« Baiser Mortel » à la Bourse de commerce : Lala&ce et Low Jack revisitent les codes de la comédie musicale façon hip-hop

HIP-HOP Accompagnés de la chorégraphe Cecilia Bengolea, les deux artistes mêlent chant et danse dans un spectacle musical où se côtoient l’amour et la mort

Clio Weickert
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Low Jack, Lala&ce et Cecilia Bengolea.
Low Jack, Lala&ce et Cecilia Bengolea. — Sam Clarke
  • Du 18 au 20 octobre, la Bourse de commerce - Pinault Collection présente le spectacle « Baiser Mortel ».
  • Une création originale de Low Jack et Lala&ce qui revisitent les codes de la comédie musicale.
  • Accompagnés de la chorégraphe Cecilia Bengolea, les deux artistes mêlent chant et danse dans un spectacle musical où se côtoient l’amour et la mort.

Le soir de la répétition générale le samedi 16 octobre, la salle est comble, l’obscurité et le silence gagnent le public, le spectacle va commencer. Derrière la baie vitrée qui sépare la scène de l’arrière-salle de l’auditorium de la Bourse de commerce-Pinault Collection, une apparition fantasmagorique fait alors son entrée. « Quand la mort descend sur Terre, que reste-t-il à craindre dans le ciel ? », lance-t-elle au loin, nimbée d’une lumière d’aube embrumée. Les premières notes de musique électroniques résonnent et le temps que l’œil s’acclimate, le spectateur reconnaît la rappeuse Lala&ce. Surgit ensuite BabySolo33, une jeune artiste bordelaise, qui traverse en chantant le devant de la scène cette fois-ci, et capte l’attention des spectateurs de sa voix haut perchée et envoûtante, traînant derrière elle une longue tresse de plusieurs mètres.

De prime abord, l’introduction du spectacle Baiser Mortel ressemble à un concert. Mais à mesure que défilent les minutes, le spectacle prend une tout autre envergure : les morceaux se transforment en scènes, les tableaux s’enchaînent comme au théâtre, incarnés non pas par des acteurs, mais des rappeurs-euses et des danseurs-euses. L’histoire de cette création originale présentée du 18 au 20 octobre ? Celle de la mort descendue sur terre, qui s’y retrouve piégée par l’amour. Un thème classique revisité ici sous une forme toute particulière : la rencontre du hip-hop et de la comédie musicale.

La rencontre de plusieurs univers et de multiples disciplines

Il s’agit du fruit de la rencontre de deux OVNI musicaux : d’un côté Low Jack, compositeur de musique électronique, qui signe la mise en scène (aux côtés d'Oriana Bekka pour la direction artistique) et la composition de Baiser Mortel, et de l’autre Lala&ce, rappeuse avant-gardiste au flow planant qui joue le rôle de la mort. Deux artistes qui se sont rencontrés lors d’une performance dans le cadre de la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain), dans l’Eglise Saint-Merry à Paris en 2019. « Un truc s’est passé entre nous, on était vraiment contents. On voulait faire beaucoup plus que ça, un EP, un disque, faire du studio et avoir plus de temps pour développer un projet à deux », explique le compositeur quelques jours avant la première. De là, la Bourse de commerce entre en jeu et leur propose une carte blanche, « une idée un peu folle, ni un concert ni une performance », précise Low Jack. Ils se mettent alors à rêver d’un « spectacle hybride de danse et de musique » et s’inspirent d’un film des années 1930 Death Takes a Holiday de Mitchell Leisen.

Les deux artistes se chargent du pan musical et sont rejoints par la chorégraphe argentine Cecilia Bengolea pour le volet danse. « Nous voulions que quelqu’un comprenne ce qu’on fait, qui ce ne soit pas purement dans de la danse contemporaine, mais en mesure de danser sur de l’urbain, précise Low Jack. La plupart de ses danseurs sont de Jamaïque ou ont des affinités avec le dancehall et le reggaeton. Pas forcément dans le rap, mais il y a des ponts. Cet attrait pour ces rythmes-là était un peu notre point commun entre nous trois. » La chorégraphe invite l’Ukrainienne Katrin Wow, la Française Elodie Chan et le Jamaïcain Craig Black Eagle pour danser dans la pièce. De son côté, Lala&ce convie plusieurs artistes pour partager la scène avec elle, les chanteuses Jäde et BabySolo33, ainsi que les rappeurs Rad Cartier et Le Diouck. Enfin, la jeune créatrice Marine Serre, qui secoue le monde de la mode depuis plusieurs années, signe quant à elle tous les costumes.

Au carrefour de théâtre, de la musique et de la danse

Autant d’artistes, d’univers et de disciplines entremêlées dans ce spectacle original qui marie comédie musicale et hip-hop. Un cocktail qui peut toutefois surprendre. « Comme quoi c’est possible, répond Lala&ce. Mais après on l’a fait à notre sauce, il n’y a pas de dialogues qui enchaînent sur un son, ce n’est pas Disney, du tout ! Il y a beaucoup de musique et de moments musicaux traduits par de la danse. C’est une immersion dans un monde. » « L’inspiration c’est plus sur la façon dont on raconte une histoire que sur la forme que ça prend », ajoute pour sa part Low Jack.

Sur scène l’histoire se relate ainsi tout autant visuellement que musicalement. Les rappeurs-euses incarnent des personnages et se répondent en chanson, les danseurs-euses expriment des émotions et soulignent l’action. « Ce qui m’a plu c’est la mise en scène des sons, le fait de ne pas performer comme d’habitude, explique Lala&ce. C’est un spectacle, il y a une histoire, c’est un peu plus théâtral. » Chaque interprète a écrit ses textes et s’est approprié son rôle. Un savant mélange de musique et d’acting qu’ont « naturellement » adopté les artistes. « En amont on avait pris le parti qu’il n’y aurait pas d’acting, que ce serait ne serait pas théâtralisé, note Low Jack. Finalement on s’est aperçu que c’était important. Et tous ont joué le jeu, on sent même que ça les a fait kiffer d’aller sur autre chose. » 

Pour l’heure ce spectacle musical original, inédit et follement séduisant n’en est qu’à ses prémices. Si les quatre premières dates à la Bourse de commerce se sont remplies en un éclair, une tournée n’est pas encore d’actualité. Un album concept devrait quant à lui être édité l’an prochain où figureraient tous les titres de Baiser Mortel.