Chanson française : « Composer n'est jamais douloureux, c'est toujours hyper libérateur », confie Pomme

« 20 MINUTES » AVEC L’artiste Pomme revient sur une année 2021 marquée par les retrouvailles avec son public et l’écriture de son prochain album qu’elle enregistre actuellement au Canada

Propos recueillis par Claire Planchard
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La chanteuse Pomme enregistre son troisième album, dont la sortie est prévue en 2022.
La chanteuse Pomme enregistre son troisième album, dont la sortie est prévue en 2022. — Pomme Oumayma B. Tanfous © 2021
  • Tous les vendredis, « 20 Minutes » propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • Cette semaine, la musicienne Pomme, sacrée Artiste féminine de l’année lors des Victoires de la musique en 2021, après avoir reçu le prix de l’Album révélation en 2020 pour Les Failles, évoque son travail sur son nouvel album qu’elle enregistre actuellement au Canada.
  • Elle se confie sur les inspirations de ce nouveau processus créatif, qui a vu le jour après une année bouleversée par la crise de sanitaire.

La neige, la nature sauvage et les grands espaces canadiens. C’est le cadre que Pomme a choisi pour enregistrer son troisième album. Un cadre familier pour la chanteuse originaire du Rhône, qui entretient un lien fort avec le Québec depuis de nombreuses années, mais aussi un moyen de prendre du recul et « d’éviter de faire Les Failles 2 », une  redite de son précédent album, sacré Album révélation en février 2020 aux Victoires de la musique,  avant de lui valoir le titre de l’artiste féminine de l’année en 2021. Depuis son lieu d’enregistrement, elle évoque pour la première fois avec 20 Minutes ce nouveau processus créatif, qui a vu le jour après une année bouleversée par la crise de sanitaire.

Pourquoi avoir choisi le Canada pour enregistrer ce nouvel album ?

Je suis revenue au Canada – le pays où je passe le plus de temps après la France depuis des années – parce que je savais que j’allais avoir plus facilement du recul ici. J’avais envie de faire différemment, parce que je pense que c’est assez tentant, quand on a fait un album que les gens ont écouté et qui a eu – à mon échelle – un rayonnement énorme, de vouloir retourner dans les mêmes schémas que ceux que j’avais utilisés.

Je suis donc arrivée au cours de l’automne, pour enregistrer avec des musiciennes du Québec et une équipe québécoise à 90 % et on a fait exactement ce dont j’avais envie : enregistrer pas mal de chansons dans différents studios, parfois en forêt, parfois à Montréal. On est un peu sur la fin mais ce n’est pas encore fini.

Cet environnement naturel a-t-il été une source d’inspiration ?

De manière très concrète, il y a au Canada beaucoup plus de nature sauvage ou d’endroits très peu habités par les humains et donc ce ne sont pas du tout les mêmes sensations et la même occupation de l’espace qu’en France ou même en Europe. Un des studios était complètement isolé dans la forêt. Je ne me projette pas complètement isolée ainsi pour de longues périodes, mais j’ai besoin d’alterner entre des moments en ville et des moments dans un environnement plus naturel.

J’ai un rapport spécial à la nature. Ce qui est assez paradoxal, c’est que j’y fais moins de références dans le prochain album que dans les Failles. Mais je pense que le fait d’être littéralement dans la nature pour enregistrer celui-là a fait que je n’ai pas eu besoin d’en parler, parce que j’étais en train de le vivre.

Que pouvez-vous nous dire des thèmes de nouvel album ?

Je pourrais en parler plus facilement dans 4-5 mois quand il sera terminé. Tout ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que j’ai essayé de ne pas faire Les Failles 2. C’est donc très différent, en tout cas, à mon sens et dans ma perception des choses : ce ne sont pas les mêmes thèmes et je crois que ça va moins parler de moi. Ou ça va parler de moi – car ça reste mes chansons que j’ai écrites et composées de A à Z- mais à travers d’autres histoires car il y a quand même quatre ans qui se sont écoulés depuis l’écriture des Failles

Comment s’est déroulée la composition ?

Comme je n’ai pas vraiment de manager et que je produis moi-même cet album, j’ai beaucoup plus de travail administratif et d’organisation à faire dans mon projet depuis deux ans qu’auparavant. J’essaie donc d’organiser des moments pour composer. Mais il m’arrive parfois d’avoir besoin de travailler sur une chanson et d’arrêter tout le reste pour m’y consacrer. En fait, je compose un peu tout le temps, ce n’est jamais douloureux, c’est toujours hyperlibérateur.

Trois-quatre mois seulement après la sortie des Failles, j’étais déjà en train de composer de nouveaux morceaux. C’est quelque chose que je fais de manière régulière et dont j’ai vraiment besoin dans la vie. Entre fin 2019 et il y a deux mois, j’ai écrit plein de chansons et après j’ai pris celles qui me paraissaient êtres les plus vraies, mes préférées, les plus intéressantes et celles qui me parlaient le plus dans l’instant. Là, j’ai quasiment fini l’album et j’ai déjà envie d’écrire ! C’est un truc qui ne s’arrête jamais vraiment. Je pense que c’est une chance. Il y a des moments où je suis moins inspirée que d’autres, mais ça ne dure jamais longtemps.

