Pierre Rabhi, écrivain, penseur et figure de l'agroécologie, est mort à 83 ans

DECES Il est notamment l’auteur de « Vers la sobriété heureuse », vendu à plus de 460.000 exemplaires,

B.Ch. avec AFP
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Pierre Rabhi en 2014
Pierre Rabhi en 2014 — BALTEL/SIPA

L’écrivain et philosophe Pierre Rabhi, figure de l’agroécologie en France, cofondateur du mouvement Colibris, est décédé à l’âge de 83 ans, a appris l’AFP samedi auprès de sa famille.

Auteur notamment de Vers la sobriété heureuse, vendu à plus de 460.000 exemplaires, ce militant de la cause écologiste, adulé par des personnalités comme Cyril Dion et Marion Cotillard, est mort samedi des suites d’une hémorragie cérébrale, a indiqué à l’AFP son fils, Vianney.

Un autodidacte charismatique, et homophobe

Pierre Rabhi était un militant qui a toute sa vie inlassablement prêché pour une existence sobre et pour l’agroécologie. Sandales aux pieds, pantalon de velours et bretelles, bouc bien taillé, Pierre Rabhi c’était « 52 kilos tout mouillé » mais un vrai charisme et des formules qui faisaient mouche pour appeler à une « insurrection des consciences ».

Par ses prises de positions, Pierre Rabhi a également eu des propos homophobes et sexistes, à plusieurs reprises, lors d’argumentaires sur « l’état naturel ». Son mouvement des Colibris a aussi été plusieurs fois accusé de dérives sectaires.

Un artisan de sa propre vie

Né en 1938 aux portes du Sahara, il est très tôt écartelé entre « modernité et tradition », quand son père le confie à une famille de colons français, afin de lui assurer une meilleure instruction. Rabah deviendra alors Pierre. « Des déchirements, des ruptures, des souffrances, il y en a eu un bon paquet », confiait cet autodidacte, enraciné en Ardèche depuis 1961, après avoir quitté l’Algérie au début des « événements » et connu « l’incarcération » d’une vie parisienne. 

A l’usine, il rencontrera Michèle, secrétaire de direction et future mère de ses cinq enfants, avec qui il échafaude ce retour à la terre, dans une volonté de « désaliénation » car « nous ne sommes pas nés pour produire ». Pour acheter ce qui deviendra leur ferme, le frêle Pierre Rabhi, mû par « l’énergie tenace des gens du désert », se fera maçon, menuisier, ferronnier, ramasseur de truffes, ouvrier agricole…

Il restera comme l’un des pionniers de l’agroécologie – pratique agricole visant à régénérer le milieu naturel en excluant pesticides et engrais chimiques. Une méthode appliquée dès les années 1980 en Afrique sub-saharienne, où il effectuera de nombreux séjours.

Une parenthèse politique

Référence dans le sérail écologiste et altermondialiste, celui qui fut l’ami de Thomas Sankara ou du légendaire violoniste Yehudi Menuhin, a connu une certaine exposition médiatique en 2002, lors d’une éphémère candidature à la présidentielle, pour, déjà, « introduire dans le débat l’urgence écologique et humaine ».

Il partagera par la suite son temps entre interviews, animation de ses fondations, conférences et rédaction d’ouvrages… Même si dans ce riche programme, le temps de jardinage n’était « pas négociable ».

L’énergie du colibri

Pierre Rabhi racontait souvent la légende amérindienne des colibris : « L’histoire dit qu’un jour il y a eu un grand incendie de forêt. Tous les animaux ont été découragés. Par contre le colibri ne renonce pas, il va prendre une goutte d’eau dans son bec et va la jeter sur le feu. Un moment le tatou lui dit : "colibri, tu ne vas quand même pas croire que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ?" Il répond : "je le sais mais je fais ma part " ».

Il en fera une maxime – « chacun doit faire sa part » - et co-fondera le mouvement des Colibris avec l’écrivain militant Cyril Dion. En lui, le moine bouddhiste Matthieu Ricard voyait un « frère de conscience ». Et il sera adulé par l’actrice Marion Cotillard. « Je ne veux pas être un gourou », disait-il pourtant.

Une postérité

Les ouvrages de Pierre Rabhi, innombrables, rencontrent à chaque fois un succès indéniable. A commencer par son livre-plaidoyer, Vers la sobriété heureuse, vendu à plus de 460.000 exemplaires depuis sa parution en 2010, selon son éditeur Actes Sud.

« L’agroécologie est reconnue maintenant, même par les Nations unies, comme étant la bonne solution pour résoudre les problèmes de l’alimentation dans le monde », se réjouissait-il. Elle « a beaucoup bénéficié des avancées scientifiques en matière de compréhension des sols et de la vie biologique ».

Sans parti, militant de « la joie » plutôt que de « la décroissance », Pierre Rabhi rejetait catégoriquement la notion de « développement durable », « une niaiserie ajustée sur la croissance économique ».