« L’ultime frontière » : Giselda Gargano pose sur l’aide humanitaire son regard désenchanté

PRIX « 20 MINUTES » DU ROMAN « L’Ultime frontière » de Giselda Gargano, épopée qui entremêle le destin des membres d'une ONG humanitaire et prix « 20 Minutes » du roman 2021, sort ce jeudi en librairie

Stéphane Leblanc
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Remise du Prix littéraire "20 Minutes" à Giselda Garano dans les locaux de Prisma Media en présence de Maxime Chattam, à Gennevilliers, le 23 novembre 2021.
Remise du Prix littéraire "20 Minutes" à Giselda Garano dans les locaux de Prisma Media en présence de Maxime Chattam, à Gennevilliers, le 23 novembre 2021. — Olivier Juszczak / 20 Minutes
  • Le lauréat du prix « 20 Minutes » du roman, édité par notre partenaire Les Nouveaux Auteurs, sort ce jeudi en librairie.
  • « L'ultime frontière » de Giselda Gargano est un roman passionnant traversé par cinquante ans d'aide humanitaire sur le ton de l'engagement et du désenchantement.

L’Ultime frontière ? « Un récit aussi poignant que passionnant », selon l’écrivain Maxime Chattam, président du jury du prix 20 Minutes, dont les mots éclairent le bandeau de couverture du beau roman que Giselda Gargano sort ce jeudi en librairie.

L’autrice italienne plonge son lecteur dans un monde en guerre, dans lequel les destins individuels, aussi touchants soient-ils, comptent moins que le combat que chacun mène pour sauver des vies. Peu importent les lieux et les époques : entre le Vietnam des années 1970, la Bosnie des années 1990, la République démocratique du Congo des années 2000 à aujourd’hui, rien n’a changé ou si peu.

« Les situations racontées dans le livre sont inspirées de la réalité, souligne Giselda Gargano, ancienne journaliste pour une association humanitaire. Mais les personnages sont inventés ». Un chirurgien vétéran du Vietnam, son fils casque bleu, une infirmière rescapée de la guerre de Bosnie, la direction d’une ONG à Paris, quelques têtes brûlées sur le terrain. Des endroits où, quand la mort frappe au hasard des opportunités, c’est rarement joli-joli.

« L’ultime frontière » se conjugue au pluriel

« L’ultime frontière, c’est celle que l’aide humanitaire repousse pour aller secourir les peuples en guerre, explique l’autrice. Mais c’est aussi celle que les pays referment dès qu’une menace pointe à l’horizon. » On pense crise sanitaire ou crise migratoire, mais la frontière du titre n’est pas que géographique. « J’ai pensé à celle que l’on bâtit dans sa tête ou dans son corps. L’ultime frontière, c’est celle que l’on traverse quand on passe de la vie à la mort », précise Giselda Gargano qui évoque aussi les frontières entre la raison et la folie. « A l’origine, le roman devait s’appeler Borderline pour la référence au profil psychologique, ajoute-t-elle. Parce que, pour faire ce métier-là, il faut être borderline. »

Dans son récit parfois fragmentaire, éclaté, comme des séquelles de blessures de guerre qui peinent à cicatriser, on sent le côté assourdissant des armes, les effets du stress et la fatigue, jusqu’à l’étourdissement. Giselda Gargano excelle pour mettre des images dans la tête de ses lecteurs. Parmi ses influences, elle cite Apocalypse now (pour le Vietnam), bien sûr. Mais aussi Au Cœur des ténèbres (Congo) ou No man’s land (Bosnie). Elle a du mal à remettre des titres sur tous les films auxquels elle pense. On lui glisse La ligne rouge de Terrence Malick ou Underground d’Emir Kusturica. Son visage s’éclaire : « Mais oui, cette façon si particulière de mettre en scène les animaux ! »

Sans doute parce que l'autrice n’est pas francophone de naissance, son écriture n’est pas galvaudée et son expérience la pousse à éviter les clichés. « En guerre, il n’y a ni gentils, ni méchants », rappelle Giselda Gargano dont le roman n’épargne pas les enfants. Venue d’Italie pour étudier en France, à l’âge de 25 ans, l’autrice a appris à écrire le français avant de le parler. Mais elle avait déjà des idées bien arrêtées. « Si j’ai choisi la France, c’est pour sa réputation de terre d’asile avec des valeurs et un savoir-faire que j’admirais. » Les réalités géopolitiques l’ont fait déchanter. « J’avais besoin de parler de tout ça, non pas pour régler mes comptes, mais pour faire un bilan. » Il est teinté d’impuissance, comme si la guerre condamnait les hommes et les femmes à refaire les mêmes erreurs et si le monde d’après ne pouvait se construire que sur des sables mouvants.