« Parfois on chante sans savoir que ça peut aider quelqu’un », estime Imen Es qui sort son deuxième album

INTERVIEW Après « Nos vies » sorti en février 2020, la chanteuse revient avec un deuxième album ce vendredi

Propos recueillis par Clio Weickert
— 
Imen Es dévoile son nouvel album.
Imen Es dévoile son nouvel album. — Meddy Zoo
  • Après un premier album couronné de succès, Imen Es revient avec Es, ce vendredi.
  • A travers seize nouveaux morceaux, la chanteuse y aborde sa nouvelle vie de maman, ses déceptions amoureuses ou encore des relations toxiques.
  • Succès, idoles, r’n’b… Imen Es a répondu aux questions de 20 Minutes.

Certains l’ont découvert avec Attentat, son premier grand succès en 2018. D’autres un peu plus tard grâce à 1ère fois, son duo avec Alonzo sur les violences conjugales. En quelques années seulement, Imen Es est devenu une jeune artiste incontournable de la nouvelle scène r’n’b française. Adoubée par ses idoles Amel Bent (avec qui elle a signé le tube Jusqu’au bout) ou Vitaa, la chanteuse de 23 ans compte déjà à son actif plusieurs disques d’or et de platine, dont son premier album Nos Vies sorti en février 2020. Sans oublier des millions de vues pour ses clips sur YouTube, de quoi largement donner le tournis.

Elle revient ce vendredi avec un second album intitulé Es, dans lequel elle parle d’amitié et d’amour, de déceptions sentimentales ou de relations toxiques. On y retrouve aussi de nombreux feats, avec Niro, Vitaa ou encore Camille Lellouche. Gestion du succès, duos, liens avec sa sœur Fedoua et ses « grandes sœurs » musicales… Imen es a répondu aux questions de 20 Minutes quelques jours avant cette sortie.

Votre musique a rencontré un succès très rapidement. Comment on gère cela, et à 23 ans seulement ?

Je n’arrive toujours pas à le gérer donc je ne pourrai pas vous répondre correctement ! Après j’essaye de rester moi-même, de ne pas prendre la grosse tête ou prendre les gens de haut. J’essaye surtout de kiffer, ne pas me priver, mais pas non plus d’exagérer le succès. Certes des millions de personnes regardent mes clips mais ce n’est pas pour autant que je vais changer ou essayer d’être une autre personne. Ils ont aimé qui j’étais donc ça ne sert à rien de changer.

Dans le dernier titre, « Petite sœur », vous mesurez d’ailleurs tout le chemin parcouru depuis votre enfance lorsque vous repreniez des tubes de Wallen. La petite fille que vous étiez aurait imaginé ça ?

Quand j’étais petite c’était une époque où je rêvais beaucoup ! Mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve donc je ne savais pas du tout que j’allais arriver jusque-là. C’est une grande fierté pour moi.

Vous avez grandi à Sevran (Seine-Saint-Denis) il me semble ?

Je suis née à Sevran et j’ai grandi à Goussainville (Val-d’Oise).

Vous y êtes toujours ?

Non je suis revenue à Sevran. En fait j’y suis née et après le décès de mes frères et sœurs [Imen Es a perdu plusieurs membres de sa famille dans des accidents de la route] nous avons déménagé parce que ma mère ne pouvait plus rester dans cet appartement où l’on vivait avec eux. On est donc parti vivre à Goussainville dans une plus grande maison. J’ai fait ma primaire là-bas et arrivée au collègue, quand mon père est décédé, ma mère ne pouvait plus, enfin c’était surtout moi plutôt qui n’arrivais plus à vivre dans la maison où j’avais grandi avec mon père. Je suis allée vivre chez ma sœur une année le temps que ma mère puisse vendre la maison et trouver autre chose pour que je puisse revenir vivre avec eux. Ça a été des périodes très compliquées pour moi. Les déménagements n’ont jamais été voulus, ils ont été liés au fait de ne plus pouvoir rester dans une maison où on a vécu avec des êtres chers.

Je ne savais pas…

Non mais c’est la première fois que j’en parle comme ça, c’est pour ça. [Elle a raconté l’histoire de sa famille dans la chanson viES sur son premier album].

