Sète : Sur la tombe de Brassens, « pas un jour sans qu’une centaine de personnes lui rendent hommage »

CENTENAIRE Le chanteur dont l’héritage a traversé les années, aurait eu cent ans le 22 octobre 2021. A Sète, des centaines de personnes viennent chaque jour lui rendre hommage sur sa tombe

Jérôme Diesnis
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Des centaines de personnes se succèdent dans un flot quasiment ininterrompu devant la tombe de Georges Brassens, à Sète
Des centaines de personnes se succèdent dans un flot quasiment ininterrompu devant la tombe de Georges Brassens, à Sète — J. Diesnis / Agence Maxele Presse
  • Le chanteur aurait eu 100 ans le 22 octobre. La ville de Sète, dont il était originaire, lui rend hommage pendant toute une semaine.
  • Au cimetière du Py, où il repose, des anonymes viennent lui rendre hommage, dans un mouvement qui ne s'arrête jamais.
  • Un pin parasol, planté par ses amis le 31 octobre 1981 au pied de sa dernière demeure, est désormais adulte.

Un couple descend l’allée qui borde la section 9. S’arrête, hésite, et remonte doucement en regardant avec plus de soin encore chaque tombe. « Elle est là ». C’est vrai qu’au premier coup d’œil, elle ne paie pas de mine, la sépulture de Georges Brassens. « C’est souvent que les gens passent devant sans la voir avant de faire demi-tour, sourient Christian et Eveline Mouisse, des habitués du lieu. Il n’y a pas de fioriture. Elle est comme il était lui-même de son vivant, d’une grande simplicité. » Et évidemment sans signe religieux. Le contraire aurait été trahir le souvenir de ce grand anticlérical qui s’amusait des tempêtes dans un bénitier.

Né le 22 octobre 1921, Georges Brassens aurait eu cent ans le 22 octobre. Mais ici, à Sète, sur sa terre natale où son corps fut ramené, « c’est comme si sa présence ne s’était jamais arrêtée. Je pense qu’il n’y aura jamais de fin », évoque Brigitte, l’assistante du conservateur du cimetière. Après tout, mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente… « Toute l’année, il n’y a pas un jour sans qu’une centaine de personnes viennent lui rendre hommage, de tous les âges, de toutes les conditions, reprend-elle. Parfois on entend quelqu’un gratter une guitare. Normalement, c’est interdit, mais ce sont des musiciens qui viennent lui rendre hommage à leur façon. Ça ne dure jamais longtemps. »

Une miniguitare, des pipes, des galets…

Tous ces amis venus faire d’affectueuses révérences sur sa concession se trompent parfois d’aiguillage. Au cimetière marin, il n’est pas rare de croiser des gens en quête de l’ami Georges. Sauf qu’il n’est pas enterré sur les pentes du mont Saint-Clair, pas davantage que sur la plage de la corniche d’ailleurs. Mais à l’autre bout de l’île Singulière, ce surnom que Frédéric Mistral avait donné à la ville, au cimetière du Py, le plus ancien cimetière de la ville. Avec vue directe sur l’étang de Thau, où il aimait naviguer. Plutôt sympathique également.

Un père et sa fille, devant la tombe de Georges Brassens, à Sète.
Un père et sa fille, devant la tombe de Georges Brassens, à Sète. - J. Diesnis / Agence Maxele Presse

Et si son caveau de famille en plus de n’être pas tout neuf, passe inaperçu, il suffit de lever les yeux pour repérer sa dernière demeure. Le 31 octobre 1981, jour de son inhumation, ses amis ont planté un pin parasol, devenu adulte. Le seul au milieu d’un alignement de cyprès. Sur sa tombe, à y regarder de plus près, les hommages ne manquent pas. Une guitare miniature, des pipes, des galets délicatement posés sur la pierre tombale sur lesquels sont inscrites de jolies pensées. Jusqu’à ces mots écrits à même la souche d’une branche d’arbre : « Auprès de mon arbre, je vivais heureux, lit à voix haute Hervé Charbit. C’est lui qui a écrit ce couplet de Brassens. C’est un principe de vie. » Il est venu spécialement de Dijon avec sa femme, France, lui rendre hommage.

Défilé des bus, l’été

« C’est son centenaire, l’occasion de lui rendre visite. » Et il n’est pas le seul à avoir cette idée. S’ils sont une centaine en temps normal, c’est actuellement un défilé permanent. « On n’effectue aucun comptage, mais il y a bien 300 personnes qui viennent le voir chaque jour », reprend Brigitte. Comme ces élèves de troisième de la Maison Familiale rurale Valrance, en Aveyron, venus à la rencontre du poète anarchiste après avoir planché sur son oeuvre. Et en particulier La mauvaise réputation. Excellent choix, évidemment.

Pendant une semaine, Brassens, sera fêté dans sa ville natale, avec des concerts, des rencontres et même une procession sur la plage de la corniche, quitte à déranger quelque ondine. Mais pour ces touristes qui viennent en car, l’hommage ne s’arrête jamais. « On voit parfois arriver des bus les uns derrière les autres l’été, on se demande d’où viennent tous ces gens… », n’en revient toujours pas Brigitte. Sans doute viennent-ils chercher un petit coin de paradis…