« Les Anglais sont plus à l’aise avec l’autodérision que les Français », avance l’humoriste Paul Taylor

INTERVIEW « 20 Minutes » s’est entretenu avec l’humoriste anglais Paul Taylor qui vit en France et reprend son spectacle bilingue « So British ou presque » au Grand Rex à Paris, puis en tournée

Propos recueillis par Fabien Randanne
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L'humoriste Paul Taylor s'amuse des spécificités culturelles des Britanniques et des Français.
L'humoriste Paul Taylor s'amuse des spécificités culturelles des Britanniques et des Français. — Laura Gilli
  • L’humoriste Paul Taylor reprend sur les scènes françaises son spectacle So British ou presque. Un show bilingue en français et en anglais.
  • « Le retour qu’on me fait le plus souvent après mon spectacle c’est : "Honnêtement, je pensais que j’étais une merde en anglais et j’ai réussi à tout comprendre. Merci de m’avoir redonné confiance" », avance le trentenaire à 20 Minutes.
  • Selon lui, la principale différence entre l’humour français est l’humour anglais est que l’un va plus volontiers vers la politique et l’autre est davantage tourné vers l’autodérision.

Son premier spectacle de stand-up, #Franglais, était, comme son titre le laissait deviner, à moitié en anglais et à moitié en français. Etant donné qu'« it went pretty well », Paul Taylor a décidé d’en écrire un deuxième avec le « same concept ». L’humoriste britannique jouera ce show, intitulé So British ou presque, mardi 19 et mercredi 20 octobre au Grand Rex, à Paris, avant de repartir « on tour » en France*. Au public, il racontera ses péripéties de ce côté-ci de la Manche où il vit depuis plus de dix ans, évoquera sa vie de famille et parlera des spécificités culturelles qui ne cessent de le surprendre.

Avec votre spectacle bilingue, vous avez tendance à démontrer que les Français ne sont pas si nuls en anglais puisqu’ils sont nombreux à venir vous voir, non ?

En général, les Français sont très durs envers eux-mêmes par rapport à leur niveau d’anglais. La preuve que c’est faux : on peut proposer des spectacles dans les deux langues, les gens viennent quand même et comprennent. Il est d’ailleurs plus simple de comprendre que de parler. En général, vous comprenez bien l’anglais. Je dis « vous », mais j’ai surtout créé une niche avec le spectacle. Au Grand Rex, il y aura 2.600 personnes et, comparé aux 8 millions de personnes vivant à Paris, c’est une petite proportion. Le retour qu’on me fait le plus souvent après mon spectacle c’est : « Honnêtement, je pensais que j’étais une merde en anglais et j’ai réussi à tout comprendre. Merci de m’avoir redonné confiance. »

Le Grand Rex vous évoque quelque chose de particulier ?

J’ai choisi le Grand Rex plutôt que l’Olympia parce que l’Olympia représente quelque chose pour les Français auquel je suis moins attaché. J’aime beaucoup le décor du Grand Rex, la vibe quand on entre… Quand on voit les photos de cette salle à l’époque de son ouverture, je trouve ça magnifique.

Vous ne vous sentiez pas légitime de jouer à L’Olympia ?

Non, c’est juste que, émotionnellement, cela ne représente pas ce que cela peut représenter pour un Français. Du coup, comme la salle de L’Olympia est plus petite et plus chère à louer, je me suis dit pourquoi ne pas plutôt jouer dans une autre salle. Avoir mon nom en lettres géantes sur la façade, je m’en fiche - j’ai conscience que ça ramène pas mal de kif à beaucoup d’artistes. Je sais que c’est triste, mais je n’ai jamais eu ce rêve de jouer à L’Olympia quand j’ai commencé l’humour, contrairement à beaucoup de potes avec lesquels j’ai débuté et pour qui c’est le but ultime.

Quelles sont les principales différences entre l’humour anglais et l’humour français ?

Je constate que les Anglais sont plus à l’aise avec l’autodérision que les Français. Pour faire rire dans les films, les séries et les stand-up, on n’a pas peur de se rabaisser nous-mêmes. En France, il y a davantage d’humour politique et les humoristes ont un côté plus « star ». En Angleterre, on n’aime pas trop se mettre en avant, par exemple, sur scène, on est habillés comme dans la vie de tous les jours. En France, il y a un côté « je suis célèbre, je suis star, je suis quelqu’un de connu ».

Qu’est-ce qui fait rire les Français et qui vous laisse complètement froid ?

Tout ce qui est sketches, quand il y a des déguisements sur scène. C’est beaucoup plus orienté sur le jeu et le surjeu que le stand-up auquel je suis habitué et où on donne honnêtement notre point de vue sur les choses de la vie. En Angleterre, ce genre de sketchs se faisaient il y a une trentaine d’années, avec les Monthy Pythons par exemple, mais c’est devenu très ringard – du moins mes amis et ma famille anglaise n’apprécient pas ça. Je comprends que les Français puissent rire de ça parce que c’est un autre type d’humour mais, moi, je n’arrive pas à entrer dedans.

Quel est le sujet à éviter lorsqu’il s’agit de plaisanter avec les Anglais ?

Du Brexit ! Je crois que c’est devenu le nouveau sujet un peu tabou (rires). Ou le fait que l’équipe de foot n’est pas aussi bonne que l’équipe de France.

Vous vivez en France depuis plus de dix ans. Vous vous définissez comment, comme franco-anglais, irlando-anglais ?

Pour simplifier, je dis que je suis Anglais parce que, quand je parle anglais, j’ai l’accent anglais. Dans certains contextes, je vais dire que je suis irlando-anglais. Mais c’est vrai que, quand je suis en Espagne, par exemple, je préfère assumer l’identité française parce que les Anglais y sont mal vus là-bas, surtout dans le Sud où ils vont faire la fête un peu en mode « les hooligans débarquent à Marbella ». Donc dans ce contexte-là, je parle en français quand je me balade avec mes amis, comme ça, les Espagnols se disent : « Il est Français, ça va, c’est pas un Anglais. »

Dans votre spectacle, vous déclarez que c’est surtout l’accent qui fait l’identité…

Je me suis beaucoup demandé pourquoi je ne me sentais pas davantage irlandais alors que j’ai un passeport irlandais – ma mère est irlandaise. La question s’est posée quand j’ai dû le renouveler. Je n’ai pas renouvelé mon passeport britannique parce que ça ne servait à rien avec le Brexit, et, en vrai, je m’en fous. En y réfléchissant, je me suis dit que c’est parce que j’ai un accent anglais – j’ai grandi dans le sud-est de l’Angleterre – que je ne m’imagine pas être un Irlandais dans les yeux d’un Irlandais.

Vous avez été embauché pour un petit rôle dans le film « Aline » de Valérie Lemercier et, ironie de l’histoire, vous y incarnez un Québécois, avec l’accent…

(Il rit) J’ai eu le retour de quelqu’un qui l’a vu en avant-première pas loin de Clermont-Ferrand et apparemment, je suis dedans. Mais je pensais que j’allais être coupé au montage.

* Paul Taylor jouera So British ou presque à Lille le 17 octobre, à Aix-en-Provence le 25 novembre, à Saint-Grégoire le 10 décembre, à Nantes le 4 janvier 2022, Bordeaux le 25 janvier…