En fait je voulais vous demander dans quelle mesure vous étiez attachée à votre ville.

Nous y sommes revenus parce que ma mère se sentait en sécurité là-bas. Mes frères ont grandi là-bas donc les gens nous connaissaient. Et comme on n’avait plus d’hommes à la maison – mon grand frère avait lui aussi fait sa petite famille et sa vie –, ma mère s’est dit qu’à Sevran on serait plus en sécurité que nulle part ailleurs. On s’est retrouvé à trois filles, ma mère, ma sœur Fedoua et moi, et voilà.

On découvre la voix de votre grande sœur Fedoua dans « Petite sœur ». Le chant c’est une histoire de famille ?

C’est à elle que je dois ce talent parce que c’est elle qui m’a entraînée quand j’étais plus jeune. Elle ne savait pas que j’arriverai jusque-là, c’est pour ça que dans la chanson elle dit « je n’aurai jamais pu lire l’avenir ». C’est elle qui m’a poussé à chanter, à faire des concerts avec un déodorant devant le miroir ! Si je n’avais pas eu de grande sœur je ne pense pas que j’aurais été dans la musique.

Depuis, vous avez réalisé des feats avec Amel Bent ou Vitaa qui figure sur cet album. C’étaient des idoles pour vous ?

Bien sûr ! Zaho aussi. Ce sont les feats dont je suis le plus fière je crois. Ce sont des artistes que j’écoutais quand j’étais plus jeune, j’essayais de chanter comme elles, je rêvais d’être une star comme elles… Et au final je fais des hits avec elles, c’est dingue ! C’est une fierté.

Vous les voyez un peu comme des grandes sœurs ?

Oui, d’autant plus que ce sont des personnes très bienveillantes. Elles me conseillent beaucoup. Vitaa m’a aidé sur mon album, Zaho aussi pour notre morceau ensemble [la chanson Là-bas]. Amel Bent, c’est grâce à elle aujourd’hui que je suis un peu plus à l’aise sur scène. J’étais très complexée de la scène, j’avais très très peur et c’est elle qui m’a montré toutes les techniques pour moins stresser.

Lors de leur projet « Sorore » Vitaa et Amel Bent nous avaient parlé de cette traversée du désert pour certaines chanteuses de r’n’b pendant les années 2010, après les gros succès des années 2000. Avez-vous l’impression que le regard sur ce registre musical et sur les chanteuses a changé ?

A un moment comme vous dites, il n’y avait plus d’artistes féminines dans le milieu, on n’entendait que les hommes. Vitaa pendant longtemps on ne l’a plus entendue, Zaho aussi, Amel pareil… Et aujourd’hui on est toutes revenues en bombe, il y a de nouvelles artistes, des anciennes aussi et qui ont toujours leur place ! On est même limite plus écoutées que les hommes parce qu’avant il n’y avait qu’eux, on était un peu mises de côté. Mais aujourd’hui on est là, et en masse.

Lors de la sortie de son album en septembre, Léa Castel expliquait qu’à une époque quand une chanteuse faisait un feat avec un rappeur, c’était surtout pour l’accompagner sur les refrains. Vous qui faites régulièrement des feats, avez-vous le sentiment que la relation s’est rééquilibrée à ce niveau-là ?

Oui maintenant ce n’est plus du tout ce truc-là, chacun fait son couplet, son refrain. Si on fait un feat c’est vraiment pour mélanger nos deux voix et nos deux univers. A l’ancienne l’artiste chantait et toi tu venais juste faire des petites mélodies derrière. Je trouve que c’est beaucoup mieux aujourd’hui, on est égal aux hommes dans la musique alors qu’avant on nous utilisait un tout petit peu par rapport à nos voix. Mais comme maintenant il y a beaucoup d’auto-tune les hommes arrivent à faire leur mélo sans nous. C’est beaucoup plus travaillé et beaucoup plus juste pour nous.

Plusieurs artistes masculins figurent sur cet album. Comment se sont faits ces choix ?

Quand je vais faire un morceau avec un autre artiste c’est que j’aime bien ce qu’il fait. Ce n’est pas par obligation c’est juste que j’aime bien, je veux travailler avec toi et rentrer dans ton milieu. Voir si je suis capable de faire ce que toi tu fais.

