... Dotemu, le studio français qui ressuscite les sagas cultes

JEU VIDEO Après « Wonder Boy III » et « Streets of Rage 4 », le studio Dotemu sort jeudi la suite d’une autre licence culte, le jeu de frisbee fun et fou « Windjammers »

Vincent Jule
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Windjammers
Windjammers — Dotemu
  • Le jeu de frisbee Windjammers 2 sort jeudi sur consoles, PC et Xbox Game Pass, il s’agit de la suite du jeu culte des années 1990 sur arcade et Neo Geo.
  • Le studio français Dotemu est derrière ce revival, comme il avait ressuscité avant les licences Wonder Boy, Streets of Rage, et bientôt Pharaon et les Tortues Ninja.
  • Son PDG Cyrille Imbert revient sur une aventure de fans pour les fans.

Après Wonder Boy et Streets of Rage, le studio français Dotemu s’attaque à une autre licence du jeu vidéo avec la sortie jeudi de Windjammers 2, suite du jeu de frisbee culte sur arcade et Neo Geo. Et ils proposeront bientôt un revival de Pharaon, un spin-off de Metal Slug, et surtout un nouveau beat’em all basé sur les  Tortues Ninja, et plus précisément sur la série animée des années 1980. Autant dire que c’est devenu leur spécialité.

« En fait, c’est dans l’ADN de la société depuis sa création en 2007, avec beaucoup d’émulations, de portages, de prestations pour d’autres éditeurs, commente l’actuel PDG Cyrille Imbert. Ce que j’ai fait à mon arrivée en 2014, c’est amplifier et diversifier le phénomène, notre savoir-faire, avec des ambitions plus fortes et créatives. Mais on reste sur le même créneau. » A savoir ressusciter des jeux et franchises aimées des fans.

Pas un simple remaster mais un vrai remake

De ce point de vue, Wonder Boy III : The Dragon’s Trap, en 2017, est une étape importante pour Dotemu, avec non pas un simple remaster mais un vrai remake, un nouveau jeu. « Ue prise de risque et les bases de notre stratégie », ajoute Cyrille Imbert : « Si un jeu est bon, qu’il a eu du succès, qu’il a encore une aura, il n’y a pas de raison pour qu’il ne soit pas toujours moderne, ou qu’il ne le devienne pas. C’était également l’occasion pour nous d’avoir un rôle de producteur exécutif en collaboration avec un studio passionné. Et non pas un studio pris au hasard. C’est même l’inverse, on demande quelle licence ils aiment, les fait rêver, voire ils viennent nous voir avec une idée en tête ».

Le choix de ressusciter Wonder Boy, et pas une autre saga, s’est fait ainsi de manière naturelle, circonstancielle. « Omar Cornut et Benjamin Fiquet du studio Lizardcube sont des fans de Sega en général, et de Wonder Boy en particulier, raconte le PDG de Dotemu. Omar avait déjà retro-engineeré tout le jeu, c’est un projet qu’il avait depuis plus de dix ans. Même chose pour Pharaon : A New Era. Le studio Triskell Interactive est venu à l’origine pour la suite de leur jeu Lethis : Path of Progress, mais pourquoi pas travailler aussi sur le city builder de leurs rêves ? Pharaon, classique de 1999. »

« Si tu es vraiment fan d’une licence, tu sais ce qu’il faut faire »

Pour Windjammers, c’est simple, tout joueur ou joueuse des années 1990 est fan de ce jeu de fribsee fun et fou de la Neo Geo. « Nous y jouions souvent sur borne d’arcade au bureau, c’est une référence du rétrogaming, original et accessible, explique Cyrille Imbert. Il a fallu trouver les ayants droit, et surtout je réfléchissais à aller plus loin que du remaster, à proposer autre chose aux fans. C’est ainsi qu’est venue l’idée d’un remaster accompagné d’une suite. Il y a juste eu plus de temps que prévu entre les deux. » Annoncé dans la foulée du premier jeu remasterisé en 2018, Windjammers 2 sort avec plus de deux ans de retard.

Développée en interne par Dotemu, cette suite devait, comme Streets of Rage 4 avant elle, concilier hommage et modernité, et réunir plusieurs générations de joueurs. Un sacré défi ? Du bon sens pour Cyrille Imbert : « Si tu es vraiment fan d’une licence, tu sais ce qu’il faut faire et ne pas faire. Tu discutes avec d’autres fans, et tu vois qu’il se dégage quelques idées phares. Qu’il ne faut pas dénaturer ce qu’ils aiment, et améliorer ce qu’ils aiment moins. Des risques sont pris, mais de manière mesurée. Il ne faut pas trahir la communauté de fans et les créateurs d’origine. Or, il y a tellement d’oeuvres qui sont refaites, rebootées, où tu te dis qu’ils n’ont rien compris. Genre les derniers Star Wars. »

Du respect et du fantasme

La philosophie de Dotemu est faite de respect de fantasme. « Quel est le fantasme des fans ? Son origine et comment le réaliser, détaille le président du studio. Windjammers est un jeu minimaliste mais parfait. Ils ont réussi en quelques mois à obtenir un gameplay et un game design impressionnants. Ça reste un Pong avec un frisbee, donc on aurait pu croire que c’était simple. Mais non, c’était un enfer, car ils ont visé hyper juste. Il a déjà fallu reproduire ce miracle. Puis le fantasme, c’est : de nouveaux persos, une histoire, un lore, un mode en ligne crossplatform, des mini-jeux, de nouvelles techniques qui viennent enrichir les anciennes… »

Dotemu n’a plus rien à prouver, et pourrait frapper à de plus grandes portes, de plus grandes franchises. Oui mais… « Certains détenteurs de franchises voient le succès de nos remakes et suites, mais ils se disent que si nous avons réussi, ils peuvent le faire eux aussi, sans nous, commente Cyrille Imbert. C’est le risque du métier. » Pour ces licences inatteignables, proposer une suite spirituelle, ou créer sa propre marque, pourrait être une possibilité, et une nouvelle étape dans la success story de Dotemu.