Vous venez de faire une collaboration avec Pinterest, c’est un réseau que vous utilisez dans votre processus créatif ?

Oui, j’ai accepté ce partenariat avec Pinterest parce que c’est un outil que je trouve merveilleux et que j’utilise énormément au quotidien depuis plus de 5 ans, pas tant pour la composition que pour mon travail sur les visuels. J’ai souvent des idées pour mes clips dans des phases d’endormissement, dans mes rêves. Je note tout sur mon téléphone dans un demi-sommeil et le lendemain, c’est un peu magique : je tape des mots-clés dans Pinterest et je trouve à chaque fois des idées qui vont beaucoup plus loin que ce que j’avais imaginé. J’ai des milliards de mood-boards qui pour la plupart, sont secrets car je m’en sers pour préparer des shootings ou des clips. Mais j’ai quelques mood-boards publics que j’ai faits au tout début de mon utilisation de Pintesrest avec des instruments de musique, des trucs d’astrologie ou de cuisine végane…

A la fin de vos trois Olympia qui ont clôturé votre tournée d’été, vous aviez publié un message assez ému de remerciements à votre public. Qu’est-ce que ça représentait pour vous, après cette année très difficile ?

Mon album est sorti trois mois avant le premier confinement et j’ai passé tout l’hiver dernier, de fin 2020 à mai 2021 dans l’incertitude totale sur la possibilité de faire des concerts. C’était décalages sur annulations et déceptions. C’était une période hypertriste et sombre pour le spectacle vivant. On a appris qu’on allait pouvoir reprendre les concerts, trois semaines avant la première date… Ça a été fou !

On était douze, dans un tour-bus pendant trois mois jusqu’en septembre. C’était épuisant, mais hyperjoyeux. Je me souviens juste d’avoir la sensation d’être avec plein d’amis – que ce soit l’équipe ou les gens du public – et d’aller de villes en villes dans une maison roulante et de retrouver un semblant de vie normale. Finir avec trois Olympia – bookés un an et demi avant – devant des salles complètes, debout, sans masque avec un sentiment de normalité, c’était magique. Certes, passer de zéro à 4-5 concerts par semaine c’était abusé mais je ne regrette absolument pas ! Après, j’avais pour projet entre les dates de passer mon permis et ça, ça n’a pas fonctionné. C’était un peu la goutte de trop, du coup j’ai abandonné…

Vous avez trouvé une façon différente d’entretenir ce lien avec votre public pendant cette période, grâce aux réseaux sociaux notamment ?

Covid ou pas, je suis assez connectée et très en lien avec les gens. J’utilise énormément Instagram. Pendant le premier confinement, je me souviens avoir été très active au début et avoir posté beaucoup de contenus avec l’idée que c’était un peu mon rôle de divertir les gens. Mais rapidement, c’est devenu fatigant je me suis dit que le monde était en pause et que je pouvais moi aussi prendre des pauses par moments. J’ai fait un live, posté pas mal de poésie ou des moments drôles liés au quotidien. Mais depuis septembre je suis beaucoup moins active sur les réseaux car c’est assez chronophage. Et je veux y aller quand j’en ai envie et, quand j’y suis, je veux être vraiment contente d’être en lien avec les gens Je ne veux pas m’y sentir obligée pour que mon existence ait un sens.

On approche de la fin de l’année, quel bilan faites-vous de cette année 2021 ?

J’ai eu beaucoup plus de temps pour moi que prévu et j’ai beaucoup appris de cette situation. Mais ça n’a pas été facile tout le temps. Je me souviens d’avoir eu des grands moments de solitude et de tristesse liés au fait que mon album n’aurait jamais la vie que j’avais prévue pour lui. Au final, j’ai quand même vu plus de lumière en 2021, qu’en 2020, parce que la tournée d’été a été une espèce d’oasis dans le chaos. Elle m’a redonné un souffle dont j’avais super besoin. Et depuis le mois de mai, j’ai eu la chance de pouvoir me remettre vraiment dans le travail, dans de nouvelles perspectives et ne pas trop penser au Covid ou en tout cas moins le subir.

Que peut-on vous souhaiter pour 2022 ?

Pour 2022, je ne sais pas trop parce qu’en ce moment ça a l’air d’être le chaos total ! Mais personnellement j’ai la perspective de sortir un autre album, ce qui est super chouette. J’ai aussi une tournée en guitare-voix dans plusieurs capitales européennes en avril et en mai. Ce sera l’occasion de jouer peut-être quelques nouvelles chansons et de me reconnecter tranquillement au live d’une façon super intimiste et avec très peu de fioritures et de production. J’ai aussi plein de projets en cours : j’ai composé et chanté le générique du film d’animation Princesse Dragon qui vient de sortir au cinéma et je travaille sur d’autres musiques pour des films d’animation, pour les enfants et pour les adultes l’année prochaine.