Netflix défend le comique Dave Chappelle, accusé de transphobie

CULTURE Malgré les appels au boycott, l'entreprise californienne estime que les sorties de Dave Chappelle ne s'apparentent pas à de la «haine»

P.B. avec AFP
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Le comique américain Dave Chappelle en 2019.
Le comique américain Dave Chappelle en 2019. — AFP

La polémique ne retombe pas. Véritable légende aux Etats-Unis pour ses observations féroces des inégalités raciales, le comique Dave Chappelle est accusé depuis des années de transphobie. Et dans son dernier spectacle, The Closer, lancé sur Netflix la semaine dernière, il en a rajouté une couche. Face aux appels au boycott et à la déprogrammation, la plateforme a pris la défense de l’humoriste lundi. Et a sévi contre des employés trop vocaux.

Même s’il assure n’avoir « aucun problème » avec les personnes trans, Dave Chappelle ne peut pas s’empêcher, depuis fort longtemps, de caser souvent deux ou trois blagues ou remarques méchantes dans ses spectacles («Ça reste un mec avec une robe », « Au moins, ils vont jusqu’au bout de leurs convictions, ils se coupent la b**e », « C’est du white privilege, Bruce Jenner a eu moins de mal à changer de genre que Cassius Clay son putain de nom »).

Propos « dangereux »

En 2016, Chappelle a signé un méga-contrat de plus de 20 millions de dollars avec Netflix et a sorti six spectacles sur la plateforme de streaming. Dans ce qui pourrait être – pour l’instant – son dernier, The Closer, il jure dans un premier temps qu’il va arrêter de parler de la communauté trans. Mais quelques minutes plus tard, il part dans une tirade sur le genre : « Le genre est un fait. Chaque être humain dans cette pièce, chaque être humain sur Terre a dû passer entre les jambes d’une femme pour être sur Terre. C’est un fait », dit-il notamment. Il y prend au passage la défense de l’auteure britannique J.K. Rowling, accusée par certains l’an dernier d’avoir tenu des propos insultants à l’égard des personnes transgenres sur Twitter, en se revendiquant de la « team Terf », pour « trans-exclusionary radical feminist ».

Ces déclarations n’ont pas été du goût d’associations de défense des LGBTQ, comme la National Black Justice Coalition, qui a demandé à Netflix de déprogrammer ce spectacle. Jaclyn Moore, la show-runneuse de Dear White People, une série diffusée sur la plateforme, a juré qu’elle ne travaillerait plus pour Netflix « tant qu’ils feront la promotion de contenu transphobe dangereux »

Trois employés suspendus

Dans un mémo adressé aux salariés, Ted Sarandos, co-directeur exécutif du groupe, a déclaré que le travail de Dave Chappelle ne s’apparentait pas à de la « haine » et que la société ne retirerait pas le programme, selon Variety, qui a pu consulter le document.

« Certains talents pourraient se joindre à des tiers pour nous demander de supprimer l’émission dans les jours à venir, ce que nous ne ferons pas », indique le mémo, ajoutant que Dave Chappelle est l’un des artistes les plus populaires du moment.

« Nous n’autorisons pas (sur) Netflix les programmes conçus pour inciter à la haine ou à la violence, et nous ne pensons pas que The Closer franchisse cette limite. » « Je reconnais cependant qu’il est difficile de faire la distinction entre le commentaire et l’insulte, surtout avec le stand-up qui existe pour repousser les limites », lit-on encore.

Selon Variety, trois employés qui s’étaient invités à une réunion virtuelle de cadres afin de protester contre ce spectacle ont été suspendus. Ils ont été sanctionnés pour avoir participé à une réunion à laquelle ils n’étaient pas invités, et non pour avoir critiqué le programme, avance le magazine.