Restitution d'œuvres au Bénin : Un dernier au revoir au musée du Quai Branly

HISTORIQUE A la mi-novembre, 26 œuvres jusque-là conservées et exposées au musée du Quai Branly, repartiront au Bénin, 130 ans après qu’elles aient été pillées de leur pays d’origine

Juliette Mouillet
L'exposition BÉNIN, la restitution de 26 œuvres des trésors royaux d'Abomey
L'exposition BÉNIN, la restitution de 26 œuvres des trésors royaux d'Abomey — J.Mouillet/20Minutes

« Je veux que d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique » annonçait Emmanuel Macron à Ouagadougou en 2017. Le mois prochain, ce sera chose faite pour la première fois. Alors que le musée du Quai Branly compte pas moins de 70.000 objets d’Afrique subsaharienne dans sa collection (soit l’essentiel des collections publiques françaises d’art africain), 26 d’entre eux repartiront au Bénin, leur pays d’origine, dès le mois de novembre.

Pour célébrer leurs dernières semaines en métropole, le musée parisien propose de dire au revoir à ces œuvres de l’ancien royaume de Danhomè, à travers une exposition qui prendra fin le dimanche 31 octobre.

Des premières études sur l’origine des acquisitions

En 2017 et à la suite de son discours dans la capitale du Burkina Faso, Emmanuel Macron avait commandé  un rapport à Felwine Sarr et Bénédicte Savoy sur la question du patrimoine africain conservé en France. Remis en novembre 2018, ce rapport recommandait notamment « une clarté totale sur les contextes historiques et scientifiques à la faveur desquels les objets sont arrivés dans les collections qui les conservent aujourd’hui. »

En parallèle, le musée du Quai Branly mène depuis plusieurs années « un long travail » sur toutes les œuvres qu’il conserve afin d’identifier « celles qui auraient été prises de manière violente sans le consentement des propriétaires, par des prises de guerre ou par des coercitions de l’administration coloniale », a expliqué Emmanuel Kasarhérou, président du musée, lors de l’inauguration de la Semaine culturelle du Bénin au Quai Branly.

Dans le cas des 26 œuvres prochainement restituées, il a été établi que les trônes, statues, portes du palais et autres objets avaient été pillés par les troupes coloniales en 1892, dirigées à l’époque par le général Dodds. Gaëlle Beaujean, conservatrice au musée, explique que « l’État français n’a jamais demandé de butin de guerre dans ce conflit, donc la prise des objets s’est faite de façon privée/personnelle. Certains continuent de circuler dans des familles, d’autres passent par le marché. On arrive à un moment, même 130 ans plus tard, où certains objets peuvent réapparaître sur le marché, et on en est déjà à la 6e ou 7e main, parfois plus ». Ici, les 26 objets restitués proviennent d’une donation du général Dodds, remis en 1892 puis 1895.

La restitution a nécessité une dérogation à la loi

Depuis le XVIe siècle (et malgré une courte pause), un édit déclare que tous les biens qui intègrent les collections nationales publiques sont inaliénables, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas être vendus, échangés ou encore rendus. Aujourd’hui encore, « tous les musées avec des collections publiques sont encadrés par cette loi, qui va au-delà du type de régime politique », précise la conservatrice.

Ainsi, seule une dérogation à cette loi permettait la restitution des œuvres. D’abord demandée par Emmanuel Macron, la proposition de texte de loi a été votée à l’Assemblée Nationale le 17 décembre 2020, puis promulguée par le président le 24 décembre de la même année.

Ouverte au public depuis ce mardi, l’exposition éphémère semble attirer les curieux.

« Initialement, je devais venir pour voir une autre exposition, mais je me dis que ce sont des œuvres que je ne verrai peut-être plus, à moins que j’aille au Bénin » nous explique une des visiteurs. Un peu plus loin, une mère de famille ajoute, « j’aime bien les arts africains, donc c’est l’occasion de montrer à mon fils une culture différente, et bien sûr de voir ces objets une dernière fois ».

« Je pense que c’est un juste retour »

Concernant la restitution des œuvres au Bénin, un avis favorable semble être partagé par le public présent sur place, à l’image de cette visiteuse, qui nous explique, « c’est plutôt normal de rendre au pays d’origine les trésors, les œuvres qui leur ont été dessaisis. On a eu le plaisir de les avoir en France, mais au vu des conditions dans lesquelles ça a été pris… je pense que c’est un juste retour ».

Rappelons enfin que ces objets seront dans un premier temps dans un lieu de stockage au Bénin, avant d’être exposés à l’ancien fort portugais de Ouidah et la maison du gouverneur, « lieux historiques de l’esclavage et de la colonisation européenne, en attendant la construction d’un nouveau musée à Abomey », précise le directeur du musée.

Le début, sans doute, d’une série de restitutions…