30 ans des Rockomotives : Comment le festival a trouvé la voie de la longévité ?

MUSIQUE Depuis 1992, le festival Rockomotives, qui fête ses 30 ans, s’est imposé comme le plus grand des petits festivals de musique

Anne Demoulin
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Chapelier Fou Ensemb7e fait partie des têtes d'affiche de la 30e édition des Rockomotives.
Chapelier Fou Ensemb7e fait partie des têtes d'affiche de la 30e édition des Rockomotives. — Charline Thiriet
  • Les Rockomotives de Vendôme fêtent leurs 30 ans du 23 au 30 octobre dans le Loir-et-Cher.
  • Depuis 1992, les Rockomotives de Vendôme se sont imposées comme un rendez-vous dont le public et les professionnels du secteur scrutent la programmation.
  • Comment ce festival a trouvé la voie de la longévité ?

Le plus petit des grands festivals de musique fête ses 30 ans ! Depuis 1992, les Rockomotives de Vendôme se sont imposées comme un rendez-vous dont le public et les professionnels du secteur scrutent la programmation. Organisées par l’association Figures Libres à Vendôme, dans le Loir-et-Cher, les Rockomotives ont prévu du 23 au 30 octobre quelques surprises pour célébrer ce trentième anniversaire.

A côté des mastodontes de l’été comme les Eurockéennes ou les Vieilles Charrues, les Rockomotives se singularisent par leur dimension humaine. « Au départ, c’était des ateliers pour les enfants, organisés par le service jeunesse à Vendôme, et en fin de semaine, il y avait un ou deux concerts », raconte Richard Gauvin, programmateur de l’événement.

Un « lieu magique » de 1200 places

A son arrivée en 1994, « on faisait en gros trois soirées dans une salle d’environ 400 personnes », se souvient-il. En 1997, les Rockomotives investissent la grande salle du Minotaure, qui peut accueillir quelque 1.200 spectateurs. « On aménage ce lieu chaque année. Ce n’est pas une salle à proprement parler, mais le lieu est magique, se réjouit le programmateur. Quand on est passé à la grande salle du Minotaure, on a eu la chance d’avoir eu dès la première année Louise Attaque et Miossec. C’était la première vraie tournée de Louise Attaque. »

Pour l’édition 2021, une quarantaine d’artistes vont se succéder sur scène, dans quatre lieux différents de la ville de Vendôme : la chapelle Saint Jacques (« le premier qui a fait un petit concert à la chapelle dans le cadre des Rockomotives, c’était Yann Tiersen en 1996 », se remémore Richard Gauvin), le Minotaure, la Fabrique du Dr Faton et l’Alkazar bar.

« Dès ce week-end, on a une sorte de petit préambule avec des petites jauges dans des petits lieux. On organise même parfois des concerts chez l’habitant, pas cette année, mais on le fait régulièrement. Puis, nous avons trois grosses journées de festival, les jeudis, vendredi et samedi concentrent 80 % de la programmation », détaille le programmateur.

Un événement qui se déroule à « une période creuse »

La dimension humaine fait partie de l’ADN du festival. « On a aucune volonté d’aller plus loin, le festival correspond au potentiel public de notre Vendômois. On a aussi beaucoup de professionnels du secteur qui viennent », poursuit l’expert.

Le festival se déroule en effet à l’automne à une « période creuse, notamment pour les festivals d’été », avec qui Rockomotives a noué de solides liens au sein de la fédération internationale de festivals De Concert.

La voie de « l’authenticité et du non-formatage »

Les Rockomotives se distinguent aussi par leur programmation qui attire les amateurs de rock, comme son nom l’indique, mais pas que… « Le choix de ce nom a été fait en 1992, les choses ont évolué depuis », explique le programmateur.

