Marseille : Une fresque pour rendre hommage à la résistance ouïghoure

STREET ART Signée Mahn Kloix, cette fresque est le point de départ d’un ambitieux parcours d’art urbain qui sera, à terme, composé d’une centaine d’œuvres

Alexandre Vella
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Réalisé par Mahn Kloix, ce visage de Tursunay Ziawudun, est un hommage à la résistance des Ouïghours
Réalisé par Mahn Kloix, ce visage de Tursunay Ziawudun, est un hommage à la résistance des Ouïghours — Fabio Calmettes
  • Une fresque géante a été réalisée par Mahn Kloix, rue Félix Pyat, dans le 3e arrondissement de Marseille, l’un des plus pauvres de la ville.
  • Elle représente Tursunay Ziawudun, une Ouïghoure qui a témoigné de son calvaire vécu dans un des « camps » chinois.
  • Cette fresque est le point de départ d’un ambitieux parcours d’art urbain qui sera, à terme, composé d’une centaine d’œuvres.

« C’est beau, déjà. Et je dirais que cette dame est étonnée ou qu’une chose l’a choquée », tente de deviner Sofiane, 21 ans, en passant devant la fresque géante réalisée par Mahn Kloix, rue Félix Pyat, dans le 3e arrondissement de Marseille, l’un des plus pauvres de la ville. Ajoutant : « c’est peut-être une gitane, ou une Roumaine, vu le léger voile qu’elle porte ».

Ce visage, est celui de Tursunay Ziawudun, une Ouïghoure qui a témoigné de son calvaire vécu dans un des « camps » chinois. Internée de force, violée à plusieurs reprises, elle incarne la répression subie par cette minorité musulmane de l’ouest de la Chine. Répression dénoncée par des ONG – Amnesty international évoque des « crimes contre l’humanité » - là où la Chine préfère parler de « centre de formation professionnelle ». Et tant pis, si Sofiane, comme tous les autres habitants de ce quartier rencontrés ce jour-là, n’a pas tout deviné. « J’ai juste mis son nom. Après, les gens s’informent s’ils le souhaitent, mais une œuvre doit aussi parler d’elle-même », indique Mahn Kloix, l’artiste qui l’a réalisée, satisfait que l’émotion soit passée.

« J’ai découvert l’histoire de Tursunay Ziawudun en regardant un documentaire de la BBC », poursuit-il. « Je voulais faire une œuvre pour les gens discriminés. Je suis très attaché aux libertés individuelles, l’orientation confessionnelle ou sexuelle, par exemple », explique l’artiste de 40 ans qui réside à Marseille. « Je suis beaucoup l’actualité, et si certains me résument à un militantisme artistique, je ne me fais que l’écho du monde qui nous entoure ».

« Apporter un souffle nouveau à ces quartiers, au-delà du travail de rénovation »

Cette fresque est le point de départ d’un ambitieux parcours d’art urbain qui sera, à terme, composé d’une centaine d’oeuvres. Porté par l’association Méta 2, ce projet baptisé Mauma (pour Musée d’art urbain de Marseille) et initié début 2020, entend se déployer dans l’espace public des 2e, 3e, 14e et 15e arrondissement de la ville. Et pas seulement en fresque, des sculptures et des aménagements urbains réalisés en partenariat avec les populations locales sont prévus.

« On souhaite apporter un souffle nouveau à ces quartiers, au-delà du travail de rénovation sur le foncier », détaille Aurélie Masset, la directrice du Méta 2 et elle-même artiste. « Pour créer ce projet, je me suis inspirée de ce qui a pu déjà être fait ailleurs, comme à Medellin », ou un parcours «  street art » contribue à changer l’image de la ville. L’idée est de faire un itinéraire dans chaque arrondissement visé, et que ces derniers soient reliés entre eux par les transports en commun. Le développement des transports, un sujet d'actualité de Marseille. « Si on peut y contribuer… », glisse Aurélie Masset dont les prochains projets devraient voir le jour en 2022.