« Avec Benjamin Biolay, j’ai compris ce que c’était de faire de la musique de façon libre, légère », confie Nolwenn Leroy

INTERVIEW Avec son huitième album studio, Nolwenn Leroy fait comprendre que son humeur est au lâcher-prise. La chanteuse a accordé une longue interview à « 20 Minutes »

Propos recueillis par Fabien Randanne
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Nolwenn Leroy, qui fêtera ses vingt ans de carrière en 2022, revient avec La Cavale, son huitième album.
Nolwenn Leroy, qui fêtera ses vingt ans de carrière en 2022, revient avec La Cavale, son huitième album. — Yann Rabanier
  • La Cavale, huitième album studio de Nolwenn Leroy sort ce vendredi.
  • La majorité des textes et mélodies est signée par Benjamin Biolay. « On a pas mal discuté. Je lui ai parlé de ma vie, de mon enfance, d’où je viens, où je vais. Les sessions en studio ont commencé, il est arrivé avec un premier texte, ça a évolué petit à petit, on ne s’était pas fixé de date de sortie. On a travaillé dans la décontraction », explique-t-elle à 20 Minutes.
  • Nolwenn Leroy annonce que ce projet lui a permis de « sortir de [sa] zone de confort ». Elle ajoute : « C’est ça aussi la cavale qu’évoque le titre de l’album : c’est le moment d’y aller, tout ce que j’avais dans la tête, mes envies, c’est maintenant ! »

En 2022, Nolwenn Leroy fêtera ses 40 ans et ses vingt ans de carrière. Un cap qu’elle aborde avec confiance. Son humeur est au « lâcher prise ». La chanteuse a désormais envie de surprendre, de sortir du cadre. Elle le démontre avec La Cavale, son nouvel album sorti ce vendredi. « Alors que, ces dernières années, je faisais ma petite cuisine dans mon coin, j’avais envie de retrouver une situation que je n’avais pas connue depuis quinze ans et ma collaboration avec Laurent Voulzy [pour Nolwenn Ohwo !], c’est-à-dire de travailler avec quelqu’un d’autre, qui m’offre des chansons sur mesure », explique-t-elle à 20 Minutes.

Benjamin Biolay avait par le passé émis l’idée de travailler avec elle, sans que cela se concrétise. Il y a un an, elle l’a recontacté pour savoir si sa proposition tenait toujours. L’auteur et compositeur a répondu par l’affirmative. La suite, elle nous l’a racontée au cours d’un long entretien de près de trois quarts d’heure.

Vous avez donné carte blanche à Benjamin Biolay pour écrire cet album ?

On a pas mal discuté. Je lui ai parlé de ma vie, de mon enfance, d’où je viens, où je vais. Les sessions en studio ont commencé, il est arrivé avec un texte, ça a évolué petit à petit, on ne s’était pas fixé de date de sortie. On a travaillé dans la décontraction, pas dans la douleur comme cela a pu être le cas par le passé – ce qui n’empêche pas de créer de belles choses. Là, j’ai vraiment compris ce que c’était de faire de la musique de façon libre, légère, évidente.

Avez-vous été surprise par certains textes, par ce que Benjamin Biolay pouvait projeter sur vous ?

Oui, mais cela m’a permis de sortir de ma zone de confort. Par exemple, Changer l’eau des fleurs, ce n’est pas une chanson que j’aurais chantée avant. J’adore le contraste entre le couplet avec la voix un peu parlée, grave, de fille de la nuit, et le refrain très lumineux. Il y a Mon beau corsaire, aussi [qui évoque Marin, son fils de 4 ans]. Parler de choses intimes de façon directe n’est pas quelque chose qui me caractérise… Je pense que cela peut surprendre les gens qui me suivent depuis vingt ans.

Occident est une chanson « à sujet », comme on dit. Elle parle du mal-logement. Est-ce une demande spécifique de votre part ?

Oui, c’est un des thèmes précis dont j’avais parlé à Benjamin. Je suis marraine de la Fondation Abbé-Pierre. L’accès au logement est une cause pour laquelle je me bats depuis de nombreuses années et ce n’est pas un sujet simple à aborder en chanson. Cela faisait des années que je m’y essayais et je rencontrais pas mal de difficultés. Ce n’était pas non plus un exercice évident pour Benjamin Biolay. Il n’a pas l’habitude d’écrire sur des sujets de société. Je ne pensais pas qu’il irait sur ce terrain-là. Je trouve que l’angle qu’il a choisi est bon, que la façon très cinématographique d’aborder les choses créée une ambiance qui colle au thème, sans être misérabiliste ni hors sujet.

