« Hip-hop 360 » : La Philharmonie de Paris célèbre le mouvement dans une exposition immersive

EXPO Tous les arts sont représentés (rap, graff, danse, DJ ou encore beatbox) dans l’expo « Hip-hop 360 » ainsi que toutes les générations, des pionniers à la nouvelle scène

Clio Weickert
Dee Nasty a prêté une partie de sa collection de disques pour l'exposition.
Dee Nasty a prêté une partie de sa collection de disques pour l'exposition. — C.WEICKERT
  • Depuis le 17 décembre et jusqu’au 24 juillet 2022, la Philharmonie de Paris présente Hip-hop 360.
  • Une exposition particulièrement vivante et immersive qui célèbre toutes les disciplines du mouvement, des pionniers jusqu’aux nouvelles générations.
  • Le visiteur est invité à prendre part à l’exposition et à découvrir de nombreuses œuvres et archives présentées de manière ludique.

Attention, casque audio obligatoire ! L’accessoire, fourni à l’entrée, est recommandé pour arpenter les 700 m² de l’exposition Hip-hop 360 qu’accueille la  Philharmonie de Paris, jusqu’au 24 juillet. Non pas pour y écouter un audioguide monotone, mais pour vous brancher aux multiples prises qui jalonnent le parcours et diffusent quarante ans de  rap. La musique y est partout, dans l’air, sur les photos, les pochettes de vinyles, les clips. Et elle n’est pas la seule à être célébrée puisque, comme son intitulé le laissait envisager, l’exposition met en lumière tous les arts du mouvement. Ses nombreux acteurs et actrices aussi, des pionniers dans les années 1980, comme le DJ  Dee Nasty, à la jeune génération incarnée par exemple par la rappeuse  Lala&ce.

Le graff s’expose du sol au plafond, sur des pans de tôle, des blousons ou des fresques de plusieurs mètres de long. La danse, elle, se regarde assis dans un salon devant H.I.P. H.O.P – l’émission télé présentée par Sidney dans les 80’s qui a fortement participé à populariser cette culture dans l’hexagone –, ou au centre d’une immense salle circulaire parsemée d’écrans géants. « L’idée était d’éviter une présentation trop muséale, trop figée et dénaturer le hip-hop », expliquait Marie-Pauline Martin, directrice du musée de la musique de la Philharmonie lors d’une conférence de presse à la veille de l’ouverture la semaine dernière.

L’objectif ? Raconter l’histoire du mouvement en France, « mettre l’accent sur sa créativité phénoménale » et sa « vitalité artistique ». Défi relevé avec cette exposition particulièrement vivante qui vous happe du début à la fin.

« On invite le visiteur à faire part de l’œuvre »

Dans une ambiance à la fois feutrée et festive, toutes les disciplines s’exposent les unes à côté des autres. Dans la salle consacrée aux pionniers, un tableau de l’artiste américain Fab 5 Freddy côtoie des vinyles, des photos d’archives et la vitrine dédiée à la Zulu Nation créée par Afrika Bambaataa, père du mouvement. Le tout est surplombé de rideaux de fer tagués et de trains lancés à toute vitesse, diffusés sur des écrans géants. « L’idée était de créer une harmonie et un univers hip-hop qui permette de réunir toutes ces œuvres, explique Clémence Farell, en charge de la scénographie de Hip-hop 360. Je suis assez contente car c’est un univers où les choses se répondent et où elles font partie d’un même tout. » La scénographe invite aussi le visiteur à interagir avec l’exposition. Dans une salle où s’alignent des ghetto blasters, il est invité à surfer d’une onde de radio à une autre pour (re) découvrir les émissions de  Lionel D sur Nova à la fin des années 1980 ou les premiers lives d’IAM quelques années plus tard sur Radio Grenouille.

Il peut aussi découvrir l’art du mixage, écouter une partie de la collection de disques de Dee Nasty ou s’asseoir dans la reconstitution d’une rame de métro grandeur nature regorgeant de tags. « C’est comme un tableau pour moi, du tag en 3D. Au lieu de présenter une photo, on reconstitue et on invite le visiteur à faire part de l’œuvre. Quand on fait manipuler une platine ou une table de mixage, graffiter, c’est sentir le visiteur investi lui aussi de l’univers et du contenu », estime Clémence Farell. Enfin, impossible de passer à côté de l’espace 360, immense salle circulaire où sont projetés des performances de breakdance et des concerts, de Diam’s ou de NTM, presque comme si on y était.

« Tout le monde va apprendre et découvrir quelque chose »

Outre la mise en scène, l’exposition se démarque par la richesse et la variété des objets exposés. La première partie fourmille de photos d’archives qui ont documenté le hip-hop à ses débuts avec des clichés du jeune JoeyStarr par Maï Lucas ou de la naissance du mouvement à New York immortalisé par Martine Barrat.

Une belle collection de photos raconte les débuts du hip-hop en France.
Une belle collection de photos raconte les débuts du hip-hop en France. - C.WEICKERT

On y retrouve aussi des pépites comme des vieilles mixtapes ou encore l’affiche du New York City Rap Tour en 1982 à l’hippodrome de Pantin. Prêté par un particulier, l’objet témoigne du passage en France de cette tournée majeure rassemblant des personnalités tel que le graffeur Futura 2000 ou Afrika Bambaataa. Une collection qui est le fruit d’un long travail de collaboration et de documentation avec des artistes et des collectionneurs notamment. « Ça a été très difficile de retrouver des archives HD parce qu’on se rend compte que ce n’est rangé que chez les particuliers, il n’y a pas de musée du hip-hop, explique François Gautret, commissaire de l’expo et acteur du mouvement. Mais ça bouge, ça évolue et cette exposition est là aussi pour ça. Je ne le vois pas comme un aboutissement mais comme une nouvelle marche. »

Une nouvelle marche qui relie les différentes générations du hip-hop (si les pionniers ont une belle place au début, la nouvelle scène est aussi célébrée par la suite), rassemble les multiples disciplines, mêlant archives à œuvres inédites et créées in situ, à l’instar de la fresque du graffeur Mode 2. « Dans le parcours il y a des choses pointues en termes d’histoire mais présentées d’une manière assez ludique. Je pense que différents publics peuvent être séduits par l’exposition parce que c’est accessible à tout le monde », assure François Gautret. « Un expert, un enfant, un scolaire, un mec du hip-hop, ici tout le monde va apprendre et découvrir quelque chose. Et tout le monde devrait avoir une émotion », ajoute de son côté Clémence Farell.