« La Main Tendue », pièce de théâtre sur un « gilet jaune » mutilé à Bordeaux, les violences policières et les médias

DOCUMENTAIRE Trois ans après les faits, cette pièce de théâtre interroge sur les violences policières, le mouvement des « gilets jaunes », les médias

Clément Carpentier
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Antoine Boudinet a eu la main arrachée par une grenade lors d'une manifestation des gilets jaunes en 2018 à Bordeaux
Antoine Boudinet a eu la main arrachée par une grenade lors d'une manifestation des gilets jaunes en 2018 à Bordeaux — Mickaël Bosredon / 20 Minutes
  • Le 8 décembre 2018, Antoine Boudinet perdait sa main droite en ramassant une grenade lors d’une manifestation des « gilets jaunes » à Bordeaux.
  • Trois plus tard, Florent Viguié, enseignant et auteur, met en scène son histoire dans une pièce de théâtre documentaire La Main Tendue.
  • L’objectif est d’interroger le public sur les violences policières, le maintien de l’ordre mais aussi le mouvement « gilets jaunes » en lui-même, les casseurs ou encore le rôle des médias.

Il ne jouera pas son propre rôle, mais Antoine Boudinet sera bien là ce mercredi soir sur la scène du théâtre du Pont Tournant à Bordeaux. Il assistera à la pièce qui lui est consacrée, La Main Tendue, avant d’échanger avec le public. Cela fait maintenant trois ans, jour pour jour, que ce jeune Bordelais a perdu sa main droite, arrachée par les 26 grammes de TNT d’une grenade GLI-F4 lors d’une manifestation des « gilets jaunes ». Un véritable drame qui a bien sûr changé sa vie à jamais.

La Main Tendue, pièce de théâtre documentaire, revient sur l'histoire d'Antoine Boudinet.
La Main Tendue, pièce de théâtre documentaire, revient sur l'histoire d'Antoine Boudinet. - Abdulrahman KHALLOUF

Aujourd’hui, son histoire est mise en scène par Florent Viguié, professeur de français au lycée Gustave-Eiffel. « Au départ, je voulais travailler sur la radicalisation dans nos sociétés, explique celui qui est aussi auteur. Je fais du théâtre documentaire avec cette idée de savoir ce qui est vrai, ce qui est faux et surtout comment on fait vivre une démocratie ? Comment on se parle entre nous ? Je pose des questions sur notre monde. » En 2018, celui qui « n’est pas du tout un "gilet jaune" » se met très rapidement à suivre les manifestations. « Je cherchais différents témoignages. J’ai rencontré Antoine trois semaines après sa blessure. Mais à ma grande surprise, ce n’était pas du tout quelqu’un de radicalisé. Il a modifié mon propre regard sur le mouvement et surtout, il est devenu naturellement le centre de ma pièce. »

Pas là pour faire la morale mais pour interroger

De son côté, Antoine Boudinet ne dit pas non. « Je lui ai dit que ça ne me dérangeait pas qu’il raconte mon histoire. Le but n’était pas de parler de moi mais plutôt d’aborder plein de sujets à travers cette histoire », rappelle le désormais élu à la mairie de Bordeaux aux côtés de Philippe Poutou. Et alors, le résultat, qu’en pense-t-il ? « Même si nous n’avons peut-être pas les mêmes opinions politiques, j’aime bien la pièce car elle pose pas mal de questions. C’est très intéressant. Elle n’est pas là pour faire la morale. Elle interroge avant tout sur les violences policières et aussi sur les "gilets jaunes", les casseurs, la précarité ou encore les médias. »

Mise en scène par Abdulrahman Khallouf, la pièce sera jouée tous les soirs de mercredi à samedi. Deux des quatre représentations seront suivies de débats/rencontres sur le thème du maintien de l’ordre. Antoine Boudinet espère d’ailleurs que ce sujet ainsi que celui des violences policières « seront des thèmes majeurs de la campagne présidentielle car il y a un vrai problème. » A l’approche de la trentaine, le Bordelais se remet petit à petit de ce drame comme il le confie à 20 Minutes :

Physiquement, je vais bien même si évidemment ma main n’a pas repoussé. Sur le plan psychologique, ça va aussi mieux. J’ai mis deux ans et demi, trois ans à m’en remettre. Je viens de reprendre le travail. »

Il est animateur dans une école maternelle en plus de son mandat d’élu. En revanche, « c’est le point mort au niveau juridique avec une enquête toujours en cours. Je ne sais pas trop ce que ça va donner au final. Je regrette que cela n’avance pas plus vite. »