« Il y a ceux qui servent l’interchangeable soupe réchauffée, enflant comme des baudruches sponsorisées à mesure que l’ambition artistique perd du terrain, et ceux qui n’ont pas oublié les raisons pour lesquelles ils ont décidé un jour de partager leurs frissons », avait écrit le musicien Olivier Mellano il y a dix ans dans le livret de la 20e édition.

Richard Gauvin définit ainsi la ligne éditoriale : « On se méfie des artistes surdopés au marketing. Je recherche l’authenticité et le non-formatage. J’aime quand l’artiste est maître de son environnement. Un artiste à qui l’on impose, ne serait-ce qu’une cover de pochette d’album, pour moi, c’est mort. Je pense que c’est le début d’un truc qui ne va pas. Être conseillé, c’est autre chose. »

« Des grands noms dont on est très fiers »

Le programmateur se défend pourtant d’être « anti-mainstream ». En trente ans d’existence, le festival a accueilli « des grands noms dont on est très fiers » comme Bashung, Peter Doherty, Dominique A, Kery James, Jain, Têtes Raides, Feu Chatterton, Eddy de Pretto « à ses débuts, quand il était seul avec son iPhone » et « Christine and The Queen, qui n’avait fait des concerts que dans des bars à Nantes, c’était son premier festival. »

Si la base est toujours pop-rock, les Rockomotives accueillent aussi la nouvelle chanson française, les musiques électroniques et la scène hip-hop. « Je déteste les soirées à thème. On ne fait pas de soirée rock, hip-hop ou électro… Si on est tous dans une salle pour se ressembler, on ressort de cette salle en étant convaincu de ce que l’on est. J’aime bien la confrontation à l’autre, l’échange. C’est comme cela qu’on grandit », estime Richard Gauvin, qui fait aussi attention à mélanger les « générations » d’artistes au sein d’une même soirée.

« On a vraiment insufflé une sorte de philosophie »

« On tient à avoir un accueil public au top », lance Richard Gauvin. Un soin tout particulier est accordé au choix des stands de restauration. Côté bar, par exemple, « on essaye d’associer les producteurs locaux de vin en biodynamie ou de bière artisanale. »

Autre particularité : « Il n’y a pas d’espace VIP sur le festival, c’est historique, nous n’en voulons pas. Si l’artiste a besoin d’aller boire un verre ailleurs que dans sa loge, c’est au bar avec le public. »

L’organisation veille aussi à « la pollution visuelle ». « Tout ce qui est communication est concentré dans l’espace accueil du festival et ensuite, c’est vierge de toute publicité. Il n’y a pas de pollution sur scène, pas de gros logos Rockomotives… On n’est pas là-dedans. On a vraiment insufflé une sorte de philosophie. »

Une édition 2021 avec « des petites surprises »

Un état d’esprit que les fidèles du festival retrouveront pour cette 30e édition. Après une édition 2020 un peu particulière en raison de la crise sanitaire, « avec des jauges à deux tiers », « assise et sans bar », les festivaliers, munis « d’un pass sanitaire évidemment » pourront assister aux concerts « debout et non masqués ».

« Quelques personnes historiques du festival vont venir faire des petites surprises en mixant à droite à gauche comme Robert le Magnifique ou Yann Tiersen », annonce Richard Gauvin. Laetitia Sheriff, habituée programmée cette année, « nous fait un beau cadeau » : « La captation d’un morceau purement acoustique dans un lieu un peu atypique à Vendôme » avec une chorale voisine.

Côté programmation, « sur les têtes d’affiche, on a Girls in Hawaï, Lo’Jo, Chapelier Fou, les Mansfield. Tya, ou Rone. Rone, c’est une première, on est très content de l’avoir, on essaye depuis pas mal de temps de l’avoir cela tombait toujours mal », résume-t-il Et d’ajouter : « On est très content d’accueillir le meilleur groupe de dub français, Stand High Patrol. »

Et de conclure : « On a un public tellement éduqué aujourd’hui à cause ou grâce à trente ans de festival et autres programmations. On ne peut pas les tromper. Ils ont de la culture musicale. »