« Astérix et le Griffon » : Les Gaulois partent en expédition contre les superstitions et les fake news

BD Dans le 39e album de ses aventures, « Astérix et le Griffon », le Gaulois part vers l’Est dans la contrée des Sarmates

Benjamin Chapon
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case extraite de la BD Astérix et le Griffon
case extraite de la BD Astérix et le Griffon — Hachette
  • Le nouvel album des aventures d’Astérix et Obélix est le 39e de la série, et le 5e signé par le duo Ferri/Conrad.
  • Intitulé Astérix et le Griffon, il est centré autour des thèmes de la croyance et des fake news.
  • 20 Minutes a lu l’album avant sa sortie ce jeudi et en discutait avec son scénariste Jean-Yves Ferri.

Ces couillons de Romains se sont mis en tête de chasser le Griffon, créature imaginaire mi-aigle mi-lion, dans le Grand Est du monde connu, au plus profond des terres barbares. Dans Astérix et le Griffon, le 39e album de la série créée par René Goscinny et Albert Uderzo, nos valeureux Gaulois partent dans ces contrées enneigées pour prêter main-forte aux Sarmates, peuple local menacé par l’expédition romaine. « Le thème de cet album, c’est la croyance, la superstition, explique Jean-Yves Ferri qui scénarise là son cinquième album d’Astérix, avec toujours Didier Conrad au dessin. Je me suis appuyé sur des choses exactes, ou du moins sur des croyances exactes de l’époque. Mes guerrières amazones du Grand Est ? Les Romains y croyaient. Mon griffon aussi, mais ils l’appelaient tarasque… Même le géographe Trodéxès de Collagène est inspiré d’un personnage réel. » Et porte les traits de Michel Houellebecq.

S’il a décidé de « répondre au débat actuel » sur la place des femmes dans la société en confrontant Astérix et Obélix à une société matriarcale où les femmes font la guerre et les hommes restent au foyer, Jean-Yves Ferri porte surtout son humour au service du débat sur les fake news et le complotisme. « Je n’oppose pas le rationalisme des Romains au romantisme des Gaulois, explique le scénariste. On se raconte tous des histoires. La différence, c’est la manière dont on accepte la réalité quand elle arrive. »

« La superstition est équitablement partagée »

Sans trop en dévoiler de l’intrigue de cet album – probablement le meilleur du duo Ferri-Conrad – on peut tout de même révéler que les Romains se montrent bourrins, idiots et superstitieux là où les Gaulois et leurs alliées sont rusées, courageuses… et superstitieuses. « La superstition est équitablement partagée, rigole Jean-Yves Ferri. Mais la différence, c’est que les Romains sont déçus par les découvertes qu’ils font parce qu’elles ne correspondent pas à leurs attentes, là où les Gaulois s’émerveillent. »

Case extraite de l'album de BD Astérix et le Griffon
Case extraite de l'album de BD Astérix et le Griffon - Hachette

Pour autant, cet album est l’un de ceux où Astérix et Obélix (et Panoramix et Idéfix, qui sont aussi du voyage) sont le plus en danger. « Pour coller au thème, je voulais les sortir de leurs repères. Le décor est très nouveau, ils n’ont plus de potion magique, Idéfix est parti, Panoramix est enrhumé… » Que ce soit au travers d’un légionnaire complotiste nommé Fakenius ou avec les chamans sarmates qui fabriquent des histoires pour se protéger des Romains cupides, cet album n’est pas tendre avec l’époque contemporaine. « Romains et Gaulois parcourent un vaste monde inconnu, leurs croyances paraissent naturelles. A notre époque, on a moins d’excuses… »

Les Romains du côté de la science

Mais la science est aussi à l’honneur dans Astérix et le Griffon : les Romains mènent une véritable expédition ethnographique. Le géographe qui mène les troupes s’agace que les légionnaires soient bigots et ignorent que la Terre est ronde. Les Gaulois en revanche sont là pour aider les Sarmates à garder méconnus leur territoire. Une répartition des rôles qui renvoie en partie à l’opposition entre Romains rationnels et scientifiques et Gaulois romantiques et sauvages. « Ce cliché a la peau dure, constate Michel Rouger, directeur du MuséoParc d’Alésia. Il vient sans doute du fait que les Gaulois sont un peuple de l’oralité. On se figure qu’il n’y a pas de transmission du savoir scientifique sans l’écriture. Or on sait que les druides étaient savants, philosophes, ils connaissaient l’astronomie, les cycles naturels. Ils ne se contentaient pas de cueillir du gui ! »

D’ailleurs si Panoramix ne sert pas à grand-chose dans cet album – le noble druide fait même office de bouffon pour des gags de fin de pages –, cela renforce l’esprit d’initiative d’Astérix et Obélix qui ne comptent ni sur la potion, ni sur les dieux, par Bélénos. Là où les Romains, terrorisés par les Sarmates, s’en remettent à Diane dans un culte païen tourné en ridicule. « Gaulois et Romains partageaient beaucoup de choses dans leurs manières de remercier ou d’interroger les dieux, précise Michel Rouger. On retrouve des rites et des pratiques similaires. Il n’y avait pas un peuple plus "irrationnel" que l’autre. Même la superstition, popularisé par Astérix, du ciel qui peut leur tomber sur la tête était partagé par de nombreux peuples de l’Antiquité. » Pas si fou ces Gaulois.

Un autre thème d’actualité

Si Jean-Yves Ferri a donc choisi le thème bien contemporain des fake news et de la bigoterie pour son nouvel album, il glisse aussi quelques références à l’autre actualité de ces derniers mois : le coronavirus. « Je fais une ou deux allusions au confinement avec des jeux de mots, et puis il y a Panoramix qui, en quelque sorte, cherche un vaccin en se débattant pour refaire une potion magique, explique le scénariste. Mais en vérité, le confinement et le coronavirus, ça ne fait pas rire grand monde, je crois que suffisamment de livres vont y faire référence. »