L’album s’ouvre sur Loin, signée par Adélaïde Chabannes de feu-Thérapie Taxi. Le texte porte un message émancipateur…

Le lâcher prise, l’émancipation… C’est l’état d’esprit dans lequel je me sens aujourd’hui à l’aube de mes 40 ans. Je ressens l’urgence d’oser, ce n’est pourtant pas quelque chose qui me caractérise, ce petit manque de confiance en moi est longtemps resté. C’est ça aussi la cavale qu’évoque le titre de l’album : c’est le moment d’y aller, tout ce que j’avais dans la tête, mes envies, c’est maintenant ! Il faut vivre !

La Cavale, justement, ferme l’album et lui donne son titre. Vous en avez écrit le texte en grande partie…

Au départ, c’est une chanson sur Brest. La Cavale est un quartier de cette ville où j’ai vécu enfant. Avec Benjamin, on se disait que ce serait bien de conclure l’album par un piano-voix. Il m’a demandé si j’avais un texte, je lui ai donc proposé celui-ci. On l’a retravaillé ensemble et il a cherché une mélodie. Ce texte, je l’avais fait évoluer au moment où Christophe nous a quittés, à Brest. On était potes tous les deux, on avait travaillé et chanté ensemble, on partageait des dîners. Je suis Auvergnate par ma maman. Lui était lié à l’Auvergne. Donc on parlait de cette région et de la Bretagne.

Votre album Bretonne a été un succès en 2010. Vous pourriez envisager un album « Auvergnate » ?

Je ne pense pas. La musique celte, c’est mes racines. Elle est ancrée en moi. Je suis attachée à l’Auvergne pour ses paysages, son histoire, mais je ne peux pas dire qu’elle résonne en moi d’un point de vue musical.

Donc si Jean-Louis Murat vous propose de vous écrire un album, vous refusez ?

Là, c’est autre chose. Je suis une fan absolue de Jean-Louis Murat. Il est pour moi l’un des plus grands auteurs et compositeurs français actuels. Ses albums sont des merveilles. Pour moi, il est tout seul dans sa catégorie. Il a une base de fans énorme mais, malgré cela, je pense qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Il est cash, les journalistes viennent le chercher sur certains sujets parce qu’il est un sniper, mais on passe à côté de l’essence même de ce qu’il est : un auteur et un musicien incroyable. Cela a été une grande fierté pour moi de chanter une chanson qu’il a écrite pour moi [Sur mes lèvres]. Pour la petite histoire, j’ai fait un concert un soir au Zénith d’Auvergne. Jean-Louis Murat ne pouvait pas venir parce qu’il donnait un concert à Clermont-Ferrand en même temps. Il m’a fait livrer un bouquet de fleurs et ça, tout le monde ne le fait pas. Ce sont des détails comme celui-ci qui en disent long sur quelqu’un.

Récemment, on vous a vu dans Capitaine Marleau sur France 2. Une vocation de comédienne est née ?

J’ai adoré vivre ma première expérience d’actrice aux côtés de Corinne Masiero qui m’a accompagnée au-delà de ce que j’ai pu espérer et de Josée Dayan qui m’a donné ma chance. Cela m’a donné envie de recommencer parce que je sors de ma zone de confort, parce que je n’avais jamais osé auparavant. Cela fait appel à certaines émotions que je peux vivre dans mon métier de chanteuse, mais aussi à des choses que je ne connais pas, que je découvre. J’adore l’idée de continuer à apprendre.

Star Academy célèbre en ce moment ses 20 ans. Votre image est-elle indissociable de l’émission ?

On ne m’en parlait plus ! Je me demandais ce qui pouvait être assez fort pour surpasser la fulgurance, l’intensité, la médiatisation et la folie que j’ai eu la chance de vivre avec ces débuts. Réponse : Bretonne ! (rires) L’album a pris le dessus pendant dix ans. Et là, on commence à me reparler de Star Academy, parce que c’est les 20 ans. Pour moi, la boucle est bouclée aujourd’hui, tout ce qu’il y avait à dire, je l’ai dit – je fais partie de ceux qui n’ont jamais refusé de parler de l’émission dans mes interviews. J’en suis fière : ce sont mes débuts, j’ai été choisie par le public, je n’avais pas de pistons… Comment je pourrais avoir honte de ça ? Je n’ai pas vendu mon âme au diable. Cela a été la chance de ma vie. Après, oui, le premier album m’a un peu échappé, je n’avais pas choisi les chansons. Mais après, cela a été à moi de prendre conscience que tout restait à construire, que le plus dur était à accomplir. On me donnait une chance, c’était à moi de la concrétiser. A l’époque, on me donnait six mois. Là, ça fait vingt ans. Je pense que j’ai eu raison de m’accrocher, de reprendre les rênes dès le début et de ne pas avoir peur de dire non quand il le fallait. J’ai tracé mon chemin avec un parcours comme n’importe quelle autre artiste avec des succès, des moins succès (rires). Oui, il y a eu une fulgurance au début, mais il aura fallu vingt ans pour petit à petit s’installer, s’imposer, faire sauter certains préjugés, certains verrous.