Des artistes comme Niro ou MHD sont des artistes dont vous vous sentez plutôt proche ?

Des artistes que j’aime beaucoup et que j’écoute beaucoup.

Concernant MHD, est-ce que la question de conserver le feat ou pas s’est posé au regard de l’actualité judiciaire récente de cet artiste [neuf personnes, dont l’artiste, seront jugées aux assises en 2022 pour meurtre] ?

Pas du tout, j’aime beaucoup ce qu’il fait, c’est une personne très gentille. Je ne le connaissais pas personnellement, c’était juste son travail que j’aimais et quand j’ai travaillé avec lui j’ai vu que c’était vraiment quelqu’un avec un grand cœur. Franchement je n’ai rien à dire sur cet homme, du tout. Donc au contraire, si je peux même pousser ce morceau à exploser je le pousserai.

Un autre feat figure sur l’album, celui avec Camille Lellouche. Comment s’est fait ce duo ?

La première fois que j’ai entendu la voix de Camille j’étais sous le choc. Dès que j’ai fait mon deuxième album j’ai dit que je ne le sortirai pas si ces artistes n’étaient pas dedans.

Tout comme elle l’a fait dans un morceau, vous aussi avez abordé la problématique des violences conjugales dans l’une de vos premières chansons « 1ère fois ». Pourquoi aviez-vous écrit cette chanson à l’époque ?

Ce n’est pas quelque chose que j’ai vécu personnellement. Avec Alonzo on voulait sortir de ces feats filles-garçons où l’on revient toujours à la même chose, à ces "je t’aime/tu ne m’aimes plus". On a alors pensé à la relation entre une petite sœur et un frère qui la protège. Mais la protéger de quoi ? C’était une époque où presque tous les jours aux informations on voyait des marches pour rendre hommage à des femmes tuées par leurs ex-compagnons. Je me suis dit que c’était un sujet qui pouvait me toucher donc j’ai proposé qu’on parle de ces hommes qui battent leur femme. Et aussi du fait que par peur, par amour, elles ne le disent pas.

C’est important que des artistes prennent la parole sur ces thématiques selon vous ?

Je pense que ça peut aider des femmes à en parler. Beaucoup n’osent toujours pas et ont peur. On ne s’en rend pas compte mais la musique aide beaucoup, cela aide les gens qui sont en dépression, qui sont tristes, qui ont peur… Ils trouvent beaucoup de refuge dans les textes de leurs artistes. Parfois on chante sans savoir que ça peut conseiller et aider quelqu’un. C’est limite la meilleure chose de la musique.

Dans ce nouvel album la chanson « La Go » parle d’un « pervers narcissique ». Vous dites notamment « laisse la go respirer, vivre, libre, exister… ». Avez-vous vous-même rencontré une personne toxique dans votre vie ?

On a peut-être toutes eu une relation toxique dans notre vie, ou nos proches, nos frères et sœurs, nos amies, nos cousines… Aujourd’hui on voit plein d’amies et de copines qui se privent de faire plein de choses, de vivre en fait, d’être heureuse, de profiter de la vie et de leurs proches parce que leur chéri est trop jaloux ou veut tout commander. Et toi tu es enfermée chez toi alors que lui vit sa best life.

Vous êtes proches de votre famille et de vos amis mais aussi de vos fans. Vous organisez une pré-écoute avec eux avant la sortie de l’album, et une séance de dédicaces ce vendredi. C’est essentiel de nouer un lien fort avec ses fans pour vous ?

Oui et surtout hors réseaux sociaux. Je n’ai pas encore ce truc de parler, de faire de snaps, demander à tout le monde comment ça va… Je ne suis pas du tout dans le virtuel, je préfère rencontrer les gens, discuter face à face, voir les personnes et découvrir qui m’écoute. Je trouve que c’est beaucoup mieux et que ce sont des choses mémorables pour ces personnes. Quand j’avais dix ans, si tu m’avais amené voir la chanteuse que j’aimais le plus, j’aurai gardé ça dans ma tête toute ma vie ! La voir en vraie, avoir une petite photo ou ne serait-ce qu’un sourire, ça reste inoubliable. Je préfère ça que de répondre à un message ou un commentaire sur les réseaux sociaux.