Lyon : Et si Naïs Pirollet devenait le prochain Bocuse d'Or?

GASTRONOMIE Coéquipière de Davy Tissot, lauréat du Bocuse d’Or 2021, la jeune Lyonnaise fait partie des six candidats qui s’affrontent lundi et mardi pour représenter la France lors de la prochaine édition du concours

Caroline Girardon
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La Lyonnaise Naïs Pirollet fait partie des six chefs qui s'affronteront pour représenter la France lors du prochain Bocuse d'Or.
La Lyonnaise Naïs Pirollet fait partie des six chefs qui s'affronteront pour représenter la France lors du prochain Bocuse d'Or. — Bocuse d'Or
  • Naïs Pirollet, 24 ans, figure parmi les six cuisiniers qui s’affronteront lundi et mardi à Reims pour représenter la France au prochain Bocuse d’Or, en 2023.
  • Benjamine du concours, la Lyonnaise ne partira pourtant pas en terres inconnues.
  • La jeune femme faisait partie de l'équipe de Davy Tissot qui a remporté le Bocuse d’Or au mois de septembre, elle se prépare depuis plus de deux ans.

Elle a été pendant deux ans « la petite souris ». Désormais la voilà propulsée sur le devant de la scène. Du haut de ses 24 ans, Naïs Pirollet fait partie des six cuisiniers, sélectionnés à travers l’Hexagone, qui s’affronteront lundi et mardi à Reims afin de représenter la France au prochain Bocuse d’Or. Un sacré challenge pour la Lyonnaise. La concurrence s’annonce rude. Benjamine du concours, elle devra notamment en découdre avec de redoutables adversaires, dont Noémie Honiat, révélée dans la saison 5 de Top Chef. Ou encore Jérôme Schilling, chef étoilé au Michelin.

« L’avantage est que j’ai déjà connu le Bocuse d’Or », sourit la jeune femme au moment d’analyser ses chances de l’emporter. Car Naïs Pirollet n’est pas à son coup d’essai. En septembre dernier, elle a remporté la plus prestigieuse compétition culinaire aux côtés de Davy Tissot. « Je n’étais pas dans le box [en cuisine] mais à l’arrière en préparation », confie-t-elle modestement. Son rôle dans l’équipe française a pourtant été essentiel : celui de « petite souris », « noter tout ce qu’il pouvait manquer », mettre au point les recettes imaginées par le futur vainqueur, repérer le moindre grain de sable susceptible d’enrayer la machine le jour J. « A ce stade-là de la compétition, chaque détail compte, chaque seconde aussi, explique-t-elle. Un ustensile au mauvais endroit, des ingrédients mal taillés ou une pesée oubliée peuvent avoir des conséquences lors de la finale. »

« Passer de l’autre côté de la barrière »

« Pendant ces deux dernières années de préparation, je me suis demandé ce que j’allais faire après le Bocuse d’Or 2021. Tout allait s’arrêter du jour au lendemain », confie la cuisinière. Consciente de ne « pas avoir encore vu tous les aspects du concours », Naïs décide rapidement de tenter sa chance en passant cette fois « de l’autre côté de la barrière ». Depuis, le rythme est « effréné ». « Cela ne s’arrête jamais. Pour l’instant, tout ne rentre pas dans le délai imparti », rigole-t-elle à quelques jours du concours. Mardi, la jeune femme aura quatre heures pour décliner trois ingrédients (le brochet, la laitue et l’oignon) en deux façons : des amuse-bouche et un plateau. En attendant, elle a bûché sans relâche derrière ses fourneaux, conseillée en cela par son mentor Davy Tissot avec lequel elle travaille depuis quatre ans.

« Il a été l’un de mes formateurs à l’Institut Paul Bocuse, révèle-t-elle. J’ai fait partie des premiers étudiants qu’il a encadré dans le restaurant d’application Saisons. En 2017, j’ai fait mon stage de 3e année dans son établissement. Il m’avait envoyé un mois en immersion pour donner un coup de main à l’équipe des Etats-Unis au Bocuse d’Or ». Les Américains remporteront cette année-là le concours. Une coïncidence ? « Non, c’est le facteur Tissot », répond en rigolant la cuisinière.

Major de promo de l'Institut Paul Bocuse

« Naïs sait ce qu’il l’attend en termes de pression. Cela fait deux ans qu’elle est dans l’esprit du concours, elle aura cet avantage sur ses concurrents », analyse Florent Boivin, MOF et formateur à l’institut Paul Bocuse dont la jeune femme est sortie major de promo en 2017. Dans les cuisines du centre d’excellence, l’étudiante a laissé « une très bonne impression ». « C’était une étudiante déjà brillante et c’est la raison pour laquelle elle en est là aujourd’hui. Elle est posée, se souvient Florent Boivin. Dans un premier temps, elle semblait en retrait, elle pouvait paraître discrète mais non. En réalité, elle analysait tout, elle réfléchissait sur comment faire pour bien faire et elle pigeait très vite. Elle parle peu mais quand elle le fait, c’est toujours très réfléchi et pointu. »

Sa « maîtrise technique » et son « talent » ont fait d’elle une meneuse. « Elle a développé un vrai leadership. Je ne parle pas de manager les gens mais son aisance faisait que tout le monde la suivait instinctivement », se remémore encore le cuisinier confiant dans les chances de sa protégée. « Elle est compétitrice, mais pas envers les autres. Envers elle-même. Chez elle, la peur ne la freine pas mais la pousse à aller plus loin », conclut à quelques heures du début du concours…En cas de victoire, Naïs Pirollet deviendrait la première femme à représenter la France lors du Bocuse d'Or.